Les Écrits de Maria Valtorta

31. Leçon n° 31 — Rm 8, 12-16.

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8 février 1950.

Rm 8, 12-16.

«Une personne qui a été secourue et gratifiée, à qui doit- elle sa gratitude? Qui est-elle tenue de remercier pour l’aide et les dons qu’elle a reçus? Son bienfaiteur.

Alors, l’homme à qui doit-il sa gratitude? A la chair ou à l’esprit? La chair s’est laissée corrompre par la séduction du fruit défendu. Elle a réduit l’homme, de divin qu’il était par grâce reçue du Créateur, en un être voué à la douleur, à la lassitude, à la mort, à l’exil loin du Ciel. L’esprit, lui, par les mérites du Christ est revenu à son état de grâce. Il a été régénéré, re-déifié, rendu capable de tendre à nouveau vers la joie du Ciel, dans laquelle sa chair, elle aussi, aura sa part.

En vérité c’est à son esprit que l’être humain doit sa gratitude, et même son obéissance, à l’esprit qui guide l’homme vers la joie éternelle. Et l’esprit, à son tour, qui est mû par l’Esprit Saint, doit sa gratitude et son obéissance à Dieu.

Les hommes sont tous, certes, des créatures de Dieu, mais seulement ceux qui vivent la vie de l’esprit sont les “enfants de Dieu”. Les autres, ceux qui n’obéissent qu’aux instincts et aux tendances de la chair, en vrais esclaves, ceux-là sont fils de la chair. Ce sont des créatures animales, comparables aux autres espèces animales qui vivent sur la terre, dans l’eau, dans les airs, et qui ont été créées par Dieu le sixième jour (Gn 1, 20-25).

Mais, tandis que les créatures animales sont toutes agréables au Créateur – car elles obéissent à la tâche pour laquelle elles ont été créées sans qu’aucune ne viole sa propre loi naturelle qui les guide dans leurs actes de procréation et dans leur façon de servir l’homme et la nature entière –, parmi les hommes, au contraire, il y en a qui violent l’ordre divin qui est en eux. Ils violent la loi divine et se placent contre Dieu. Volontairement ils privent Dieu de la joie de leur donner ce pour quoi ils ont été créés, c’est-à-dire la récompense éternelle, dont ils se privent. Ces hommes déplaisent grandement à Dieu, qui par conséquent les repousse de lui-même et de son Royaume, car ils assassinent et violent leur propre nature.

Que cela ne vous paraisse pas exagéré: le pécheur qui vit et meurt dans son péché est un assassin de lui-même dans ses deux natures, qui sont tellement liées qu’elles n’en font qu’une. La nature surnaturelle de l’homme ne saurait être tuée impunément, c’est-à-dire sans que sa nature naturelle ne soit impliquée elle aussi dans cette mort éternelle. Et on ne peut vivre comme des brutes sans tuer aussi, de façon prématurée, la nature animale: la chair, par des maladies qui sont la conséquence des vices.

Par conséquent l’homme qui vit comme une brute devient homicide et déicide. En tuant en lui-même la vie spirituelle divinisée, il supprime aussi sa vie animale. Il outrage cet Amour créatif qui a choisi de demeurer dans l’esprit de l’homme (“Vous êtes temples de l’esprit de Dieu”) le temps que cethomme doit vivre sur terre, avant de monter à la demeure éternelle de Dieu: le Ciel.

Par conséquent l’homme n’est pas débiteur envers sa chair, et il doit tout faire pour éviter de l’être. Cela ne peut lui procurer que châtiment et mort. L’homme doit plutôt être débiteur de l’esprit. C’est l’esprit qui mérite d’être servi, puisque c’est lui qui donne à la chair les lumières, les voix, la force, l’aide, et les joies surnaturelles pouvant compenser les troubles quotidiens. Ces lumières, ces voix, ces forces, ces secours, ces joies, sont envoyées à l’esprit en état de grâce par l’Esprit de Dieu qui demeure en lui.

Est-ce un esclavage pour l’homme que d’être débiteur et serviteur de son esprit? Non. Est-ce une raison pour nourrir une crainte exagérée, une peur continuelle, une incertitude paralysante? Non plus.

Si un être est faible à cause de son âge ou par maladie, s’il est aveugle ou presque, s’il est dur d’oreille ou lent d’esprit, il fait appel à quelqu’un qui n’a pas ces défauts ou faiblesses. C’est ainsi que l’homme doit faire appel à son esprit, car l’esprit prend ses lumières, ses voix et ses forces dans l’Esprit de Dieu.

Parmi les nombreux dons du Père du Ciel à ses fils d’adoption, il y a celui de la souveraineté de l’esprit divinisé sur la matière. C’est un don des plus magnifiques: il offre à la chair le moyen d’atteindre la vie glorieuse. Ce n’est pas un esclavage, mais une élévation: au degré le plus haut que la créature puisse atteindre: l’adoption divine. Et donc la filiation spirituelle par Dieu. Je parle d’hommes chez qui le Christ a restauré la Grâce, et qui la maintiennent vivante en eux par leur vie dans le Christ. C’est alors que les hommes peuvent ainsi appeler “Père” celui que même les anciens Juifs n’osaient pas nommer directement. En effet, c’est en tremblant que les anciens du Peuple élu se contentait d’appeler Dieu: “Celui quiest” (c.-à-d. “Yahveh”).

Donc, les hommes en qui est vivant le Christ-Grâce peuvent appeler “Père” le Dieu Eternel dont le Verbe incarné est le Fils. Car c’est le Christ, toujours lui, qui dans l’homme invoque Dieu le Père, Créateur de tous les hommes. Puisque le Christ est Vérité, son appel de “Père”, lancé vers Dieu depuis le cœur de l’homme, pour l’homme et avec l’homme, est un témoignage sûr que tous ceux qui vivent et agissent à travers leur esprit, poussés par le Saint-Esprit qui habite en eux, sont vraiment “fils de Dieu”».