(Je recopie à la suite d’un ordre du 12 juin 1953, mais c’est aujourd’hui seulement, le 19 juin 1953, que je retrouve le feuillet en question et que je le retranscris).
Jésus m’apparaît dans la gloire du Ciel : c’est le Jésus glorieux, imposant, le vrai Roi des rois et Seigneur des seigneurs, comme il le fut après sa Résurrection et son Ascension. De ses très belles mains, il soulève son manteau royal, qui est maintenu en haut de la poitrine par une fermeture dorée et ciselée, et retombe bien plus bas que le vêtement, en formant une ample traîne, longue au point de couvrir totalement ses pieds.
Je l’admire, et je remarque à quelles parfaites harmonie physique et puissance royale et divine, jusque dans les formes, il est parvenu après avoir tout accompli sur la terre.
Son manteau écarté laisse apparaître son Cœur, un vrai cœur, mais aussi une vraie flamme — ou feu —, d’un éclat insoutenable. Il en jaillit un rayon brillant de forme conique, qui s’élargit au fur et à mesure qu’il s’approche de la terre. De ses mains transpercées descendent aussi des rayons semblables, de même que, vraisemblablement, de ses pieds. Cela forme cinq lames de feu ardentes, d’une lumière éclatante, qui se dirigent vers la terre.
Jésus tourne le dos à l’orient et regarde en direction de l’occident. Il a l’air sévère, mais pas irrité. Quand il s’adresse à moi, il est doux, puis, à mesure qu’il parle, il devient le terrible Rex tremendae majestatis, le Jésus punisseur des marchands et usuriers du Temple, des pharisiens et des scribes injustes.
Il me dit :
« L’Amour infini, qui est mon Attribut divin, avait tiré de ce Cœur miséricordieux un nouveau don d’infinie miséricorde, de divine miséricorde pour les hommes : l’Œuvre. Elle devait servir à fortifier dans les esprits les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales, à donner mon amour, l’exacte mesure de son extension à ceux qui sont sur le point d’être submergés par la haine de Satan, de l’Antéchrist et de ses serviteurs.
Je l’avais donnée à temps, avant la terrible échéance, afin qu’elle soit diffusée aux multitudes en guise de manne et de remède, afin qu’elles ne meurent pas. Ces foules ont en effet perdu la foi à la suite des événements, elles maudissent Dieu ou en nient l’existence, puisque, disent-elles, s’il y avait un Dieu il ne permettrait pas de telles horreurs, lui dont on prétend qu’il peut tout. Je l’avais donnée à temps, et j’avais demandé à mes premiers serviteurs, les prêtres, qui sont pasteurs d’âmes, le bien petit effort, facile, juste et méritoire, d’en autoriser la publication. C’est un effort minuscule en comparaison de mon grand don et de ton énorme fatigue, surtout dans ton état physique et moral. Je l’avais donnée à temps, moi qui suis la Sagesse et qui sais tout, moi qui suis la Charité et qui fais tout par amour, moi qui vois tout et qui connais l’heure juste pour chaque événement ou manifestation. J’ai parlé de bien des manières, par des prières, par des prophéties déjà réalisées, par des reproches aussi aux Pasteurs non pasteurs, qui n’ont pas des entrailles de bergers tant ils se croient stupidement assurés de leur bien-être.
Ils ont raillé, ridiculisé, ma Volonté d’amour, ils l’ont méprisée. Ils ont affligé mes serviteurs, ils les ont condamnés à une longue passion. Ils ont agi à leur guise, par parti pris, sans que cela s’appuie sur la moindre raison de se comporter comme ils l’ont fait, privant ainsi les âmes de mon don.
Qu’attendent-ils ? Qu’une ruine mondiale leur permette de dire, pour se justifier de leur mauvaise action : “Etant donné l’heure particulière qui secoue le monde, nous nous voyons dans l’impossibilité, comme tout autre à notre place, d’autoriser cette publication” ? Non, cette raison n’est pas valide. Voici en effet trois ans que, moi, j’ai terminé et demandé que l’on fasse en sorte que beaucoup puissent revenir à moi grâce à ces paroles de vie éternelle. Et voici trois ans qu’ils s’y opposent.
Ils s’y opposent en se comportant comme ils le font, en privant les âmes de trouver du réconfort aux heures qui menacent. Mes pauvres enfants, si, dans un avenir très proche, l’humanité était plongée dans un nouveau tourbillon de férocité en comparaison duquel celui de 40-45 paraîtrait n’être rien, vous péririez dans des angoisses infernales sans avoir le réconfort de ces paroles, seul capable de ne pas vous faire mourir sans espoir. Et cela, par la faute de ceux qui ont contrevenu à ma volonté en empêchant la publication et la diffusion de l’Œuvre. Quant à moi, du haut des Cieux, je maudirai ceux qui s’arrogent le droit de vous priver de ce don que je vous avais moi-même fait pour vous apporter lumière et réconfort en cette heure terrible.
Je maudis ! Parce qu’on m’empêche — et en particulier certains hommes qui devraient être mes serviteurs — d’être sur la terre le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs comme je le suis au Ciel, le Roi universel et éternel, maître de faire du bien à ses sujets, le Pasteur des pasteurs dans mon troupeau assailli par tant d’ennemis matériels, moraux et spirituels à qui on laisse toute liberté, même celle d’utiliser les moyens de la nature pour fabriquer des armes mortelles de destruction, non seulement de la création de Dieu, mais aussi de la foi en sa toute-puissance et en sa bonté. Des armes contre lesquelles, ils choisissent non pas ce qui est utile spirituellement, mais ce qui leur sert humainement pour en obtenir un bienfait humain. Ils invoquent pour cela les mêmes excuses mensongères employées par mes ennemis en Palestine pour justifier, ou plutôt essayer de justifier leurs actes à mon encontre — les armes utilisées par les pharisiens, les scribes, les sadducéens, les hérodiens, tous ces faux serviteurs de Dieu, des croyants menteurs puisqu’ils ne conformaient pas leurs actes à leurs paroles, simoniaques qui, devant l’or et le pouvoir, et pour eux, piétinaient la justice.
Mais au lieu d’un bienfait humain, ils en tirent du mal et en tireront, sur la terre comme au Ciel. Pourquoi ne lèvent-ils pas leur tête d’hommes libres, d’hommes à la bonne volonté véritable, pour dire, même au prix de leur tête : “Ce n’est pas permis !” contre le plus grand délit contre l’humanité, comme mon héroïque Précurseur a osé le hurler à son roi terrestre ? [Mt 14,4]
Je maudis ! Je les maudis tous et je les maudirai encore s’ils ne se repentent pas, s’ils ne réparent pas leur acte injuste. Ils sont opiniâtres, bornés, ils ne plient pas la tête sous le saint joug de ma volonté divine. Ils ont le cœur dur et n’ont pas pitié de toi, ni des foules affamées du pain de ma Parole. Ils ne savent pas dire aux puissants de toute race et nation : “Assez de haine, assez de massacres et d’actes injustes ! Car Dieu, ce Dieu que vous prétendez aimer mais sans le faire ou alors très imparfaitement, prêche l’amour et non la haine. Car Dieu, ce Dieu que vous refusez en niant ses œuvres de miséricorde, de sagesse, de charité, et que vous persécutez en persécutant les instruments que j’ai choisis, que vous opprimez en les opprimant jusque dans leur liberté spirituelle, se jette déjà contre vous.”
Vois-tu, Maria, ces épées flamboyantes qui sortent des blessures que l’amour pour les hommes ouvre en moi, l’Homme-Dieu, Sauveur et Rédempteur ? Je suis miséricorde. Mais seulement pour les bons, pour toi, pour ceux qui, comme toi, sont les vrais enfants de Dieu le Père.
Mais ce sont aussi des glaives à deux tranchants, comme ceux dont parle l’Apocalypse de Jean [Ap 2,12], mon apôtre bien-aimé, l’Aigle, l’Amour dans le groupe apostolique. Ce sont des glaives qui taillent, des éclairs qui s’abattent sur ceux qui ont provoqué mon courroux divin. Or ceux-là, je les maudis et je les repousse loin de moi.
Ma malédiction est un fouet qui frappe — et ce signe est indélébile — les marchands et les fraudeurs, les faux docteurs du nouveau Temple — faux parce qu’ils ont les signes extérieurs, et ceux-là seulement, d’être mes serviteurs, mais sans en avoir le signe spirituel. Or ce signe est lumière qui éclaire pour voir la vérité, sagesse pour discerner avec justice, charité pour donner ce qui fait du bien aux âmes, justice sans laquelle il n’y a pas de sainteté.
C’est un fouet spirituel, mais pas moins juste ni véritable que celui avec lequel j’ai frappé, la première fois les marchands et les fraudeurs de l’ancien Temple, et la seconde fois le fouet de paroles avec lequel j’ai frappé et abattu les faux prêtres du Temple sur le mont Moriah, tombé par la suite, comme eux, par châtiment divin.
Car le zèle pour la Maison de mon Père m’enflamme. La Maison de mon Père, c’est l’assemblée de tous les fidèles chrétiens, fils adoptifs de Dieu, renés, grâce à mon sacrifice, à ce degré d’adoption et à la grâce, des fils apeurés, opprimés, que vous, comme je l’avais bien prévu et comme j’avais demandé à mes premiers prêtres de ne pas le faire, ne réconfortez pas, ne nourrissez pas, ne guidez pas avec ce que je vous ai donné dans ce but. Pire encore, vous m’empêchez de le faire par ces pages de Vie véritable. Ce zèle, donc, pour la Maison de mon Père, de ses fils d’adoption et mes frères par le sang humain, que vous coopérez à entraîner dans la détresse et dans le doute sur la véracité du don et sur ma miséricorde, m’enflamme de mépris et m’enlève toute patience.
Malheur à vous, serviteurs rebelles ! Paix à vous, mes fidèles agneaux !
Voici ce Cœur qui attend votre repentir pour vous pardonner ! Plus encore, il déverse ses fleuves de paix sur ceux que vous rendez esclaves de votre abus de pouvoir injuste, ce pauvre abus de pouvoir transitoire qui peut en un instant n’être plus que cendre, poussière, néant !
Sachez que les personnes que vous opprimez sont en moi plus que vous, malgré toutes vos puissances et grandeurs de courte durée, et elles souffrent avec moi. De mon côté, je suis en elles et je souffre en elles. Elles méritent donc d’obtenir, au terme de leur existence fidèle, toute la joie du Ciel, et elles l’obtiendront, pour apaiser ce que vous leur avez fait subir sur la terre et oublier, dans une béatitude sans fin et sans limite, tout ce qu’elles ont eu à souffrir de votre part, lorsque vous les teniez prisonnières moralement et spirituellement si longtemps, et les laissiez dans la crainte d’autres actions encore plus cruelles et plus injustes, elles qui méritaient tout honneur. »
Quelques minutes après s’être tu, Jésus referme son manteau et disparaît. Mais pendant dix jours, jusqu’au début de la guerre de Corée, il se montre ainsi, sans mot dire mais l’air très affligé, malgré sa beauté éclatante.