Les Écrits de Maria Valtorta

26. Le 13 mars 1948.

1948-03-13

Jésus dit :

« Il y a en l’homme deux souvenirs antagonistes : celui de l’infini Bien, et celui du poison héréditaire de la concupiscence. Le premier est laissé par Dieu pour réconforter l’homme déchu de la grâce et de l’innocence parfaites primitives — la virginité de l’esprit —, ce dont Marie fut la seule, parmi tous les hommes, à bénéficier. Le second est laissé par Satan depuis le piège que, dans le jardin d’Eden, il tendit à la virginité innocente d’Adam, dans le cœur d’Adam et de ses descendants.

Le baptême efface la tache, mais non la tentation. La grâce donne la force de vaincre la tentation, mais elle ne la supprime pas. La tentation demeure, telle une épine secrète, pour titiller la cicatrice indélébile de la faute. Non pas la plaie, mais la cicatrice. Si vous n’y êtes pas vigilants, la cicatrice titillée et non soignée par des moyens surnaturels redevient plaie.

En tout homme coexistent donc deux forces opposées qui combattent en lui de sa naissance à sa mort, et qui constituent son épreuve, sa victoire ou sa défaite pour son destin surnaturel.

Tu me demandes pourquoi Dieu laisse demeurer la tentation, même après la restitution du don infini de la grâce ? Par justice. Tout en Dieu est justice. Chacune de ses opérations est justice, et justice aimante.

N’a-t-il donc pas laissé la mémoire de lui dans l’âme qu’il a créée ? Ce souvenir est une mystérieuse source de lumière qui conduit à la Lumière. Tout esprit de personne vivante le garde, bien que de différentes manières, comme le prouvent la loi morale des meilleurs et les éclairs plus ou moins vifs de lumière surnaturelle des diverses religions révélées : car celles-ci enseignent déjà, bien qu’avec des notions fragmentaires, l’existence de l’Etre Suprême et le devoir de vivre en juste pour le posséder dans l’au-delà.

En plus de la mémoire de cette infinie bonté, il laisse l’autre souvenir, représenté par le dard de la tentation. Il abaisse votre orgueil. Si vous vous sentiez purs et parfaits, vous vous croiriez à l’égal de Dieu et vous deviendriez d’autres Lucifer. Dieu aide votre bonne volonté à rester vigilante. Il rend héroïque votre amour pour lui. Et — miséricorde du Père — il rend vos fautes moins graves à ses yeux. Car si vous n’aviez pas en vous la tentation, qui excite et mord les sens et la raison, suscitée par l’astuce de l’antique Serpent, vous ne seriez pas jugés “avec miséricorde”. Mais il vous est beaucoup pardonné, parce que nombre de vos fautes ne sont pas dues à votre pure volonté, mais aux forces impondérables des tentations que vous ne parvenez pas toujours à réprimer.

Mais ne t’afflige pas. Cela aussi sert à obtenir une couronne de gloire, car la tentation n’est que tentation, elle n’est pas péché. Une tentation vaincue est une victoire. Supporter une épine secrète, sans que la volonté consente à ses séductions, c’est de la patience héroïque.

Mais l’Esprit Saint t’en reparlera dans les épîtres pauliniennes.

Sois en paix. Et supporte. Offre pour sauver ceux qui ne savent pas supporter, sans céder, les séductions héréditaires. »