Les Écrits de Maria Valtorta

178. Le 15 septembre

1944-09-15

Ce matin, mon réveil après mon bref sommeil habituel, vers l’aube, s’est caractérisé par cette parole prononcée d’une voix douce et légère, à peine un souffle:

«Je suis l’Amour de Dieu. Le canal d’amour entre le Père et le Fils, le canal d’amour entre Dieu et les hommes. Libre et fécond, je vais et circule, je distribue et recueille, j’étends et je concentre. Grâce à moi, l’Eternel est en vous. Grâce à moi, vous êtes dans l’Eternel. Je suis la Force première. Je serai la Force ultime. Je suis la Force éternelle.

Tout finira, mais pas moi. Ma vie, mon règne sont éternels, car je suis la Perfection des perfections de Dieu ainsi que la perfection des perfections de l’homme. Quand plus rien ne sera nécessaire à l’homme parce qu’il n’existera plus ni temps ni pauvre vie, ni chair ni exil, mais seulement l’éternité et l’esprit, quand rien ne devra plus être fait, continuellement, par Dieu pour sa création, car il ne restera de la création que le ciel et ses habitants éternels désormais au complet, je serai encore. Je serai. Je serai.

Alors les “vivants”, qui me comprennent déjà, me comprendront pleinement, et leur joie surnaturelle viendra de ce qu’ils me comprendront pleinement. En effet, me comprendre pleinement signifie comprendre Dieu et son mystère trine. Par conséquent con­naî­tre Dieu parfaitement et être absorbés pour l’éternité dans l’extase de cette connaissance.»

Puis la voix, d’une encore plus grande douceur que celle de Marie, s’est tue en me laissant tout heureuse; je riais d’une joie qui n’avait rien d’humain.

178.1

Je vois Jésus se diriger vers la rive du lac avec les onze, car Jean est toujours absent. Beaucoup de gens s’attroupent autour de lui : nombre d’entre eux étaient sur la montagne, pour la plupart des hommes qui l’ont rejoint à Capharnaüm pour entendre encore sa parole. Ils voudraient le retenir, mais il dit :

« J’appartiens à tout le monde et il y en a beaucoup qui doivent me posséder. Je reviendrai. Vous me rejoindrez. Mais pour l’instant, laissez-moi partir. »

Il a beaucoup de mal à se frayer un chemin à travers la foule entassée sur le chemin étroit. Les apôtres jouent des coudes pour qu’on le laisse passer. Mais c’est comme s’ils s’attaquaient à une substance molle qui aussitôt se reforme comme elle était. Ils se fâchent même, mais en vain.

1943-11-19

Jésus dit:

“Le croyant s’identifie à son Dieu et l’enfant à son parent. Il n’est donc pas faux de dire des précurseurs de Satan ce que dit Isaïe au chapitre 14, aux versets 12-15.

Ceux que j’appelle les précurseurs du mal n’ont-ils pas voulu ému­ler leur maître et père dans leur tentative de se proclamer des dieux et dans leur oppression des foules? N’ont-ils pas parlé de Dieu avec une honteuse condescendance, comme s’ils étaient des super-dieux? Ne se sont-ils pas arrogé le droit d’imposer leur autorité à ce qu’il y a de plus sacré, à ce que même Dieu respecte chez l’humain? Non seulement ils se sont permis de donner ou de retirer la permission de vivre, mais jusqu’à celle de penser.

La pensée que j’ai donnée à l’être humain, pensée qui est libre – puisque tout ce que Dieu vous a donné est libre de toute imposition et aurait été encore plus libre, au point que même la chair n’aurait pu y mettre obstacle, si la chair au départ était restée libre de l’esclavage de la faute – la pensée est piétinée par ces super-dieux de fange et d’horreur. Ils n’exigent pas l’obéissance à de saintes lois d’amour dont je vous donne amoureusement le commandement sans vous obliger à le suivre. Ils imposent des obligations cruelles qui vous asservissent plus que des bœux accablés par le joug et aux narines blessées par l’anneau constricteur. Ils les imposent à tout votre être, et aucun de vos trois aspects – le physique, le moral, le spirituel – n’est exempt de cet esclavage.

Oui, le spirituel aussi. Les pieuvres du Mal qui domine pénètrent et s’étendent sur votre esprit; elles déterminent selon leur bon vouloir si l’esprit va se tourner vers Dieu et sa Loi. Leur rancœur d’enfants de Satan explose dans des persécutions féroces. Mais même si, jetant leur masque humain qui cache leur tête de serpents infernaux, elles ne parviennent pas aux grandes persécutions, c’est avec les ruses subtiles, les effritements de l’édifice de la Foi, les modes de vie qui visent à remplacer la religion par le paganisme qu’elles enveloppent votre esprit pour l’étouffer.

Et vous n’avez pas toujours la force de rester fidèles, puisque vos esprits n’ont pas été nourris d’amour et d’Évangile. Vous vous pliez aux servitudes humaines, vous qui jugez l’obéissance aux commandements de Dieu indigne de l’être humain. Et pour un être ou plusieurs êtres, vous perdez le plus beau don de Dieu, ‘le libre arbitre’. Vous êtes des marionnettes mues par un être ou plusieurs êtres humains. En cette vie et au-delà, vous pouviez être des esprits libres du royaume de Dieu votre Père.

Éloignez-vous, détachez-vous autant que vous le pouvez des lois de la Bête, éloignez-vous d’elle. Son destin est déjà marqué. Quand la hache de Dieu tranchera les parties de l’horrible Bête qui torturent la Terre et qui constituent les précurseurs de l’Unité de Mal, laquelle bouleversera la Terre, tâchez d’être très loin de celles qui seront précipitées dans le four de l’abîme comme les membres putrides de cette mainfestation d’horreur.

À Babylone, qui se lève maintenant et qui aura son apogée de domination, succédera un jour la sainte Jérusalem. Faites en sorte que, ce jour-là et au Jour sans fin, vous ne soyez pas marqués du signe des puissants de Babylone, des petits Lucifers, des descendants, des excroissances de Satan, mais du signe saint qu’on ne peut ne pas reconnaître, le signe glorieux du Fils de Dieu.”

1947-09-19

Jésus dit:

«Commence tout de suite à revoir les écrits pour les rendre lisibles par d’autres. Car tu ne peux plus t’en occuper, et ce sont eux qui doivent désormais s’en charger. Tu vas bientôt recevoir une lettre à laquelle tu devras croire et te plier. Quand tu l’auras, tu en seras convaincue. Agis de manière à préparer ce qu’on te demandera.

Sur la manière dont tu dois agir, je ne fais que te répéter ce que j’ai toujours dit: protection de l’Œuvre, secret sur le porte-parole, caractère surnaturel de l’ouvrage depuis sa première édition – tu indiqueras les parties réservées au public de l’ouvrage intégral réservé au clergé –, publication pour éviter les falsifications – il y en a déjà eu, comme je te l’ai dit – mais publication après obtention du “Nihil obstat” de l’Eglise. Document en deux copies signé par le père général153 ou son délégué et par toi, par lequel il s’engage au nom de l’ordre tout entier à protéger l’ouvrage qui lui est confié et à te protéger toi-même, ainsi qu’à restituer les manuscrits et une copie transcrite qui doivent rester chez toi jusqu’à la première publication de l’Œuvre. Tu pourras remettre ensuite les manuscrits eux-mêmes.

Je te donnerai les autres instructions au coup par coup. Il te suffit te mettre celles-ci par écrit pour les montrer le moment venu et leur faire voir que c’est moi qui te dirige et que tu obéis.

Que les autres obéissent, eux aussi. Vu la situation, au­jour­d’hui, le père général ne doit plus ressentir d’aversion ou de peurs. S’il résiste encore, il me causera beaucoup de peine. Puisque ce qu’il pouvait craindre n’a plus lieu d’être, il peut établir ce document, puis eux comme toi pourrez aller de l’avant comme je le veux.»

178.2

Ils arrivent déjà près du rivage lorsque, après une lutte acharnée, un homme d’âge moyen et de condition honorable s’approche du Maître et, pour attirer son attention, lui touche l’épaule.

Jésus s’arrête et se retourne :

« Que veux-tu ?

– Je suis scribe, mais ce qu’il y a dans tes paroles ne peut se comparer à ce que renferment nos préceptes. Elles m’ont conquis. Maître, je ne te quitte plus. Je te suivrai partout où tu iras. Quelle est ta route ?

– Celle du Ciel.

– Ce n’est pas d’elle que je parle. Je te demande où tu vas. Après celle-ci, quelles sont les maisons où je pourrai toujours te trouver ?

– Les renards ont leurs tanières et les oiseaux leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. Ma maison, c’est le monde, partout où il y a des âmes à instruire, des misères à soulager, des pécheurs à racheter.

– Partout, alors.

– Tu l’as dit. Toi qui es docteur d’Israël, pourrais-tu faire ce que ces tout-petits font par mon amour pour moi ? Ici, on exige sacrifice, obéissance, charité envers tous, ainsi que l’esprit d’adaptation en tout, avec tous. Car la compréhension attire. Celui qui veut soigner doit se pencher sur toutes les plaies. Après, ce sera la pureté du Ciel. Mais ici, nous sommes dans la boue et il faut arracher à la boue, sur laquelle nous posons les pieds, les victimes déjà submergées. Ne pas relever ses vêtements, ni s’éloigner parce que la boue est plus profonde à cet endroit. La pureté, c’est en nous qu’elle doit être. Il faut en être pénétré de façon que rien ne puisse plus entrer. Peux-tu tout cela ?

– Laisse-moi essayer au moins.

– Essaie. Je prierai pour que tu en sois capable. »

178.3

Jésus se remet en route et, attiré par deux yeux qui le regardent, il dit à un jeune homme grand et robuste qui s’est arrêté pour laisser passer le cortège, mais qui semble se diriger ailleurs :

« Suis-moi. »

Le jeune homme sursaute, change de couleur, cligne des yeux comme s’il était ébloui par de la lumière, puis il ouvre la bouche pour parler, mais ne trouve pas de réponse. Finalement, il dit :

« Je te suivrai, mais mon père est mort à Chorazeïn et je dois l’ensevelir. Laisse-moi faire, et je viendrai ensuite.

– Suis-moi. Laisse les morts ensevelir leurs morts. Toi, la Vie t’a déjà aspiré. Tu l’as désiré, d’ailleurs. Ne déplore pas le vide que la Vie a créé autour de toi afin de t’avoir pour disciple. Les mutilations de l’affection sont des racines pour les ailes qui poussent chez l’homme changé en serviteur de la vérité. Abandonne la corruption à son sort. Elève-toi vers le Royaume où rien n’est corrompu. Tu y trouveras aussi la perle incorruptible de ton père. Dieu appelle et passe. Demain, tu ne trouverais plus ton cœur d’aujourd’hui ni l’invitation de Dieu. Viens. Va annoncer le Royaume de Dieu. »

L’homme, adossé à un muret, reste les bras ballants. Il porte des sachets certainement remplis d’arômes et de bandelettes. La tête inclinée, il réfléchit aux deux amours qui s’opposent : celui de Dieu et celui de son père.

Jésus attend et le regarde, puis il prend un petit enfant et le serre sur son cœur en disant :

« Dis avec moi : “ Je te bénis, Père, et j’invoque ta lumière pour ceux qui pleurent dans les nuées de la vie. Je te bénis, Père, et j’invoque ta force pour celui qui est comme un bébé qui a besoin qu’on le soutienne. Je te bénis, Père, et j’invoque ton amour pour que tu fasses oublier tout ce qui n’est pas toi à tous ceux qui ne savent pas croire, mais qui trouveraient en toi tout bien, ici et au Ciel. ” »

Et le petit, un enfant d’environ quatre ans, répète de sa petite voix les paroles saintes, ses menottes jointes pour la prière dans la main droite de Jésus qui tient ses poignets potelés comme si c’étaient deux tiges de fleurs.

L’homme se décide. Il donne ses paquets à un compagnon et vient à Jésus qui dépose l’enfant par terre après l’avoir béni. Il prend par les épaules le jeune homme et avance ainsi, pour le réconforter et le soutenir dans son effort.

178.4

Un troisième homme l’interroge :

« Moi aussi, je voudrais venir avec lui, mais avant de te suivre, je voudrais faire mes adieux à mes parents. Me le permets-tu ? »

Jésus le regarde fixement et répond :

« il y a en toi trop de racines qui plongent dans l’humain. Arrache-les et, si tu n’y arrives pas, coupe-les. Il faut venir au service de Dieu en pleine liberté d’esprit. Rien ne doit lier celui qui se donne.

– Mais, Seigneur, la chair et le sang sont toujours chair et sang ! J’arriverai lentement à la liberté dont tu parles…

– Non. Non, tu n’y arriverais jamais plus. Dieu est exigeant, de même qu’il est infiniment généreux quand il récompense. Si tu veux être disciple, il faut embrasser la croix et venir. Autrement, on reste au nombre des simples fidèles. Ce n’est pas une voie jonchée de pétales de roses que celle d’un serviteur de Dieu. Ses exigences sont absolues. Personne, après avoir mis la main à la charrue pour labourer les champs des cœurs et y jeter la semence de la doctrine de Dieu, ne peut se retourner pour regarder ce qu’il a quitté, et ce qu’il a perdu, ce qu’il pouvait posséder en suivant la voie commune. Celui qui agit ainsi n’est pas apte au Royaume de Dieu. Travaille-toi toi-même. Virilise-toi toi-même, puis viens. Pas maintenant. »

On a atteint la rive. Jésus monte dans la barque de Pierre en lui chuchotant quelques mots. Je vois Jésus sourire et Pierre faire un geste d’émerveillement. Mais il ne dit rien. L’homme qui n’est pas allé ensevelir son père pour suivre Jésus monte aussi.


Notes