20 février 1950.
Rm 8, 17-19.
«Il est normal qu’un fils ressemble à son père. Il a été expliqué en quoi consiste cette image et ressemblance de l’homme, fils adoptif de Dieu, avec son Père céleste[1]. Il a été dit aussi avec quels moyens et d’après quel exemple l’homme peut arriver à ressembler toujours plus à la Perfection éternelle. Enfin, il a été établi comme vérité que ceux qui vivent selon l’esprit peuvent appeler “Père” leur Dieu, et l’appeler avec la voix qui lui est la plus chère: celle de Jésus qui, avec son esprit, habite dans les fils de Dieu.
Mais un père ne donne pas seulement son amour et ses traits de ressemblance à ses enfants. Il leur donne aussi ses richesses et son héritage.
La Première Personne de la très sainte Triade donne à son Fils consubstantiel au Père le Royaume et la possession de tout ce qui est au Ciel et sur la Terre. De la même façon il donne à ses fils adoptifs, les frères de Jésus dans la chair, de participer au Royaume et à la possession du Fils. Il a déjà donné aux hommes le droit de participer à la vie divine à travers la Grâce. Il leur avait déjà donné le droit de participer aux trésors du Christ à travers la vie dans le Corps mystique. Mais, après l’existence terrestre, il veut aussi donner aux hommes le droit de participer aux biens du Ciel: le co-héritage avec le Christ.
Voilà donc les dons qui reflètent le désir du Père, du Fils et du Saint-Esprit: les Trois qui, comme ils sont une seule chose, ainsi ont-ils une pensée unique, une volonté unique, un amour unique.
Quel doit être le désir des fils d’adoption correspondant à celui de Dieu? Le même. Co-participation à la vie divine, à travers la fidélité à la Grâce et l’union au Corps mystique. A travers une vie vécue de façon à atteindre le but final: cette co-participation, ce co-héritage des biens du Ciel.
On vous a montré[2] comment il n’y a pas de victoire sans lutte, et comment les décorations et la palme de gloire ne sont pas gagnées si d’abord on n’est pas passé par la douleur et la croix, moyens grâce auxquels le Christ a été exalté par le Père, après son obéissance et son humiliation suprêmes. De même que vous désirez, et à juste titre, l’héritage commun du Royaume céleste dont l’Agneau de Dieu, le Verbe Incarné, est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, de même vous devez désirer d’être aussi des cohéritiers à sa part de douleur, d’immolation, d’humiliation, d’obéissance. Seulement de cette façon vous pourrez être glorifiés vous aussi avec lui, le Victorieux, le Glorieux.
Votre chemin terrestre est toujours bref par rapport à l’éternité. Relatives, toujours relatives sont la souffrance et la croix, si on les compare à la joie céleste qui est infinie. Infinie comme le sont toutes les choses que Dieu destine à ceux que déjà il reconnaît comme étant “ses fils et ses héritiers”.
Quelle est la récompense du bienheureux? Avoir Dieu. Donc il n’est pas faux de dire que cette joie sera infinie, car Dieu est infini. Dans la Révélation que Dieu fera de lui-même, de son Mystère, le bienheureux se réjouira d’une joie sans mesure, donc infinie.
Pour ces mêmes raisons, les humiliations terrestres ont toujours une valeur relative lorsqu’elles sont comparées à la gloire qui prendra corps chez les élus quand Dieu leur communiquera, en mesure pleine et parfaite, sa Grandeur, sa Beauté, sa Connaissance, son Feu d’Amour, sa Lumière, tous ses Attributs, tous ces Biens, toutes ces gloires, toutes ces vertus que Dieu tend à communiquer de façon relative, c’est-à-dire proportionnée aux vivants. Il le fait d’une manière toujours plus vaste, plus profonde et plus haute, à mesure que le vivant grandit dans la vie surnaturelle, à mesure qu’il se vide de son propre moi et de tout ce qui l’empêche de bien accueillir Dieu, tant que dure son séjour sur la Terre.
Alors, à la fin des temps, quand les corps des saints ressuscités seront glorifiés et réunis à leur esprit déjà glorieux et bienheureux, alors seulement la création, en attente depuis des millénaires, verra la révélation des fils de Dieu. La révélation de ce que les fils de Dieu auraient été depuis le commencement si au commencement le premier d’entre eux n’avait pas péché, si par cette Tache sacrilège, avilissante et douloureuse, l’homme n’avait pas sali la Création que Dieu avait si bien forgée.
Alors toutes choses seront restaurées telles que Dieu les avait conçues avant de les créer. Le diable et ses serviteursseront jetés dans la mare éternelle, sans plus liberté de sortiret d’agir pour les siècles des siècles. Lorsque la création sera délivrée de la présence du Prince du mal – par qui sont entré dans le monde la faute, la douleur et la mort – et quand auront disparu aussi la mort et la douleur, alors les choses qui furent avant auront cessé. Toutes choses qui, à leur origine étaient belles, bonnes – sans deuils et misères, sans férocités ni mensonges, sans malices et corruptions, – mais que Satan et la faiblesse de l’Homme et puis des hommes avaient perverti, rendu laides, mauvaises, douloureuses, cruelles, trompeuses et corrompues, redeviendront ce qu’elles auraient dû être.
Ce sera un monde nouveau, la Jérusalem éternelle. Ce seraun monde où il ne sera plus possible à Satan de pénétrer, ni à la douleur de torturer, ni à la malice de souiller, ni à la violence de nuire et de donner la mort. Et il sera éternel.
Ce sera la grande révélation des fils, du Peuple éternel de Dieu, révélation dont Dieu seul connaît la magnificence, lui qui sait tout et voit tout depuis son éternité. Qui, dans sa Pensée, connaît et voit cette révélation avec l’œil du Verbe. Par qui les fils de Dieu eux aussi auront la parfaite révélation de Dieu, et le connaîtront sans aucune restriction».