1945-12-27
J’en étais encore à la communion lorsque l’apôtre saint Jean m’apparaît dans un bois d’oliviers: rose, rieur, il porte un vêtement lilas et un manteau marron clair. On a l’impression qu’il arrive en toute hâte. Il se tourne pour me regarder, me sourit et m’appelle:
«petite sœur!»
Je réponds avec le même sourire que lui: «Oh, Jean!»
Je reste ainsi jusqu’à ce que je reçoive l’eucharistie, puis je rends grâce, et encore après… je dois faire preuve de patience pour écouter des bavardages qui ne m’intéressent guère et n’ont pas d’autre valeur que celle de la charité envers des importuns…
Mais tout en les écoutant, je me demande: «Comment Dina R. sera-t-elle jugée, elle que Jésus n’a pas citée dans sa dictée en faveur d’Antonio Raffaelli?» L’apôtre me répond:
«Cette parole de la croix sera appliquée – elle l’est même d’ores et déjà: “Père, pardonne-lui, parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle fait.” Observe cependant que, puisque ses sarcasmes raisonneurs ont offensé ce dont on ne peut se moquer, notre Seigneur Jésus ne pardonne pas en son nom propre. Lui, il pardonne les offenses faites à Jésus Christ, Dieu et Homme. Quant aux offenses faites à la Divinité une et trine, et en particulier à la Puissance et à l’Amour (le Père et l’Esprit), Jésus prie le Père pour la coupable, car il sait que seul Dieu peut pardonner les péchés contre l’Esprit de Dieu, seul le Très-Haut et le Divin peut donner cette absolution. Et, lui qui la connaît, il a confiance en la miséricorde du Père. Et moi de même, car j’ai entendu la manière dont il a dit ces mots du haut de la Croix, et je ne peux avoir le moindre doute sur leur puissance.
Adieu, petite sœur. Que la grâce de N. S. J. C. soit toujours avec toi.»
Il s’en va alors, aussi rapidement qu’il est venu.
Pour Emma Federici:
Jésus dit:
«Sais-tu ce qu’est la myrrhe? C’est la résine qui préserve de la corruption. Sais-tu à quoi on peut la comparer? Aux larmes. Mais que font les larmes, quand elles sont bonnes? Elles lavent de toute impureté humaine.
Ecoute, ma fille. Rappelle-toi l’Ecclésiastique: “Qui aime son fils lui prodigue le fouet, plus tard ce fils sera sa consolation.” Quant aux Proverbes: “Ne méprise pas, mon fils, la correction de Yahvé, et ne prends pas mal sa réprimande, car Yahvé reprend celui qu’il aime, comme un père le fils qu’il chérit.” Vois dans ma dernière admonestation tout mon amour.66
Ecoute encore, ma fille. Je te donne une promesse et de la paix en cadeau à l’occasion de mes trois fêtes: Noël, la Circoncision et l’Epiphanie. Même si l’hostilité des hommes t’empêchait de voir l’œuvre, tu me serais tout aussi chère. Il me suffit que tu sois généreuse et fidèle. Et tout ce que tu souffriras servira de justification à tout ce que tu auras pu accomplir imparfaitement. Ce que j’exige de toi, ce que j’exige absolument, c’est la docilité et l’abandon absolu à la volonté qui t’est dévoilée heure par heure. Renonce complètement à tout jugement personnel. Grâce à cette renonciation, chaque action sera mise au compte de la responsabilité de chacun.
Ne dis pas: “Mais alors, je n’en retirerai jamais de mérite!” Les mérites des actions humaines sont de 10‰, même celles dont le but est intentionnellement bon. Les démérites constituent les 990‰ restants. Mais si tu renonces à tout jugement personnel et si tu laisses les actions à d’autres, tu pratiques l’obéissance à 1000‰, c’est-à-dire totalement et parfaitement. Tu en retires un mérite total qui efface tout autre démérite éventuel à mes yeux.
Mais me donnes-tu cette myrrhe? J’en embaumerai ton âme, et elle ne sera jamais corrompue.
Ma fille, que ma paix soit avec toi.»