29 mars 1950.
Rm 8, 26-27.
«Ce Très Divin Esprit a mille manières de venir au secours de votre faiblesse.
En se donnant à vous avec son immensité de lumière et de puissance, il pénètre et illumine même les retraits les plus enfouis de votre esprit. Il y fait prospérer la Grâce et les autres vertus en vous faisant connaître le Père, le Fils et leur Amour réciproque, c’est-à-dire lui-même, comme aucun livre, aucune parole de sagesse humaine ne saurait faire.
Dieu, dans son Savoir infini, est toujours simple et lumineux. Son instruction est un toucher divin qui allume des lumières aptes à éclairer les mystères. Elle est comme une caresse qui vous réveille à l’amour, ou comme un baiser donné pour que vous puissiez goûter les saveurs de Dieu. Elle est comme le lait que vous donne ce Dieu le Père avec son amour prévoyant, que vous donne Dieu le Fils avec sa Chair et son Sang, que vous donne le Saint-Esprit qui vous nourrit du miel de sagesse pour vous faire désirer Dieu comme les abeilles désirent le nectar des fleurs.
Et… y a-t-il une fleur plus splendide, plus suave, plus pure que Dieu? Et qu’est-ce qui attire plus qu’une fleur parfumée, aux couleurs attrayantes, aux sucs salutaires, qui attire même les plus simples et les moins instruits, les enfants aussi bien que les vieillards qui, sur le plan humain, n’ont plus d’illusions à se faire. Elle attire les malades qui sont crucifiés à leur croix, car elle attire sans causer de fatigue. Elle charme et ravit, car elle témoigne de l’existence de Dieu, et de sa providence, laquelle pourvoit même aux besoins de l’herbe des champs.
C’est ainsi, avec simplicité, par son silence humainement divin, que l’Esprit Saint vous instruit. Mais sur le plan spirituel il le fait avec sa Voix infatigable qui résonne dans le silence attentif de votre âme. Il vous enseigne, vous conseille, vous guide. Pour chaque inspirations que vous secondez, il vous communique une connaissance de Dieu toujours plus vaste, génératrice d’un amour toujours plus grand. Il vous donne une certitude toujours plus grande que vos actions accomplies par amour de Dieu, et donc dans sa Charité, sont accomplies avec l’aide de Dieu et en union avec Lui, Père, Fils et Saint-Esprit, et que donc la valeur de ces actions est surnaturalisée à mesure que l’homme individuel se transforme en fils de Dieu, en fils de Dieu toujours plus tel – par une génération continuelle du Verbe et par la volonté du Père éternel qui veut que vous deveniez d’“autres Christ” – à mesure qu’il vit toujours plus dans la charité du Père et du Fils, c’est-à-dire dans l’étreinte de l’Esprit de Dieu”.
Parfois la transformation devient totale… Autant que cela est possible à la créature, encore exilée sur la terre. Cela à lieu quand elle est arrivée à se vider de tout ce qui n’est pas le pur amour. Il s’agit d’un pur amour de Dieu qui s’est dépouillé de tout ce qui le retenait: affections sensibles non ordonnées aux fins de la charité surnaturelle, craintes excessives de l’imperfection face à la Perfection divine, anxiété de faire trop, de trop embrasser d’activités, même bonnes mais par vouloir propre. Car c’est cela qui fatigue et distrait et qui empêche d’écouter et d’exécuter les inspirations et les intentions que Dieu suggère et propose à l’esprit de l’homme. Parfois donc – ai-je dit – cette transformation devient totale. Elle porte alors à dépasser les bornes et les limitations inhérentes à la nature humaine. Elle élève la nature de cet homme à des hauteurs d’abîme… vertiges de la charité jusqu’à l’immolation, ou de la contemplation jusqu’à l’extase ou aux révélations, au cours desquelles l’âme mystique, pour de brefs instants – car elle ne saurait en jouir plus longtemps sans mou-rir –, goûte une anticipation de la très parfaite joie éternelle. Si cela est possible sans qu’elle en meure, c’est parce qu’une secrète action de Dieu la soutient en vie. Dans la mesure où vous êtes dociles et attentifs aux divines inspirations, l’aide divine suscite en vous de saints désirs qui vous portent vers des œuvres saintes.
Lorsque vous vous laissez inspirer et mouvoir par le Moteur éternel et parfait qui accomplit chacun de ses mouvements par amour, vous vous transformez en des créatures d’amour, et choisissez comme guide et comme souvereine de toutes vos vertus, l’amour. A partir de ce moment-là, d’hommes que vous êtes, vous vous transformez vraiment en fils de Dieu, quelles que soient les choses que vous faites ou que vous dites. Même si aux yeux d’autrui vous paraissez ne rien faire – car votre activité ne sera pas extérieure, bruyante, agitée, mais toute intime: prière et offrande quotidienne, immolation requise et accomplie à l’intérieur de votre moi, en souvenir des paroles: “Lorsque vous voulez prier, n’imitez pas leshypocrites qui aiment se montrer devant les hommes, mais rentrez plutôt chez vous, et renfermez-vous à l’intérieur de votre maison”, – même si vous paraissez ne rien faire, en réalité vous imitez Dieu le Père qui œuvre dans le mystère de son Ciel; vous imitez Dieu le Fils qui n’a jamais aimé les acclamations. En effet Jésus a aimé l’effacement de Nazareth aussi longtemps qu’il a pu le faire sans déroger aux desseins du Père. Après chaque miracle grandiose qu’il était obligé d’accomplir à la présence des multitudes, pour confirmer sa véritable Nature de Verbe du Père et de Messie, il s’est toujours esquivé, soit en se retirant sur les montagnes, soit ens’éloignant sur le lac avec la barque, soit en se retirant au jardin des Oliviers, ou du côté de Tyr et Sidon, ou dans les environs de Magdala, ou même aux frontières de la Samarie. Vousimitez le Saint-Esprit dont l’action sanctificatrice se déroule sans bruit ni agitation à l’intérieur de l’esprit humain.
Vous vous transformez donc en fils de Dieu, et vous accomplissez des œuvres dignes d’un fils de Dieu. En cela aussi vous augmentez votre identification avec Lui, et continuez votre ascension vers la perfection. Plus encore: votre moi, autant le moi naturel que le spirituel, toujours imparfaits par suite de la Faute originelle, s’annulent – c’est le mot – pour prendre le moi parfait de Jésus.
Paul dit: “Ce n’est pas moi qui vis; c’est le Christ qui vit enmoi”. Tout chrétien qui sur terre réalise cette transformation, moyen par lequel après sa mort il héritera le Ciel éternel, peut dire avec Paul: “Ce n’est pas moi; c’est le Christ qui vit en moi”. Et vraiment ses actions seront des actions accomplies selon l’esprit du Christ. Ses oraisons seront des oraisons qui poursuivront l’oraison incessante que le Christ a faite pendant sa vie terrestre. Ses souffrances seront en vérité la continuation et le complément des souffrances du Christ. Aussi, elles ont le même but: la sanctification des humains. Et leur but sera le même: l’exaltation glorieuse et éternelle après l’humiliation et le martyre de l’immolation.
Enfin, après avoir opéré l’union par cette communication réciproque de Lui en vous et de vous en Lui, par l’écoute attentive et docile de ses inspirations – car il ne la susciterait pas en vous s’il voyait que vous n’êtes pas en mesure de les accomplir, ce qui changerait des sources de bien en motif de condamnation – l’Esprit qui est en vous, pour soutenir votre faiblesse et réaliser votre sanctification, vous aide avec sa prière parfaite.
Car étant Dieu, il sait comment il faut prier. Il le fait avec vous et pour vous. Votre prière, rendue efficace par l’union avec sa prière à Lui, monte au Ciel jusqu’au trône de Celui qui “scrute” les cœurs. De Celui qui connaît ce qu’invoque l’Esprit par des soupires ineffables, et comment il intercède pour les saints, selon les désirs que Dieu a pour chacun d’entre eux. C’est cela l’aide des aides: votre justification, votre force, votre sanctification, qui se réalise, qui s’exerce, qui commence sur terre, et qui est couronnée au Ciel».