Les Écrits de Maria Valtorta

10. Leçon n° 10 — Rm 2, 17-29.

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17 janvier 1948.

Rm 2, 17-29.

L’Auteur Très-Saint dit:

«Le fait de respecter les préceptes de la Loi, même si on est incirconcis, vaut bien une circoncision. Aujourd’hui encore cette vérité constitue une absolution pour ceux qui ne sont pas de la Loi. Paul dit: “Vrai juif n’est pas celui qui paraît tel. La circoncision véritable n’est pas celle d’une marque dans la chair. Le vrai juif se manifeste à l’intérieur. La vraie circoncision est celle du cœur. Elle est selon l’esprit non selon la lettre. Voilà ce qu’est la circonsision que Dieu récompensera”.

“Circoncisez votre cœur”. Ce vieil adage dit bien ce queDieu veut de vous. Il vous fait comprendre combien inutile est la connaissance littérale de la Loi si vous refusez de reconnaître et de pratiquer cette même Loi spirituellement. Or telle est la seule et vraie circoncision.

A quoi sert de porter la soutane – je parle de soutane pour désigner les fils de la Loi – si ensuite l’homme qui la porte, au lieu de servir la Loi, se fait serviteur du monde, du démon, ou de ses propres sens? Les comédiens et les mimes, eux aussi savent porter des habits de rois, de prêtres, de guerriers, d’ouvriers ou de paysans, sans pour cela devenir rois, prêtres, guerriers, ouvriers ou paysans. La pièce terminée, le rideau baissé, ils enlèvent les vêtements mis pour la représentation et reprennent les leurs. Leur cœur ne change pas pour avoir représenté la magnanimité d’un roi, la sainteté d’un prêtre, la vaillance d’un guerrier, les sentiments d’un ouvrier ou d’un paysan. Eux, ils restent ce qu’ils sont: s’ils sont justes ils vont demeurer justes même s’ils ont représenté à la perfection un monstre d’iniquité, s’ils sont des monstres d’iniquité ils vont demeurer des montres d’iniquité même s’ils ont représenté à la perfection la vie d’un saint.

Parmi ceux qui, d’après leur façon de servir la Loi, aux yeux du monde donnent l’impression d’être circoncis – et même décapités de la triple concupiscence – nombreux, trop nombreux sont ceux qui, aux yeux de Dieu et des habitants du Ciel, montrent la présence des sept serpents capitaux, bien vivants dans leur cœur. Ces hommes ne peuvent vraiment pas être considérés comme circoncis dans leur cœur. Au contraire, à leur nature non amputée de la triple concupiscence qui est le fruit du péché, patrimoine que tout homme hérite d’Adam, ils ajoutent un serpent supplémentaire, celui de l’hypocrisie, qui est une sorte de trahison. Trahison de leurs semblables, devant qui ils veulent paraître ce qu’ils ne sont pas, et trahison de Dieu qu’ils pensent pouvoir tromper de la même façon. Comme si la poussière dorée qu’ils lancent en l’air pour que le monde les admire pouvait avoir sur Dieu le même effet qu’elle a sur les hommes.

Poussière. Dieu n’accepte pas la poussière dorée. Il accepte l’or pur, l’or massif, l’or parfait, la vraie charité, la charité véritable qui est obéissance à la Loi, et donc circoncision du cœur. D’un cœur qui se débarasse de la triple concupiscence, pour devenir un véritable fils de la Loi et ainsi un fils de Dieu.

J’ai ceci à vous dire: autant le Père Très-Saint saura encore être tout miséricorde à l’égard des gens de bonne volonté que Satan, la chair, ou le monde ont renversés, malgré leur volonté de fuir le danger, malgré leur volonté de ne pas chercher les pièges, autant saura-t-il faire appel à toute sa rigueur à l’égard des hypocrites. Et cela d’autant plus à l’égard des personnes qui par condition, ou par grâce d’état, ou par don extraordinaire reçu, en savent plus, et devraient par conséquent être capables d’atteindre un niveau de perfection plus haut que celui des masses: religieux, prêtres, prophètes, voix de Dieu, élèves de Dieu. Tous ces gens se doivent d’être parfaits non seulement par reconnaissance envers Dieu qui les a appelés au sacerdoce, à la vie religieuse, ou qui leur a donné la vocation de prophètes, mais aussi pour ne pas être de scandale aux petits du troupeau.

Scandale, c’est le mot. Beaucoup de scandales se produisent dans le monde. Les masses ne s’en soucient qu’un instant, le temps que dure le bruit du scandale. Parfois, surtout dans les périodes de baisse générale des valeurs morales – je ne dis même pas de valeurs spirituelles, mais je dis de valeurs simplement morales – ces mêmes masses affichent une totale indifférence… Mais il y a des scandales qui frappent la sensibilité sincère des justes et même celle des indifférents, au point que le dégoût s’empare des justes et que les indifférents deviennent railleurs. Devrais-je passer sous silence le chapitre des scandales qui finissent par tomber entre les mains des ennemis de Dieu et de son Eglise? Comme une fissure dans un bateau, comme une bombe posée sous un édifice, comme un levier sous une roche, ces scandales sont un danger mortel pour la Foi et pour l’Eglise. Les dégâts provoqués sont tellement graves que la Foi s’éteint en beaucoup de cœurs. L’Eglise en subit des secousses rudes dont les effects dépassent votre imagination.

Si en plus les scandales se succèdent, ce qui s’en suit ressemble aux vagues d’un lac troublé par la chute violente d’une série de rochers se détachant d’une montagne. S’il n’y avait qu’un seul rocher qui tombe dans le lac, sa chute produirait des cercles concentriques de vagues qui finiraient par s’apaiser et mourir sur la grève. Mais si les chutes se multiplient, le danger augmente de plus en plus, en proportion du nombre et de la grosseur des rochers qui tombent dans l’eau. Une catastrophe a lieu si une partie entière de la montagne se détache et provoque des inondations soudaines qui sèment la mort et la désolation.

Voilà décrit l’effet que provoquent les scandales de ceux qui “arborent le nom de Juif, se reposent sur la Loi, et se glorifient en Dieu”, …qui se glorifient par-dessus tout d’être “les ministres de Dieu”, mais ne sont pas guides pour les aveugles, ou lampes pour ceux qui cherchent la lumière. Ils ne sont pas maîtres véritables pour les petits du troupeau. Ils ne sont que confusion, désordre, crépuscule, négation. Oui, négation. Parce qu’ils “enseignent aux autres mais pas à eux-mêmes”, et parce que leur vie est remplie de fautes qu’ils reprochent à leur troupeau. Par leur vie de pasteurs-idoles, depasteurs-mercenaires, ils souillent le nom de Dieu et piétinent la Loi qu’ils connaissent et qu’ils prêchent.

C’est “à cause d’eux que le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations”. Oui, blasphémé. Parce que les ennemis de Dieu en profitent pour pousser les peuples à mépriser ces serviteurs de Dieu trop pécheurs, ou simplement trop imparfaits, trop paresseux, trop tièdes, dépourvus de véritables convictions de foi. En vérité il y a plus de foi chez les brebis du troupeau que chez la majorité de ces bergers qui ont décidé de considérer leur ministère comme un métier plutôt que comme une mission royale. Blasphémé, oui. Parce qu’en inversant la remarque que les Gentils faisaient sur les prêtres catholiques au début de la chrétienté, et qui devenait le point de départ de leur conversion au Christ: “Voyez comme ilss’aiment entre eux, et combien leurs prêtres sont parfaits” àprésent un grand nombre de catholiques, parfois parmi les plus fervents, se disent entre eux, ou pensent dans le secret de leur cœur: “Regarde nos prêtres, regarde ce qu’ils font. Pire que nous! S’ils étaient vraiment ministres d’un Dieu, Dieu ne ferait pas passer ces scandales”. Ils finissent par conclure: “A cause de cela je crois (ou je commence à croire) que le Dieu qu’ils prêchent n’existe pas, qu’il n’y a pas de seconde vie, qu’il n’y a pas de sacrements”. La foi meurt. Meurt la Grâce et la Vie.

Mais Dieu est là. Il prend les Gentils. Il prend ceux que les pasteurs arrongants – arrogants, pécheurs, de mauvais exemple pour les agneaux – méprisent, persécutent et combattent parce qu’il leur paraît injuste qu’une brebis puisse savoir ce qu’eux-mêmes ne savent pas, et le savoir directement de Dieu. Tels sont les vaniteux et imparfaits pasteurs-idoles. Ils ne méritent pas d’entendre la Voix très sainte de la bouche des petits agneaux, car à leur avis il serait injuste qu’un agneau puisse être “voix de Dieu”, et continuer donc la révélation.

Dieu prend les Gentils. Appelons ainsi ceux qui ne sont pas les ministres de Dieu, qui ne sont pas les “dépositaires de la Révélation, de la Sagesse”, qui ne sont pas de ceux qui “ferment la porte du Royaume au visage des petits et, sans yentrer eux-mêmes, empêchent les autres de rentrer”. Dieuprend donc ces “Gentils” que les savants méprisent, persécutent et condamnent, et il les met au milieu des foules qui ne voient plus, ne croient plus, ne savent plus clairement. Il en fait ses “annonciateurs”. Dans un psaume prophétique surlequel les savants inutilement se fatiguent, il est dit: “Mon Seigneur a fait entendre sa parole: des annonciateurs joyeux la proclament: une milice nombreuse”.

Cette “nombreuse armée” promise par Dieu à travers les prophètes, est celle des “voix”. Elle est comme une “pluie qui revigore l’héritage du Seigneur”, pluie bénéfique, voix qui redonne force, parole qui console, bonne nouvelle. Des “voix” qui parlent au nom de Dieu il y en aura toujours. Dieu a promis – et Dieu ne manque pas à sa parole – qu’il donnera sa Parole, sa toujours Bonne Nouvelle aux continuateurs du Christ, Verbe et Maître éternel.

Les voix: ceux qui se tiennent sur la montagne, la montagne de Dieu; montagne fertile aux cimes nombreuses. Là le Seigneur se plaît à demeurer en compagnie de ses serviteurs cachés. Lui seul les connaît pour ce qu’ils sont. Ces serviteurs cachés du Seigneur aiment leur Seigneur comme eux seuls, emplis de Lui, savent aimer. Les voix: ceux qui forment le carrosse triomphal de Dieu, carrosse étincelant de charité.

Etes-vous surpris qu’il y ait des “voix”? Et qu’elles soient nombreuses? Cela n’est-il pas dit dans le psaume? Oui, il estobscur aux savants. Pas à Moi. Il est dit aussi qu’“il y a desmilliers d’exultants, et le Seigneur est au milieu d’eux”. Cesont les voix des prophètes de tous les temps, les âmes de ceux qui deviennent voix de Dieu par leur exemple, quand ce n’est pas par la parole. Ce sont les saints, les élus de la Terre: des âmes qui reflètent déjà une lumière de paradis. Ils sont éparpillés un peu partout sur la Terre pour témoigner de Dieu. Ce sont des “petits Benjamins dans l’extase de l’âme”.

C’est en vain que les bêtes sauvages des cannaies les refoulent. En vain des groupes de taureaux voudraient les exclure: ils sont testés comme l’argent.

Pour le Seigneur qui se montre du côté de l’orient ils forment un cortège devant lui et après lui. Le Seigneur se manifeste comme un brillant Soleil divin qui se lève à l’orient et qui traverse son Univers jusqu’à l’occident. C’est lui qui leur donne la voix de sa puissance pour qu’ils continuent de propager la Bonne Nouvelle, tels des prophètes nouveaux, des hérauts du Verbe, des nouveaux évangélistes. Nouveaux évangélisateurs non parce qu’ils font un évangile nouveau, mais parce qu’ils vous aident à voir plus clair dans le mystère du Christ. Paul de Tarse est parmi les premiers de ces nouveaux évangélisateurs.

A la toute fin, dans la vérité de leur nature surnaturelle, toutes ces voix s’uniront au chœur des séraphins pour chanter avec enthousiasme leur: “Mon âme exalte le Seigneur (…)qui a tourné son regard sur nous petits (…). Celui qui est puissant a fait pour nous des merveilles”. Ils ne sont pas desGentils, comme un trop grand nombre parmi vous les considèrent maintenant, mais des élus au sein du peuple élu».