Les Écrits de Maria Valtorta

175. Le 16 novembre

1943-11-16

Jésus dit:

“Laisse tout tomber et ne retiens que Dieu, la Lumière, la Grâce, l’Amour de Dieu. Que rien de ce qui est de la terre ne te trouble. Tu es fille de Dieu. Je t’ai donné de voir cette sublime condition pour te revêtir de force et de sérénité. Les soins du Très Haut, comme deux bras aimants, t’entourent. Le moment viendra où ils s’uniront pour te porter au-delà des laideurs terrestres, dans la Lumière qui maintenant te regarde avec amour.

Penses-y sans cesse: ‘Au-dessus de moi, il y a le Père de Jésus qui est aussi mon Père. L’Amour qui a uni le Père au Fils m’unit au Père, et c’est l’amour du Fils qui m’a donné l’amour du Père. J’ai donc en moi le Dieu Unique et Trin, puisque j’ai leur amour’. Tu te sentiras portée par cette pensée comme par un aigle en plein vol et tu pénétreras dans le Feu qui veut t’enflammer tout entière pour te rendre digne de lui.

Et maintenant, en avant, ma petite voix. Le temps est bref et la Parole abondante. Et encore plus grande est l’ignorance de la Parole. Donnons à ces malheureux tout ce que nous pouvons, afin qu’ils ne nous accusent pas de leur ruine. Le monde périra quand même parce qu’il veut périr. Mais la justice et les justes du Seigneur pourront dire: ‘Tout vous a été donné pour vous sauver, même plus que ce que le devoir exige, car l’amour est prodigue et jamais rassasié de donner’.

Ne te laisse pas abattre par la conviction que la peine que tu te donnes est inutile puisque les saintes paroles tombent sur des âmes inébranlables et fermées comme des coffres d’acier. Continue d’être une main qui sert la Parole pour ce Visage trois fois saint que la Bonté t’a montré[1] et qui est pour toi un rire d’amour, pour ce Visage que les humains ont forcé à se retirer devant une avalanche de crimes qui, après avoir dévasté la Terre, se jettent contre les Cieux.

Ils ont caché le visage de Dieu. Ils le nient. Ils ne croient pas en lui. Ils lui ont substitué ce qui cause leur ruine. Ils sont à la merci des forces occultes rebelles au signe de Dieu, et c’est elles qu’ils servent, c’est en elles qu’ils croient, c’est à elles qu’ils obéissent. Mille voix émanent de sources mensongères et il n’y en a pas une qui dise la vérité ou une ombre de vérité. Celles qu’ils écoutent sont des rires de démons qui se moquent des humains et qui se transforment en paroles de mensonge pour les entraîner toujours plus loin du droit chemin.

Ils veulent connaître l’avenir pour se régler. L’avenir est ici: dans ma Parole. Pour éviter ce présent qui est pire qu’un cauchemar et qu’une condamnation, il fallait étudier cette Parole, savoir la lire et se régler sur ses enseignements moraux, historiques et surnaturels. Pour rendre l’avenir moins atroce, il faudrait encore étudier cette Pa­role qui enseigne le bien et la vérité.

Je le répète[2]: laissez les morts là où ils sont. S’ils sont bienheureux, ils ne peuvent vous dire que ce que la Parole vous dit déjà, car les saints du Seigneur parlent le même langage que le Seigneur. S’ils sont damnés, ils ne peuvent vous dire que les paroles de leur père, maître et roi du mensonge. Pouvez-vous croire que le menteur ait un atome de pitié et qu’il vous accorde une lumière qui soit lumière de salut? Bien sûr que non, au contraire: poursuivant son but, il suscite des mirages entre lesquels se trouve le gouffre de l’abîme.

Et vous êtes en train de tomber dans l’abîme, n’ayant plus la lumière du matin pour vous guider: Dieu, votre saint Père. Tels des borgnes conduits par des aveugles, vos esprits dévoyés errent d’erreur en erreur, de ruine en ruine. Vous vous donnez des coups et vous causez les uns aux autres des douleurs toujours renouvelées, et provoquez de nouvelles blessures et de nouveaux malheurs; vous vous détestez pour le mal que vous vous faites et vous prenez à pleines mains cette haine qui fermente dans votre cœur et la lancez contre Dieu, le tenant responsable de vos maux. Et comme la haine ne peut parvenir jusqu’au Ciel, elle retombe sur vous en feu et flammes, en faim, en morts, en désolation, en désespoir, en obscurité. Il n’y aura pas de trêve jusqu’à ce que vous appreniez à vos dépens que la violence ne sert à rien, que le sang encombre, mais ne nourrit pas, que la haine ne crée pas, mais détruit. Et il n’y aura pas de trêve tant que vos cœurs ne se tourneront pas vers Dieu.

Je suis Celui qui peut vous donner la paix en utilisant, non vos armes meurtrières, mais mon arme sainte, la Croix, et en brisant de mon amour vos armes meurtrières.

Ne précipitez pas le jugement de Dieu en dépassant la mesure de vos péchés. N’agissez pas de sorte que le répit entre le temps de l’Antéchrist et le temps du Christ soit trop bref; car s’il est vrai que les derniers jours seront abrégés par amour pour les élus, il est aussi vrai qu’un intervalle de paix vous est nécessaire pour vous retremper en vue de la dernière lutte satanique.

Je ferai rouler la pierre sur l’antre de Lucifer après la défaite de la Bête et de ses serviteurs; mais ne donnez pas au démon la force de secouer cette serrure en acclamant le Mal. Que vos esprits, dévoués à la chair et à Satan, ne deviennent pas des leviers pour ouvrir la prison infernale et en faire sortir le maudit pour une dernière proie avant que les cœurs des humains ne se soient rebaptisés dans la Parole du Seigneur.”

1944-09-12

Jésus dit:

«La fin de la vision[3] pourrait être la dictée donnée pour tout le monde. Aujourd’hui comme il y a vingt siècles, c’est effectivement à tous que j’adresse ces paroles. Mais les pharisiens qui refusent de les accueillir sont trop nombreux.

Le monde marche vers sa paix, qui n’est pas la mienne. En effet, ma paix est une paix de sainteté et de justice. Celle du monde se fonde sur des abus de pouvoir et de la corruption. Les événements passés et présents sont horribles, n’est-ce pas?

Je vous renvoie à mes premières dictées. J’ai toujours dit[4] que cette guerre n’était pas une guerre entre des peuples, mais celle de Satan contre Dieu. C’est l’une des guerres qui prépare l’avènement de l’Antéchrist, auquel elles servent de précurseurs. J’ai toujours dit que Satan combattait les âmes par les horreurs infligées aux corps et que beaucoup allaient céder parce que les âmes des hommes, quand elles ne sont plus alimentées par la grâce et la foi, sont extrêmement faibles contre le mal. J’ai dit que, grâce au sacrifice des bons, mes anges allaient lutter pour empêcher une destruction générale de la race humaine par les démons.

Dans le cas particulier des Italiens, j’ai dit que s’ils n’avaient pas su utiliser avec droiture leur grâce première et si, après avoir adoré comme dieu quelqu’un qui valait moins qu’une idole et l’avoir servi avec une servilité bestiale, ils en étaient venus à utiliser ses cruelles méthodes personnelles, la punition serait descendue sur eux. Car une grâce mérite, de la part de l’homme, un effort vers la bonté et non vers l’iniquité. Or vous avez profité, maudit, haï, vous êtes devenus des Judas de votre petit maître et de ceux qui lui étaient le plus intime. Hier, hier seulement vous étiez prostrés comme des esclaves, et aujourd’hui déjà vous tendez le poing, vous médisez et vous êtes rapaces pour soutirer ce qu’il vous déplaisait auparavant de voir en d’autres mains. J’ai dit que cette punition serait que le pays tout entier allait connaître l’horreur, une horreur telle que sa seule pensée vous paraîtrait un cauchemar provoqué par la fièvre. Vous avez bien vu que c’était vrai? Mais vous corrigerez-vous?

Les pharisiens, les scribes, les sadducéens de mon temps touchaient de la main la conséquence de leurs péchés répétés. Israël avili, persécuté, dominé, dispersé, disait avec des larmes dans la voix: “C’est ainsi que nous sommes punis pour n’être plus de vrais fils de Dieu.” Pourtant, aucun de leurs dirigeants – sinon, très rarement, un seul d’entre eux – ne se convertissait à moi. J’ai tout essayé pour les ébranler et les convaincre: invitations et réprimandes, douceur et sévérité, indulgence et intransigeance, sourires et tristesse, promptitude à faire des miracles ou insensibilité devant un désir de miracle. Je n’ai obtenu d’eux qu’un commerce avec Satan plus profond, plus total, jusqu’à en arriver à fouler aux pieds les prophètes, à refuser de reconnaître en moi le Christ alors que les faits confirmaient les prophéties, et à tuer le Christ, le Verbe de Dieu.

Il se passe la même chose aujourd’hui. Socialement ou individuellement, 90 % de la population vit comme les pharisiens d’antan et agit avec les mêmes méthodes. Intérêt, orgueil, dureté de cœur, luxure, avarice, envie et tous les égoïsmes forment la base de votre vie et le code de vos actions. Ne soyez pas saisis d’horreur à la vue de la dureté d’Ismaël.[5] Vous en faites autant à l’égard de ceux qui ne vous sont plus d’aucune utilité. La Charité et la charité sont mortes en vous. Vous n’aimez que vous-mêmes.

Mais je le dis maintenant: la Charité dont vous ne voulez pas se déverse précisément sur ceux que vous méprisez, abandonnez, raillez après les avoir peut-être exploités. Eux, ils ne vivent que pour la Charité et, en aimant Dieu plus qu’eux-mêmes, c’est vous aus­si qu’ils aiment plus qu’eux-mêmes. Ils vous aiment comme Dieu aime et viennent à votre aide tant spirituellement que matériellement. Quant à vous, vous ne savez rien, ne comprenez rien, ne vous posez aucune question. Mais Dieu sait, voit et comprend sans poser de question. Il sait parce que la miséricorde suprême est encore sur vous, grâce à ces personnes charitables qui m’aiment et vous aiment, et qui font de l’amour le but de leur vie. Non que ce soit pour vous particulièrement, mais pour m’être agréable.

Savez-vous combien de larmes, de souffrances, de pénitences, de sacrifices sont le prix de votre existence? Vous vous imaginez tenir votre vie de la mère qui vous a engendrés et du père qui vous a donné du pain. Oui, certes. Si vous calculez à la mesure des animaux, c’est à eux que vous devez la vie. Mais si la Vie, la vraie Vie dure, c’est grâce à ces personnes, pour vous laisser le temps de vous convertir. Parmi vous, il en est beaucoup qui ne meurent pas pour l’éternité grâce à ces héros que vous ne connaissez pas: ceux-ci s’interposent entre Dieu et vous, les bras levés, détournent les châtiments divins et vous transfusent un peu de ce sang spirituel – à vous que les maladies morales ont saignés – qui circule dans le grand Corps mystique et qui est un sang de grâce. Mais cela se passe par le crible de leur être sacrifié qui filtre ce bien vers vous, qui êtes mauvais.

Voici une dictée bien sévère. Cela me peine pour mon petit Jean. Je le réconforte par cette caresse: même si tous t’abandonnaient, moi je resterais auprès de toi. Même si tous t’oubliaient, moi je me souviendrais de toi. Même si tous te haïssaient, moi je t’aimerais. Vois-tu comme je viens à ton aide, jusque matériellement par des forces physiques quand il le faut? Tu es un instrument aimé et précieux entre mes mains. N’aie donc pas peur.

Vis dans et pour ta mission. Fais comme ces enfants à qui l’on donne un kaléidoscope qui montre des vues merveilleuses s’il tient les yeux rivés aux lentilles, mais qui n’est plus qu’une boîte noire s’il les en détache. Toi, garde les yeux fixés sur moi et sur ta mission. Le monde est autour de toi. Il doit y rester. Mais qu’il ne soit pas en toi, non. Transmets au monde, à ce pauvre monde ignorant et aveugle, les leçons et les lumières qui te viennent de mon monde. Si tu pouvais voir comme le ciel entoure ta tâche!

Ah, comme tu seras heureuse lorsque tu réaliseras que tu es dans mon monde pour toujours et que tu y seras venue de ce pauvre monde sans même t’en apercevoir, en passant d’une vision à la réalité, comme un petit enfant qui rêve à sa maman et s’éveille alors qu’elle le serre sur son cœur. C’est ainsi que j’agirai à ton égard.[6]

Sois bonne, patiente, charitable, et ne crains rien. Je te donne ma paix, je te la donne à flots en ce jour de la fête du Nom de Marie,[7] et que ce soit le don de grâce accordé au petit Jean.»

1947-09-06

Jésus dit:

«L’on dit généralement, quand on explique les dix commandements, qu’ils commencent par trois consacrés au culte de Dieu, puisqu’il a la préséance et qu’il doit l’avoir sur tout autre être ou chose. Cette explication habituelle est juste, mais ce n’est pas la seule qui éclaire l’ordre des dix commandements.

Etant la perfection même, Dieu pouvait être placé au sommet de l’échelle qui monte vers la perfection. Lui rendre le culte et l’honneur quand la créature s’est rendue digne de le faire comme il convient lorsqu’elle est déjà “juste” dans tous les domaines de la terre. Mais, dans ce cas, penses-tu qu’il aurait jamais été possible d’honorer Dieu et de lui rendre un culte? Je te le dis: jamais. Et pourquoi cela? Ecoute-moi bien.

Qu’est-ce que Dieu? Il est amour, bonté, sagesse, force, puissance. Il est le Tout. Il est perfection.

Qu’est-ce que l’homme? C’est une âme emprisonnée dans une chair avide et forte pour ce qui est des mauvais appétits mais à la bonne volonté faible, une âme qui, en plus du poids de la matière qui l’enveloppe et de ses conséquences, porte le poids et les conséquences de la faute d’Adam; car si cette dernière est effacée en tant que tache et abattue en tant qu’obstacle pour céder la place à la grâce, elle garde ses incitations et reste assaillie par les vents du monde et de Satan. L’homme est faiblesse, égoïsme, ignorance, impuissance, imperfection. Il l’est en dépit des dons gratuits de Dieu car, en général, il n’utilise pas ces dons puissants avec une volonté intelligente et aimante. C’est pourquoi ils restent inactifs, stériles. Par son indolence, son insouciance, son incrédulité ou sa haine de Dieu – le mal extrême –, l’homme rend stériles ces puissants levains, ces remèdes forts, ces germes vigoureux. Il les emprisonne, les bâillonne, les piétine, les foule aux pieds, les repousse. Par là même, il en repousse le Donateur, le Dieu un et trine.

L’homme qui s’est séparé de Dieu n’est rien et ne peut rien. En effet, l’union à Dieu est vie, puissance, force, sagesse, tempérance, justice, prudence, bonté, miséricorde, charité, en d’autres termes c’est être enfant de Dieu en ressemblant au Père par l’esprit et les vertus.

Sans Dieu, l’homme ne peut être qu’un animal sauvage. Plus qu’un animal, un démon. Car l’animal se laisse dominer par l’homme, il s’apprivoise, il plie sous la puissance qui s’appelle “homme”, il s’y plie avec amour ou par amour chez les animaux les plus évolués et domestiqués, par crainte sinon. Des animaux, à l’origine libres et sauvages, l’homme a fait ses sujets et ses aides, ou même ses amis, sauf évidemment les plus méprisables. Un grand nombre d’hommes auraient bien à apprendre des animaux l’amour, la fidélité, la patience ou encore l’obéissance. Les animaux savent donc aimer et obéir, être fidèles. Mais il arrive souvent que les hommes ne sachent pas se soumettre à la puissance qui a pour nom Dieu. Ce sont donc des démons, puisque seuls les démons sont de perpétuels rebelles.

Les hommes ne savent pas se soumettre, ai-je dit. Ah, Dieu ne vous impose pas de plier l’échine sous lui! Il vous exhorte à vous jeter dans ses bras paternels. Il ne s’agit pas de céder sous le bâton, le fouet, le joug ou les rênes comme les animaux, mais sous l’amour, la caresse de l’amour de Dieu. Vous soumettre sur son cœur de Père, l’écouter quand il vous dit ce qui est bien et ponctue ses paroles de caresses et de grâces.

Pourquoi ne faites-vous pas ce que l’animal sait faire pour celui qui l’apprivoise ou l’aime? La puissance et la perfection de l’homme sont grands en comparaison de l’animal. Mais la perfection et la puissance de Dieu sont infinies en comparaison de cet atome qu’est l’homme, qui lui-même ne doit son importance par rapport à l’animal qu’à l’âme qui lui vient de Dieu, et il ne peut devenir grand aux yeux de Dieu que dans la mesure où il sait rendre son âme grande en la recréant dans la perfection.

Ceci dit, j’en viens à la leçon sur la sage justice de Dieu et sur sa bonté paternelle lorsqu’il exige de l’homme la perfection envers Dieu en premier lieu, puis celle à l’égard de son prochain. Au-delà de la juste règle de la préséance à laisser à Dieu dans le culte qu’il faut lui rendre, l’ordre des dix commandements est dû à une pensée parfaite d’amour paternel de Dieu pour les hommes, qu’il désire voir éternellement bienheureux dans son Royaume.

Quand l’homme met en pratique les trois premiers commandements, il aime Dieu, par conséquent il vit en Dieu et Dieu en lui. “Vivant” ainsi de la vie même de Dieu qui communique la plénitude de ses dons à l’enfant en qui il demeure, les hommes peuvent accomplir la justice de leur côté le plus rebelle, leur côté humain. Reconnaître en Dieu le seul Dieu, l’honorer, le prier, ne pas s’adonner à l’idolâtrie, ne pas blasphémer le saint Nom de Dieu sont des actes spirituels; et l’esprit, l’âme, a toujours une plus grande agilité à accomplir ce qui lui est commandé, ce qu’elle sent être juste, ce qu’elle sent instinctivement, spontanément, devoir donner à son Créateur qu’elle sait exister comme Etre suprême.

Je t’ai expliqué cela en son temps, en réponse aux objections sur “le souvenir qu’ont les âmes de Dieu”.152 Mais la chair! Ah, la chair! C’est elle, la bête rebelle et avide! C’est la matière la plus facilement excitée, intoxiquée et enflammée par la tentation, par le venin, par le feu du Serpent maudit. Et pour savoir résister, elle doit être soutenue par une âme forte, forte de par son union à Dieu.

Je l’ai dit: “Si vous ne savez pas aimer Dieu, comment pourriez-vous aimer votre frère? Comment, si vous n’aimez pas le Très-Bon, le Bienfaiteur, l’Ami, pourriez-vous, sauriez-vous aimer l’un de vos semblables, qui sont si rarement bons, bienfaisants, amis?” Humainement, d’homme-animal à homme-animal, cela vous serait impossible. D’ailleurs, si vous n’aimez pas votre prochain vous n’aimez pas Dieu, et si vous n’aimez pas Dieu vous ne pouvez entrer dans son Royaume.

C’est pourquoi le Père vous enseigne à l’aimer, lui d’abord. En Maître très sage il vous entraîne, vous éduque et vous fortifie dans l’amour en se donnant lui-même à aimer, lui qui est toujours bon. Ensuite, une fois que l’amour vous a unis à lui et a déposé en vous l’inhabitation de Dieu, il vous pousse à aimer vos frères, votre prochain; pour fortifier votre amour doux mais difficile du prochain, il vous désigne votre père et votre mère comme prochains les plus immédiats. L’homme qui, après Dieu, sait aimer parfaitement ses parents pourra facilement se retenir plus tard d’être violent à l’égard des autres, voleur, fornicateur, parjure, envieux de la femme ou des biens d’autrui.

As-tu compris, mon âme, quel est le mouvement d’amour de Dieu dans la disposition des dix commandements? Vous aider. Vous donner le moyen d’être en lui et lui en vous, parce que cette union procure à votre âme une force telle qu’elle peut toujours vaincre la chair, le monde et le démon. Grâce à cette victoire elle pourra parvenir au triomphe du ciel, à la jouissance de Dieu, à la vie éternelle, à ce temps et ce lieu merveilleux où il n’existe plus ni combats ni commandements, mais où tout ce qui était effort ou souffrance est dépassé pour ne plus laisser que la paix, la paix, la paix.

Cette paix, je te la donne, mon âme, pour te soutenir dans tes souffrances et en anticipation de celle qui t’attend là où je suis avec le Père et l’Esprit Saint, avec Marie et les saints.»

175.1

Au milieu des fleurs innombrables qui parfument le sol et égaient la vue, se dresse l’horrible spectre d’un lépreux, rongé par la maladie et couvert de plaies qui exhalent une odeur fétide.

Épouvantés, les gens hurlent et font demi-tour en direction des premières pentes de la montagne. Certains prennent même des pierres pour les lancer à l’imprudent.

Mais Jésus se retourne, les bras ouverts, en criant :

« Paix ! Restez là où vous êtes et n’ayez pas peur. Posez les pierres. Ayez pitié de ce pauvre frère. Lui aussi, il est fils de Dieu. »

Subjugués par l’autorité du Maître, les gens obéissent. Il s’a­vance à travers les hautes herbes fleuries jusqu’à quelques pas du lépreux qui, à son tour, s’est approché quand il a compris que Jésus le protégeait.

Arrivé près de Jésus, il se prosterne et la prairie l’accueille et le submerge comme une eau fraîche et parfumée. Les fleurs qui ondoient semblent étendre un voile sur les misères qu’elles cachent. Seule la voix plaintive qui en sort rappelle qu’il y a là un pauvre être :

« Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier. Aie aussi pitié de moi ! »

Jésus répond :

« Lève ton visage et regarde moi. L’homme doit savoir regarder le ciel quand il y croit. Or toi, tu crois, puisque tu l’implores. »

Les herbes bougent et se rouvrent. Tel une tête de naufragé qui émerge de la mer, le visage du lépreux apparaît, sans cheveux ni barbe : un crâne où il resterait encore un petit lambeau de chair.

Cependant Jésus ose poser le bout des doigts sur ce front, là où il est net, sans plaies, où il n’y a qu’une peau cireuse, écailleuse, entre deux érosions purulentes dont l’une a détruit le cuir chevelu et dont l’autre a ouvert un trou là où se trouvait l’œil droit. Je ne saurais dire si dans cette énorme cavité qui s’étend de la tempe au nez en mettant à nu le zygoma et les cartilages du nez, rempli de saleté, il reste le globe oculaire ou non.

Laissant le bout de sa belle main appuyé là, Jésus dit :

« Je le veux : sois purifié. »

Comme si l’homme n’était pas rongé par la lèpre et couvert de plaies, mais seulement recouvert de crasses sur lesquelles on aurait versé un détergent liquide, voilà que la lèpre disparaît. Tout d’abord les plaies se referment, la peau redevient claire, l’œil droit réapparaît entre les paupières qui se sont reformées, des lèvres se referment sur les dents jaunâtres. Seuls les cheveux et la barbe restent absents avec de rares touffes de poils là où il y avait encore un reste d’épiderme sain.

La foule crie de stupeur et l’homme comprend qu’il est guéri en entendant les cris de joie. Il lève les mains, jusqu’alors cachées par les herbes, et se touche l’œil là où il y avait cet énorme trou. Il se touche la tête, là où se trouvait la grande plaie qui couvrait le crâne et il palpe la nouvelle peau. Alors il se lève et regarde sa poitrine, ses hanches… Tout est sain et propre… L’homme s’affaisse de nouveau dans le pré fleuri, pleurant de bonheur.

« Ne pleure pas. Lève-toi et écoute-moi. Reviens à la vie en observant le rite et ne parle à personne jusqu’à ce qu’il soit accompli. Montre-toi le plus tôt possible au prêtre. Fais l’offrande prescrite par Moïse en témoignage du miracle survenu de ta guérison.

– C’est à toi que je devrais rendre témoignage, Seigneur !

– Tu le feras en aimant mon enseignement. Va. »

175.2

La foule s’approche de nouveau et, tout en se tenant à la distance imposée par la Loi, félicite le miraculé. Certains éprouvent le besoin de remettre un viatique à l’indigent et lui lancent des pièces de monnaie. D’autres lui jettent du pain et des vivres. A la vue de l’habit du lépreux qui n’est qu’une loque qui le couvre mal, un spectateur retire son manteau, en fait un paquet et l’envoie au pauvre homme qui peut ainsi se couvrir d’une manière décente. Comme la charité est contagieuse quand on est en groupe, un autre encore ne résiste pas au désir de lui fournir des sandales. Il enlève les siennes et les lui jette.

« Mais, et toi ? lui demande Jésus qui le voit faire.

– Oh ! J’habite tout près d’ici. Je peux marcher pieds nus. Lui a une longue route à faire.

– Que Dieu te bénisse, toi et tous ceux qui ont rendu service à ce frère. Homme, tu prieras pour eux.

– Oui, oui, pour eux et pour toi, pour que le monde ait foi en toi.

– Adieu. Va en paix. »

L’homme s’éloigne de quelques mètres, puis il se retourne et crie :

« Est-ce que je peux dire au prêtre que c’est toi qui m’as guéri ?

– Non. Il ne faut pas. Dis-lui seulement : “ Le Seigneur a eu pitié de moi. ” C’est la pure vérité. Rien d’autre. »

175.3

Les gens s’agglutinent autour du Maître, forment un cercle qui ne veut s’ouvrir à aucun prix. Mais, entre-temps, le soleil est descendu. C’est le commencement du repos sabbatique. Les villages sont loin. Mais les gens ne regrettent pas leur maison, leurs provisions, rien. Les apôtres s’en préoccupent pourtant et ils en parlent à Jésus. Même les disciples les plus âgés s’en soucient. Il y a des femmes et des enfants et, si la nuit est tiède et l’herbe des prés soyeuse, les étoiles ne sont pas du pain et les pierres des talus ne procurent pas de quoi se nourrir.

Jésus est le seul à ne pas s’en soucier. En attendant, les gens mangent ce qui leur reste comme si de rien n’était et Jésus le fait remarquer à ses disciples :

« En vérité, je vous dis que ces gens-là vous sont supérieurs ! Regardez avec quelle insouciance ils expédient ce qui leur reste. Je leur ai dit : “ Que ceux qui ne peuvent croire que demain Dieu donnera de la nourriture à ses enfants, se retirent ”, et eux sont restés. Dieu ne démentira pas son Messie et ne décevra pas ceux qui espèrent en lui. »

Les apôtres haussent les épaules et ne s’occupent plus d’autre chose.

Après un crépuscule bien rouge, la nuit tombe, tranquille et belle, et le silence de la campagne s’étend sur toutes choses après une dernière sérénade chantée par les oiseaux. Quelques bruissements du vent, et puis le vol silencieux d’un oiseau de nuit au moment où se lève la première étoile et au premier coassement d’une grenouille.

Les enfants dorment déjà. Les adultes discutent et de temps à autre quelqu’un va auprès du Maître lui demander un éclaircis­sement.

175.4

Aussi ne s’étonne-t-on pas lorsque, par un sentier entre deux champs de blé, on voit arriver un personnage à l’aspect imposant par sa tenue et par son âge. Des hommes le suivent. Tout le monde se retourne pour le voir et on se le montre en chuchotant. Un murmure court d’un groupe à l’autre, se ranime et s’éteint. Attirés par la curiosité, les groupes les plus éloignés s’approchent.

L’homme à l’allure noble rejoint Jésus qui, assis au pied d’un arbre, écoute des fidèles, et il le salue profondément. Jésus se lève aussitôt et répond à cette salutation avec le même respect. L’assistance est attentive.

« J’étais sur la montagne et peut-être as-tu pensé que je manquais de foi et que je m’en allais pour ne pas rester à jeun. Mais je suis parti pour un autre motif. Je voulais être un frère parmi les frères, le frère aîné. Je voudrais te dire en privé ce que je pense. Peux-tu m’écouter ? Je ne te suis pas hostile, bien que je sois un scribe.

– Allons un peu plus loin… »

Ils partent à l’écart au milieu des champs de blé.

« Je voulais pourvoir à la nourriture des pèlerins et je suis descendu pour ordonner de faire du pain pour toute cette foule. Tu vois que je suis dans l’espace légal car ces champs m’appar­tiennent et, d’ici au sommet, c’est un chemin qu’on peut faire pendant le sabbat. Je serais venu demain avec mes serviteurs, mais j’ai appris que tu te trouves ici avec la foule. Je te prie de me permettre de pourvoir à leur nourriture pendant le sabbat. Il me déplairait sinon d’avoir renoncé à t’écouter pour rien.

– Ce n’est jamais pour rien, car le Père t’aurait, par ses lumières, donné une compensation. Mais je te remercie et je ne vais pas te décevoir. Je te fais seulement observer que la foule est nombreuse.

– J’ai fait chauffer tous les fours, même ceux qui servent à sécher les denrées, et j’arriverai à avoir du pain pour tout le monde.

– Ce n’est pas pour cela. Je voulais parler de la quantité de pain…

– Oh, cela ne me dérange pas. L’an dernier, j’ai eu beaucoup de grain. Cette année, tu vois les épis. Laisse-moi faire. Ce sera la meilleure garantie pour ma récolte. Et puis, Maître, tu m’as apporté un tel pain aujourd’hui… Toi, oui, tu es le Pain de l’âme.

– Qu’il en soit alors comme tu le veux. Viens, que nous le disions aux pèlerins.

– Non. C’est toi qui l’as dit.

– Et tu es scribe ?

– Oui, je le suis.

– Que le Seigneur t’amène là où ton cœur le mérite.

– Je comprends ce que tu ne dis pas. Tu veux dire : à la vérité. Car il y a en nous beaucoup d’erreur et… et beaucoup de malveillance.

– Qui es-tu ?

– Un enfant de Dieu. Prie le Père pour moi. Adieu.

– Que la paix soit avec toi. »

175.5

Jésus revient à pas lents vers ses disciples pendant que l’homme repart avec ses serviteurs.

« Qui était-ce ? Que voulait-il ? T’a-t-il dit quelque chose de désagréable ? A-t-il des malades ? »

Jésus est assailli de questions.

« Qui il est, je l’ignore. Ou plutôt, je sais que c’est une âme bonne et cela me…

– C’est Jean, le scribe, crie une voix dans la foule.

– Eh bien, je le sais maintenant que tu le dis. Il voulait simplement être le serviteur de Dieu auprès de ses enfants. Priez pour lui car demain nous mangerons tous grâce à sa bonté.

– C’est vraiment un juste, dit quelqu’un.

– Oui. Je ne sais pas comment il peut être l’ami des autres, commente son voisin.

– Bandé comme un nouveau-né de scrupules et de règles, mais il n’est pas mauvais, termine un troisième.

– Est-ce que ces champs sont à lui ? demandent un grand nombre de gens qui ne sont pas du pays.

– Oui, je crois que le lépreux était l’un de ses serviteurs ou de ses paysans, mais il le tolérait dans le voisinage et je crois même qu’il le nourrissait. »

La conversation se poursuit et Jésus s’en dégage en appelant auprès de lui les douze, auxquels il demande :

« Et maintenant, que dois-je vous dire pour votre incrédulité ? Le Père ne nous a-t-il pas envoyé du pain pour nous tous par les mains de quelqu’un dont la caste m’est hostile ? Ah ! Hommes de peu de foi… Mais allez dormir dans les foins moelleux. Je vais prier le Père pour qu’il ouvre vos cœurs et pour le remercier de sa bonté. Paix à vous. »

Sur ce, il se rend sur les premières pentes de la montagne. Là, il s’assied et se recueille en prière. S’il lève les yeux, il voit le troupeau des étoiles qui fourmillent dans le ciel. S’il les baisse, il voit le troupeau des dormeurs étendus dans les prairies. Rien d’autre. Mais telle est la joie de son cœur qu’il paraît se transfigurer en lumière…


Notes

  1. Dans le texte du 15 novembre.
  2. Déjà dans la dictée du 11 septembre.
  3. Vision qui concerne l’épisode d’Ismaël Ben Fabi qui se trouve dans “L’Evangile tel qu’il m’a été révélé”.
  4. Elle le dit en particulier le 16 mai.
  5. Voir la note 323.
  6. Ces mots revêtent une valeur prophétique émouvante si l’on se rappelle que Maria Valtorta est morte (le 12 octobre 1961) après quelques années d’isolement psychologique graduel et croissant, qui l’a portée à s’éloigner irrémédiablement du monde extérieur comme si elle était complètement absorbée par sa vie intérieure. Sa mort l’a ainsi faite passer d’une vision contemplée à une réalité qu’elle allait vivre pour toujours.
  7. Le 12 septembre était le jour de sa fête liturgique.