16 janvier 1948.
Rm 2, 12.
L’Auteur Très-Saint dit:
«La grande miséricorde de Dieu resplendit de façon encore plus lumineuse et infinie dans les paroles de Paul, là où par inspiration divine il proclame que ceux qui ne reconnaissent aucune loi, ni naturelle, ni surnaturelle, ni rationnelle, périront. Ceux qui auront connu la Loi et ne l’auront pas pratiquée seront condamnés par cette même Loi qui sauve. Quant aux Gentils qui sont privés de la Loi, mais qui font naturellement et par raison ce que prescrit la loi qu’ils ignorent, ils servent Dieu à leur insu. S’ils se laissent guider par la seule lumière de la raison et par la droiture de leur cœur, ils obéissent à la voix de l’Esprit, inconnu mais présent comme seul maître dans leur âme de bonne volonté, ils servent Dieu à leur insu. Quand par amour ils pratiquent la vertu et obéissent aux bonnes inspirations, ils servent Dieu à leur insu. Ces Gentils démontrent par leurs actions que la Loi est inscrite dans leur cœur vertueux. Au jour du Jugement, ils seront justifiés.
Observons ces trois grandes catégories. En elles le jugement divin resplendit dans sa miséricorde et dans sa parfaite justice.
Première catégorie: ceux qui ne veulent reconnaître aucune loi, ni naturelle, ni humaine, donc raisonnable, ni surhumaine. Qui sont-ils? Des sauvages? Non. Ce sont des Lucifer, les Lucifer de la Terre. Au fil des ans leur nombre augmente de plus en plus au lieu de diminuer comme il devrait suite à la diffusion de l’Evangile, à sa prédication inlassable, et à la civilisation qu’il propage. La paix, la justice et la lumière sontpromises aux hommes de bonne volonté. Mais eux sont demauvaise volonté.
Ce sont les rebelles à toutes les lois, même à la loi naturelle. Ils sont donc inférieurs aux brutes. De leur plein gré ils renient leur nature humaine: une nature d’êtres raisonnables, dotés d’une âme et d’un esprit. Ils font des choses qui sont contraires non seulement à la nature mais aussi à la raison. Ils ne méritent que de disparaître du nombre des humains qui ont été créés à l’image de Dieu et à sa ressemblance. En tantqu’humains ils périront. Ils périront pour assumer la nature qu’ils auront voulue, celle de démons.
Deuxième catégorie: les hypocrites, les faux, ceux qui se moquent de Dieu. Ils ont la Loi, oui, mais ils ne la suivent pas. Est-ce qu’on peut tirer avantage d’une loi qu’on ne pratique pas? Ces gens ressemblent à ceux qui possèdent un trésor,mais le laissent inactif et sans protection. Ils n’en tirent aucunfruit de vie éternelle, la joie qui commence tout de suite au moment de la mort. Ils seront condamnés. Bien que gratifiés du don de Dieu, ils ne l’ont pas exploité avec la reconnaissance qu’ils auraient dû témoigner à Celui qui les a placés au sein de la partie élue de l’Humanité, celle du Peuple marqué du signe de la croix.
Troisième catégorie: les Gentils. A présent on utilise ce terme pour désigner ceux qui ne sont pas chrétiens catholiques. Nous continuerons à employer ce terme le temps de notre méditation sur les paroles de Paul. Les Gentils, qui même sans connaître la Loi font naturellement ce que la Loi impose, sont loi à eux-mêmes. A leur manière, ils témoignent que leur esprit aime la vertu et tend au Bien suprême. Lorsque Dieu, dans la personne de Jésus-Sauveur, jugera les actions secrètes des hommes, ces Gentils seront justifiés.
Ceux-là sont nombreux. Leur nombre est vraiment considérable. Ils sont la foule immense… rassemblée de toutes nations, langues, tribus, peuples, sur lesquels au dernier jour sera imprimé le sceau du Dieu vivant, signe de salut et de récompense, avant le jugement dernier, qui est sans appel. Tous ceux-là seront sauvés grâce aux mérites infinis du Christ, qui a accepté d’être immolé en versant sang et sérum jusqu’aux dernières gouttes; c’est grâce à lui que tous ceux-là seront sauvés.
La vertu de ces Gentils, leur obéissance spontanée à la loi de la vertu, les aura baptisés sans autre baptême; elle les aura consacrés sans autre chrême que les mérites infinis du Sauveur. Les limbes ne seront plus la demeure de ces justes en attente. De même qu’au soir du Vendredi-Saint les justes ontquitté les limbes, car le Sang versé par Jésus-Rédempteur les avait purifiés de leur tache originelle, de même, au soir duTemps, quand les mérites du Christ auront triomphé de tous ses ennemis, les justes, qui par ferme conviction d’être dans la juste religion auront appartenu à un troupeau non catholique, seront par lui absous et justifiés. Ils recevront la récompense des vertus pratiquées sur terre.
S’il n’en était pas ainsi, Dieu aurait trompé ces justes qui se sont donnés une loi de justice, et ont défendu la justice et la vertu. Or Dieu ne trompe jamais. Sa récompense, même si parfois elle se fait attendre, est toujours certaine».