Les Écrits de Maria Valtorta

89. Le 16 août

1943-08-16

Jésus dit:

“Je suis le ‘Premier-né d’entre les morts’ selon l’ordre humain et l’ordre divin.

Premier-né selon l’ordre humain parce que je suis, du côté de ma Mère, fils d’Adam, le premier engendré, de la lignée d’Adam, qui naquis comme auraient dû naître tous les enfants de ceux qui furent créés par mon Père.

N’écarquille pas les yeux. Marie est née sans tache par la volonté de Dieu et sa préservation a été justement voulue pour préparer ma venue. Mais sans une volonté spéciale, Marie, qui était née d’un homme et d’une femme unis selon la loi de la nature, n’aurait pas été différente de toutes les autres créatures issues de la racine contaminée d’Adam. Elle aurait été une grande ‘juste’ comme beaucoup d’autres hommes et femmes de l’antiquité, mais rien de plus. La Grâce, vie de l’âme, aurait été tuée en Elle par le péché originel.

C’est moi qui ai vaincu la mort et la mort. Moi qui ai rappelé à la vie les morts des Limbes. Ils dormaient. Tels que Lazare, dont la résurrection voile celle-ci, plus vraie. Je les ai appelés. Et ils sont ressuscités. Moi, qui suis né d’une femme fille d’Adam, mais sans tache originelle, c’est-à-dire comme auraient dû être tous les enfants d’A­dam, je suis donc, dans l’ordre naturel, le premier-né d’Adam, né vivant au milieu de ceux qu’Adam a engendrés morts.

Je suis le ‘Premier-né’ selon l’ordre divin parce que je suis le Fils du Père, Engendré et non créé par lui.

Engendrer veut dire produire une vie. Créer veut dire former. Je peux créer une nouvelle fleur. L’artiste peut créer une nouvelle œu­vre. Mais seuls un père et une mère peuvent engendrer une vie.

Je suis donc le ‘Premier-né’ car, né de Dieu, je suis à la tête de tous ceux qui sont nés (selon la grâce) de Dieu.

Lorsqu’à ma Mort j’ai secoué violemment les portes de l’au-delà et j’en ai tiré ceux qui dormaient pour les ressusciter, j’ai aussi ouvert les écluses des lacs mystiques dans les eaux desquels se nettoie le signe qui tue, meurt la mort de l’esprit, la vraie mort, et naît la vie de l’esprit, la vraie Vie.

Enfin, je suis le ‘Premier-né’ parmi les morts, car ma Chair entra la première dans le Ciel où entreront, à la dernière résurrection, les chairs des saints dont les esprits attendent dans la Lumière la glorification de leur moi complet, comme il est juste que ce soit, puis­qu’ils se sanctifièrent en dominant leur chair et en la martyrisant pour la mener à la victoire; comme il est juste que ce soit parce que les disciples sont semblables au maître, par la volonté aimante du maître, et moi, votre Maître, je suis entré dans la Gloire avec ma chair qui fut martyrisée pour la gloire de Dieu.

Plus tard, je te parlerai des résurrections, que vous voyez toujours en termes humains, alors qu’il faut les voir avec une vision spirituelle.

Le fait d’être le premier-né dans l’ordre divin et dans l’ordre humain me donne donc des droits souverains, puisque c’est toujours le premier-né d’un roi qui hérite de la couronne. Et y a-t-il un roi qui soit plus roi que mon Père?

Roi éternel dont le règne n’a ni commencement ni fin, et contre lequel aucun ennemi n’a de pouvoir. Roi unique sans rivaux, lequel m’élève en m’engendrant à la même souveraineté que lui, car je suis Un avec le Père, consubstantiel à lui, inséparable de lui, partie vivante, active, parfaite de lui. Roi saint, saint, saint d’une telle perfection qu’elle est inimaginable à l’esprit humain. La sainteté glorieuse de mon Père resplendit dans le Ciel, sur la terre et sur les abîmes, se répand sur les montagnes, investit d’elle-même tout ce qui est; nous adorons sa sainteté parce qu’elle nous engendre et que nous procédons d’elle.

Gloire, gloire, gloire au Père, Maria, gloire toujours car tout bien vient de lui et le premier bien, c’est moi, ton sauveur.

Mon royaume n’est pas de cette terre, selon ce que signifie régner sur terre. Mais il est Royaume de la terre. Car je régnerai sur la terre. Mon Royaume sera manifeste et réel, non seulement spirituel comme maintenant et pour un petit nombre. L’heure viendra où je serai le seul vrai roi de cette terre que j’ai achetée avec mon Sang et dont j’ai été fait Roi par le Père, avec tous les pouvoirs sur elle. Quand viendrai-je? Qu’est-ce que l’heure face à l’éternité? Et que t’importera l’heure quand tu seras dans l’éternité?

Je viendrai. Je n’aurai pas une nouvelle chair puisque la mienne est déjà parfaite. J’évangéliserai, non pas comme je le fis autrefois, mais avec une force nouvelle, parce qu’alors les bons ne seront pas humainement bons comme l’étaient les disciples lors de ma première venue, mais ils seront spirituellement bons, et les méchants seront spirituellements méchants, sataniquement mauvais, parfaitement mauvais. La forme sera donc conforme aux circonstances, car si j’utilisais la forme d’il y a vingt siècles, elle serait dépassée pour ceux qui sont parfaits dans le bien, et ce serait offrir aux sataniques le moyen de porter une offense qu’il n’est pas permis de porter au Verbe glorifié. Comme un filet aux mailles fines, je traînerai derrière ma Lumière ceux qui auront atteint la subtilité spirituelle, mais ceux que l’union de la chair avec Satan rend lourds, les morts de l’esprit que la pourriture de l’âme tient enfoncés dans la boue, n’entreront pas dans ma Lumière et finiront de se corrompre dans l’union avec le Mal et les Ténèbres.

Pour le moment, je prépare les temps futurs en employant en particulier la Parole qui descend des cieux pour donner la lumière aux âmes prêtes à la recevoir. Je fais de vous les radiotéléphonistes occupés à écouter attentivement l’enseignement qui est parfait et que j’avais déjà donné et que je ne change pas, car il n’y a qu’Une Vérité, enseignement qui a été oublié ou dénaturé, trop oublié et trop dénaturé parce que cela arrangeait de l’oublier et de le dénaturer.

Je le fais car j’ai pitié de l’Humanité qui se meurt sans le pain de l’esprit. Ainsi que je me suis donné comme Pain de votre âme, je vous offre maintenant ma Parole comme pain de votre esprit. Et je répète: ‘Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent’.”

Jésus dit:

“J’ai dit que ma nouvelle venue aura une forme et une force nouvelles, conformes aux circonstances, et je t’ai expliqué comment seront les humains d’alors. Le temps de l’esprit doit venir.

L’être humain est parti de ténèbres profondes et d’un énorme poids de fange, après avoir perdu la Lumière divine de sa propre volonté, obéissant à la séduction de l’Ennemi dont la vraie nature se dissimule dans le fruit qui enseigne le Bien et le Mal, c’est-à-dire qu’il a dévoilé aux humains ce que Dieu avait caché, pour leur bien, à la matière, à l’esprit, au cœur. Vous seriez restés comme cela, purs, pacifiques, honnêtes, pieux si vous n’aviez pas mordu dans la triple concupiscence, laquelle est douce à la bouche, mais plus amère à l’esprit que le mélange de fiel et de vinaigre qui me fut offert sur la croix!

Tombé de sa demeure paradisiaque sur terre, écrasé par la révélation de sa chair profanée par la luxure, tourmenté par le remords d’avoir provoqué la colère du Dieu créateur, l’humain n’était plus qu’un pauvre être animal en qui se débattaient et montaient toutes les forces inférieures.

J’ai déjà attiré[1] ton attention sur la différence entre les préceptes donnés à Moïse et les miens, préceptes qui étaient nécessaires, dans leur choquante crudité, pour freiner les tendances de l’être humain, morceau de chair qu’animait à peine un mouvement psychique insufflé par une âme blessée à mort et assommée dans un coma spirituel. Le souvenir de la Lumière perdue, qui vivait au fond de l’âme, poussait les pas vers la lumière. Cheminement très pénible, car la matière pèse plus que l’esprit et entraîne vers le bas. De temps en temps, la bonté de l’Éternel donnait à l’humanité des ‘phares’ pour la traversée orageuse vers la vraie Lumière. Les patriarches et les prophètes: voilà les phares de l’humanité en quête du port de Lumière.

Puis vint Celui que Jean, le bien-aimé, appelle ‘la vraie Lumière qui illumine chaque être humain’.

Je suis venu, Lumière du monde et Verbe du Père, et je vous ai rapporté la paix avec le Père, l’étreinte qui fait de vous de nouveau les enfants du Très-Haut.

C’est moi qui ai rallumé la vie languissante de votre esprit.

C’est moi qui vous ai enseigné la nécessité de naître dans l’esprit.

C’est moi qui ai recueilli en ma Personne toute la Lumière, la Sagesse, l’Amour de la Triade et qui vous les ai apportés.

C’est moi qui, par mon sacrifice, ai renoué la chaîne, là où elle s’était brisée, vous reliant de nouveau au Père et à l’Esprit de Vérité.

C’est moi qui, prenant mon échafaud pour levier, ai soulevé votre esprit qui jisait dans la boue et lui ai donné une puissante impulsion pour qu’il puisse procéder vers la Lumière de Dieu, vers moi-même qui vous attends au Ciel.

Mais peu en ce monde et au cours des siècles en ont profité car le monde a toujours préféré les ténèbres à la Lumière. Par ma mort atroce, je vous ai obtenu la venue de l’Esprit parfait; mais dans les siècles, l’humanité l’a repoussé toujours davantage, comme elle m’a repoussé, moi, comme elle a repoussé le Père.

Comme dans une liqueur qu’on épure, ce qui est lourd tombe au fond et la partie pure flotte au-dessus, ainsi il en fut de l’humanité au cours des siècles. Ceux qui ont voulu rester de chair et de sang ont sombré toujours plus bas, tandis que ceux qui, aristocratie de mon troupeau, ont voulu vivre dans l’esprit sont devenus de plus en plus spirituels. Entre les deux, au milieu, les tièdes sans nom. Ce sont les deux mouvement opposés de la masse. Une partie, malheureusement la plus vaste, absorbe Satan de plus en plus et s’abaisse au-dessous du niveau des brutes. L’autre partie, exiguë celle-là, absorbe le Christ de plus en plus, se nourrissant de sa Parole, qui ne s’est pas tue depuis vingt siècles, et devient toujours plus apte à comprendre l’Esprit.

Lorsque j’emploie des moyens extraordinaires, c’est pour accélérer, puisque le temps presse, la pleine leçon de la Parole et la pleine formation spirituelle des vrais disciples, des vrais sujets du Roi Jésus Christ. Non roi des juifs, comme le dit et l’écrit ironiquement un homme faible qui se croyait fort de son pauvre pouvoir, mais roi du monde avant le jugement du monde.

En avançant vers l’heure dernière, l’être humain doit parvenir à la spiritualité. Mais comprends-moi. Dieu est esprit, Satan est esprit. Le premier est Esprit de perfection, le second est esprit de péché. Cha­cun dans la masse, scindée en deux par sa propre volonté, que Dieu respecte, suit la partie choisie. Les enfants du Très-Haut et mes frères choisissent le côté de Dieu et, par amour pour nous, spiritualisent la chair; les serviteurs de Satan et enfants de la Bête choisissent le côté de Lucifer et, dans un esclavage qu’ils ont eux-mêmes voulu, ils étouffent l’esprit sous la luxure, font de leur esprit une chair et un sang corrompus et répugnants.

Quand je régnerai sur et dans les esprits parvenus à cette maturation qui est maintenant le propre de quelques individus et qui le sera alors de toute la masse des vrais chrétiens, je ne m’adresserai qu’à cette partie-là, la perfectionnant de la dernière instruction par une nouvelle évangélisation, point différente dans le sens, qui ne peut changer, mais dans la force qu’ils pourront alors comprendre, alors qu’aujourd’hui ils ne le pourraient pas. La preuve en est que je dois choisir des créatures spéciales, dignes d’une si grande faveur grâce à leur propre effort ou rendues dignes par un miracle d’amour.

Il y a vingt siècles, j’ai parlé à tous. Quand le temps viendra, je ne parlerai qu’à ces créatures-là, convaincu que je suis de l’inutilité de parler aux autres. Ainsi commencera la sélection des élus et des réprouvés.

Toi, pauvre Maria, tu fais partie de ces âmes rendues dignes par ma volonté. Tu n’as qu’une bonne chose: ta bonne volonté d’aimer. Mais c’est tout ce qu’il me faut. Sur elle, je peux poser ma chaire de Maître pour faire de la petite âme un piédestal, pour dire, redire et redire encore les paroles d’amour et d’invitation à l’Amour, qui guide et sauve.

Je viendrai avec ma Chair glorifiée.

J’ai piqué ta curiosité en disant cela. Tu ne serais pas femme si tu n’étais pas curieuse. Mais je dis ce qu’il me semble utile de dire pour votre bien, et non ce qui serait pâture à votre vaine curiosité. S’il m’est cher d’être le Maître, je sais choisir dans la Vérité ces vérités qu’il vous est utile de connaître et c’est tout.

Contente-toi donc de savoir qu’il est juste qu’au royaume de l’esprit, dont les sujets auront spiritualisé la chair, le Roi soit Celui qui habilla son Esprit parfait de chair pour racheter et sanctifier toute chair, et qui sanctifia la sienne d’une double sainteté, car il était chair innocente, parfaitement innocente, et chair immolée dans le sacrifice d’amour.

Je viendrai, avec ma Chair glorifiée, rassembler les créatures pour la dernière bataille contre l’Ennemi; je jugerai, splendidement revêtu de ma Chair glorifiée, les corps revenus à la vie pour le jugement; je retournerai pour toujours au Ciel après avoir condamné à la mort éternelle les chairs qui ne voulurent pas devenir des esprits; et je vous reviendrai, Roi éclatant d’un peuple éclatant en qui l’œuvre du Père, du Fils, de l’Esprit sera glorifiée par la création du corps humain parfait, tel que le Père l’avait créé en Adam, beau d’une indescriptible beauté, grâce à la rédemption de la semence d’Adam par l’œuvre du Fils et la sanctification opérée par l’Esprit.”

1944-05-06

Après avoir communié, je reste comme morte et j’entends gémir Jésus pendant son agonie à Gethsémani. Incapable d’écrire, je reste comme ça, voulant et ne voulant pas retranscrire ces lamentations. Je sens que cela passerait pour des blasphèmes aux yeux de bien des gens… alors qu’elles sont si vraies! Je me rappelle quand j’ai vu ce supplice: le 11 février, à Gethsémani… Les mots correspondent à l’expression de mon Jésus, entièrement torturé en esprit. Désespéré!… Qui l’admet?

1946-02-14

On a appelé le docteur pour constater les aggravations continuelles [de mon état de santé], les œdèmes qui s’étendent, les complications basilaires pleurales, et ainsi de suite, de mes nombreuses maladies. Pendant qu’il m’examine et discute – ou plutôt: pendant qu’il discute après m’avoir examinée –, affable et désireux d’apporter quelque réconfort à une malade en l’intéressant à telle ou telle chose, la voix spirituelle d’Azarias me dit:

«Il est l’un de tes témoins. Un médecin porte un témoignage de grande valeur pour la reconnaissance future d’une créature de Dieu, en particulier pour les “porte-parole” comme toi. Seul le médecin soignant peut dire si l’individu est réellement malade ou un faux malade, s’il est équilibré ou s’il est affecté de psychoses simulatrices à même d’expliquer certains phénomènes. Rappelez-vous la valeur des témoignages médicaux pour des personnes chères à Dieu. Rappelez-vous Fernanda Lorenzoni84, dont les médecins connaissaient et respectaient les secrets de Dieu en elle. Qui plus est, l’homme que tu as devant toi est une bonne âme. Ne le néglige donc pas. Parle-lui, réclame-lui le certificat et va jusqu’à lui demander une attestation de ta résignation et de ta résistance, qui sont humainement inexplicables. Ensuite, que le Père dise le reste, clairement, pour obtenir ce certificat utile. Le médecin a le même secret professionnel qu’un prêtre. Pourquoi donc faire preuve de tant de scrupules à son égard, quand les faits sont déjà publics, dans des versions pas toujours honnêtes ni charitables? Doutes-tu de cet homme? Dans peu de temps, il te lèvera lui-même ces doutes. C’est pourquoi parle-lui, comme je viens de te le dire, pour la gloire de Dieu.»

J’ai donc dit: «Docteur, maintenant que vous m’avez examinée à plusieurs reprises et que vous m’avez vue traverser différentes phases et aggravations, établissez ce certificat que le Père Migliorini demande.

– Très bien! Expliquez-moi un peu et en termes clairs quel en est le but, ce que je dois dire et dans quel sens. Je suis un homme honnête et, s’il s’agit d’un diagnostic clinique, je veux pouvoir l’établir avec précision, sur tous les organes, accompagné d’examens radiologiques, etc. Mais s’il s’agit d’un jugement sur la gravité des souffrances, je peux le faire d’une autre manière.

– Il s’agit de remettre au Père un certificat à joindre au mémoire qui sera écrit sur moi, après ma mort, comme les prêtres ont l’habitude d’en faire au sujet de personnes affligées d’une longue maladie qui, d’après son évolution et la manière dont elle est supportée, laisse penser à l’existence de forces spirituelles ayant voulu cette maladie et sa durée ainsi qu’à la présence, chez le malade, de forces spirituelles dues à un esprit de foi profonde. Le Père désire uniquement savoir si, humainement parlant, j’aurais pu rester en vie malgré tout ce que j’endure depuis des années, si l’on peut constater en moi une souffrance sans équivoque, si cela laisse penser à des faits réels ou d’autosuggestion, et ainsi de suite.

– Dans ce cas, je le ferai bien volontiers. Je peux déjà dire avec certitude que quiconque porte un regard de foi sur votre cas ne peut manquer d’y discerner des faits surnaturels. Cela fait longtemps qu’on ne devrait plus parler de vous si tout s’était déroulé humainement. D’ailleurs, la simple constatation de la patience et de la résignation avec lesquelles vous supportez tout cela – et depuis combien de temps! – permet d’entrevoir chez vous une source surnaturelle vivante. On y croit ou on n’y croit pas. Mais si l’on y croit, ce qui est mon cas, pourquoi nier le surnaturel? J’ai aussi établi, il y a quelques jours, deux certificats attestant un miracle par l’action de la fondatrice des sœurs de l’Hôpital. La sœur du couloir me les a demandés, et c’est bien volontiers que je les ai faits. En conscience, cette guérison ne pouvait être attribuée à un acte médical; la sœur disait avoir posé l’image de la fondatrice sous le lit du malade – il était déjà mourant –, et la guérison a eu lieu. Pourquoi nier la reconnaissance des mérites de cette sœur morte en odeur de sainteté? C’est pourquoi je voudrais connaître avec précision les choses pour bien m’orienter.»

Je n’ai pas précisé “les choses” parce que cela m’ennuie de le faire; d’ailleurs, Azarias ne me l’avait pas dit. Mais je suppose que, comme le docteur est en aussi bons termes avec les sœurs de l’Hôpital, il ne doit pas être complètement dans l’ignorance des dictées, etc. Même s’il n’en a qu’une vague idée. C’est pourquoi je pense utile que vous exposiez les faits au docteur, clairement. Ceci mis à part, c’est la deuxième fois qu’il me surprend en train d’écrire, et je lui semble me rebeller contre son conseil de ne plus écrire. Mais je ne puis lui dire: «Je vous désobéis à vous, parce que j’obéis à Dieu en tant que porte-parole.» N’êtes-vous pas d’accord?

Il n’y a rien de déshonorant sur mon cas qui ne puisse être dit au médecin. D’ailleurs, si l’évêque n’a pas hésité à envoyer Dora chez les médecins pour la discréditer, je crois licite d’être explicite avec mon médecin pour joindre une note scientifique – quoique établie par un croyant – pour renforcer les attestations produites par mes autres témoins sur mon cas et qui portent toutes un regard spirituel ou affectif. Il ne faut pas attendre que je sois morte pour le faire. Il ne faut pas toujours attendre85. Le temps et les événements sont rapides et changeants. Ensuite, il est trop tard pour regretter et se plaindre…

1953-07-15

Je regrette que le Père Migliorini (décédé le 10 juillet 1953) soit mort sans voir la publication de l’Œuvre pour le triomphe de laquelle il avait tant travaillé et souffert. Jésus me dit :

« C’est vrai. Il a travaillé pour elle, cependant d’une manière qui n’était pas juste, mais contraire à mes ordres, répétés et tout à fait clairs. Il n’a donc pas mérité de voir son dessein accompli.

En tout homme il y a deux personnalités, ou du moins en beaucoup d’hommes. Lui, il avait toute une part de bien, qui lui a permis d’être un prêtre modèle, mais, plus profondément, il avait des tendances qui le portaient à s’obstiner et à se rebeller contre les volontés et les ordres de Dieu. En tant que prêtre, il était fait d’or pur, mais en tant qu’homme il s’y amalgamait beaucoup d’impuretés. Je l’ai testé, je l’ai mis à l’épreuve, tout comme je te teste et je te mets à l’épreuve. Après un travail long, pénible et douloureux, c’est une œuvre parfaitement ciselée qui verra le jour en toi. Mais pas en lui, car il ne s’est pas plié à mon travail. Il a voulu agir tout seul, en restant sourd à la réalité qui venait de son mode d’action, opposé au mien. Et il est décédé avant de voir sa tâche accomplie, précisément pour cette raison.

Je ne supporte pas l’orgueil, la rébellion, la désobéissance. Je lui donnerai la récompense due à sa vie de prêtre, mais aussi la peine méritée par sa volonté obstinément contraire à la mienne. Il y avait en lui à la fois le masque et le vrai visage. Le masque est désormais tombé devant moi, dans le jugement particulier, et son visage ne se remodèlera pas en grâce de vie à ton égard qui l’a poussé à t’accuser de mes justes reproches — c’étaient les miens, pas les tiens — contre sa manière d’agir ; et tu sais combien de fois j’en ai parlé !

Mais je te dis, à toi qui lui as toujours pardonné, bien que tu aies énormément souffert de ses paroles injustes et de ses actes contraires à mes volontés, à toi qui pries pour lui et offres tes communions pour son âme en peine, afin que celle-ci s’abrège : “Que ma bénédiction vienne sur ceux qui aiment et pardonnent.” Il obtiendra la paix et la joie, mais en temps voulu, lorsqu’il aura expié sa faute de nouvel Adam qui a refusé, comme le premier Adam, d’obéir au commandement de Dieu. En raison de sa désobéissance, Adam a perdu le paradis terrestre, en raison de la sienne, le Père Migliorini a perdu la grâce de voir l’Œuvre publiée. Il faut savoir mériter les grâces pour les obtenir. Quand j’étais sur terre, à qui en accordais-je ? A ceux qui croyaient et obéissaient à ma Parole. Dans le cas contraire, si je sentais de la rébellion, du doute, un manque de foi dans ce cœur, je passais outre sans écouter les supplications ni en octroyer. Ce n’était pas de la dureté de cœur, seulement de la justice. Comme dans le cas du Père Migliorini. »

“Je désire qu’une grande armée d’âmes victimes s’unisse à mon apostolat dans ma Vie eucharistique.”

Jésus Christ à sœur Marie de la Trinité, moniale clarisse[2].

89.1

A peine une lueur de lumière. Sur la porte d’une misérable cabane – ce serait lui faire trop d’honneur de la qualifier de mai­son –, Jésus se trouve avec les siens et Jonas ainsi que d’autres paysans pauvres comme lui. C’est l’heure de l’adieu.

« Je ne te verrai plus, mon Seigneur ? demande Jonas. Tu as apporté la lumière à nos cœurs. Ta bonté a fait de ces jours une fête qui durera toute la vie. Mais tu as vu comment nous sommes traités. On prend mieux soin des animaux que de nous et on traite plus humainement les arbres : ils représentent de l’argent. Nous ne sommes, nous, que des machines à procurer de l’argent. Et on nous exploite jusqu’à ce que nous mourions, à bout de forces. Mais tes paroles ont été pour nous de véritables caresses d’ailes angéliques. Le pain nous a semblé plus abondant et meilleur parce que tu l’as mangé avec nous, ce pain qu’il ne donne même pas à ses chiens. Reviens le rompre avec nous, Seigneur. C’est seulement parce que c’est toi que j’ose le dire. Pour tout autre, ce serait l’offenser que de lui offrir un abri et une nourriture que dédaigne le mendiant. Mais toi…

– Mais moi, j’y trouve un parfum et une saveur célestes parce que foi et amour y règnent. Je reviendrai, Jonas, je reviendrai. Pour ta part, reste à ta place, comme un animal lié aux brancards. Que ta place soit ton échelle de Jacob. Et, réellement, les anges vont et viennent entre le Ciel et toi, attentifs à recueillir tous tes mérites pour les porter à Dieu. Mais je viendrai vers toi, pour élever ton âme. Demeurez-moi tous fidèles. Ah ! Je voudrais vous donner une paix humaine également. Mais je ne le puis. Il me faut vous dire : souffrez encore. Et c’est douloureux pour une personne qui aime…

– Seigneur, si tu nous aimes, il n’est plus de souffrance. Auparavant, nous n’avions personne pour nous aimer… Ah ! Si je pouvais, moi au moins, voir ta Mère !

– Ne t’inquiète pas, je te l’amènerai. Quand la saison sera plus douce, je viendrai avec elle. Ne t’expose pas à des châtiments inhumains par hâte de la voir. Sache l’attendre comme on attend le lever d’une étoile, de la première étoile. Elle t’apparaîtra à l’improviste comme la première étoile du soir qu’on ne voyait pas et qui soudain scintille dans le ciel. Pense même que, dès maintenant, elle répand ses dons d’amour sur toi. Adieu, vous tous ! Que ma paix vous protège contre les duretés qui vous angoissent. Adieu, Jonas. Ne pleure pas. Tu as attendu tant d’années avec une foi patiente ! Je te promets maintenant une attente qui sera bien courte. Ne pleure pas. Je ne te laisserai pas seul. Ta bonté a essuyé mes larmes d’enfant. Ma bonté ne suffit-elle pas à essuyer les tiennes ?

– Oui… mais tu pars… et moi je reste…

– Mon ami, Jonas, ne me laisse pas partir accablé par le poids de ne pouvoir te soulager…

– Je ne pleure pas, Seigneur… Mais comment ferai-je pour vivre sans plus te voir, maintenant que je te sais en vie ? »

Jésus caresse encore le visage défait du vieillard, puis s’éloigne. Mais, parvenu la limite de la misérable cour, il ouvre les bras et bénit la campagne. Puis il s’éloigne.

« Qu’est-ce que tu as fait ? demande Simon qui a remarqué ce geste inhabituel.

– J’ai imprimé un sceau sur toutes les choses pour que les démons ne puissent, en leur nuisant, nuire à ces malheureux. Je ne pouvais rien de plus…

89.2

– Maître… marchons un peu plus vite. Je voudrais te parler discrètement. »

Ils se détachent encore plus du groupe, et Simon dit :

« Je voudrais te dire que Lazare a ordre d’employer l’argent pour venir en aide à tous ceux qui ont recours à lui au nom de Jésus. Ne pourrions-nous pas affranchir Jonas ? Cet homme est usé et n’a plus que la joie de te posséder. Donnons-la-lui. Quel travail peut-il encore accomplir ici ? Libre, il serait ton disciple dans cette plaine si belle et désolée. Les hommes les plus riches d’Israël possèdent ici des terres excellentes et les exploitent avec une usure cruelle, exigeant de leurs travailleurs cent pour un. Je le sais depuis des années. Il te sera difficile de séjourner beaucoup ici, car la secte des pharisiens y règne en maître et je ne crois pas qu’elle te sera jamais amie. Ces travailleurs opprimés et sans lumière comptent parmi les plus malheureux en Israël. Tu l’as entendu : même pour la Pâque, on ne les laisse pas prier en paix, pendant que leurs durs patrons se placent au premier rang des fidèles avec de grands gestes et des mises en scène. Ils auront au moins la joie de savoir que tu es ici, d’entendre répéter tes paroles par quelqu’un qui n’en changera pas un iota. Si c’est ton avis, Maître, donne des ordres et Lazare le fera.

– Simon, j’avais compris pourquoi tu t’es dépouillé de tout. Les pensées de l’homme ne me sont pas inconnues et je t’ai aimé aussi pour cette raison. En rendant heureux Jonas, c’est Jésus que tu rends heureux.

89.3

Ah ! Comme il me pèse de voir souffrir les bons ! Ma condition d’homme pauvre et méprisé par le monde ne me pèse que pour cette raison. Judas, s’il m’entendait, dirait : “ Mais n’es-tu pas le Verbe de Dieu ? Ordonne et les pierres deviendront de l’or et du pain pour les malheureux. ” Il reprendrait le piège de Satan. Je veux bien rassasier les affamés, mais pas comme Judas le voudrait. Vous êtes encore trop peu formés pour comprendre la profondeur de ce que je dis. Mais je te l’affirme, à toi : si Dieu pourvoyait à tout, il commettrait un vol envers ses amis. Il les priverait de la possibilité de se montrer miséricordieux, donc d’obéir au commandement de l’amour. Mes amis doivent avoir cette marque de Dieu, qui leur soit commune avec lui : la sainte miséricorde qui se manifeste en actes et en paroles. Or les malheurs d’autrui fournissent à mes amis la manière de l’exercer. As-tu compris cette pensée ?

– Elle est profonde, je la médite et je m’humilie en comprenant combien je suis obtus et combien Dieu est grand, lui qui veut que nous possédions tous ses attributs les plus doux pour nous appeler ses fils. Dieu se dévoile à moi dans ses multiples perfections par toute la lumière que tu me mets au cœur. De jour en jour, comme un homme qui avance dans un lieu inconnu, je développe la connaissance de cette Réalité immense qu’est la Perfection qui veut nous appeler ses “ fils ”. J’ai l’impression de m’élever comme un aigle ou de plonger comme un poisson dans ces deux immensités infinies que sont le ciel et la mer, mais j’ai beau faire, je n’en touche jamais les limites. Qui donc est Dieu ?

– Dieu est la Perfection qu’on ne peut atteindre, Dieu est la Beauté parfaite, Dieu est la Puissance infinie, Dieu est l’Essence incompréhensible, Dieu est la Bonté insurpassable, Dieu est la Compassion indestructible, Dieu est la Sagesse incommensurable, Dieu est l’Amour devenu Dieu. Il est l’Amour ! Il est l’Amour ! Tu dis que, plus tu connais Dieu dans sa perfection, plus il te semble t’élever ou plonger dans deux immensités infinies d’azur sans ombre… Mais quand tu comprendras ce qu’est l’Amour devenu Dieu, tu ne t’élèveras plus, ne plongeras plus dans l’azur, mais dans un tourbillon éblouissant de flammes, et tu seras aspiré par une béatitude qui sera pour toi mort et vie. Tu auras Dieu en ta totale possession quand, par ta volonté, tu seras arrivé à le comprendre et à le mériter. Alors, tu seras établi en sa perfection.

– Ah Seigneur ! »…

Simon est écrasé.

89.4

Le silence se fait. On a rejoint la route. Jésus s’arrête pour attendre les autres.

Quand le groupe est réuni, Lévi s’agenouille :

« Je devrais te quitter, Maître, mais ton serviteur te fait une prière : emmène-moi chez ta Mère. Celui-ci est orphelin comme moi. Ne me refuse pas ce que tu lui donnes pour que je voie le visage d’une mère…

– Viens, tout ce qu’on demande au nom de ma Mère, je l’accorde au nom de ma Mère. »…

89.5

… Jésus est seul. Il marche rapidement au milieu des oliviers chargés de petites olives déjà bien formées. Le soleil, proche de son crépuscule, darde ses rayons sur les frondaisons des arbres précieux et pacifiques, mais n’arrive à faire filtrer que de rares rayons entre leurs branches serrées. En revanche, la route principale, encaissée entre deux talus, est un ruban poussiéreux d’une clarté aveuglante.

Jésus marche en souriant. Il arrive sur un escarpement… et sourit encore plus radieusement. Voilà Nazareth… Elle paraît trembler sous l’ardeur du soleil. Jésus descend plus vite. Il atteint maintenant la route, sans plus se soucier du soleil. Son pas est leste, on dirait qu’il vole, avec son manteau dont il se protège la tête, mais qui se gonfle et se rabat à ses côtés comme derrière lui. Le chemin est désert et silencieux jusqu’aux premières maisons. Ici ou là on entend venir une voix d’enfant ou de femme de l’intérieur des maisons ou des jardins, des jardins dont les frondaisons jettent leur ombre jusque sur la route. Jésus profite de ces taches d’ombre pour échapper à l’implacable soleil. Il tourne par une ruelle à demi ombragée. Il s’y trouve des femmes groupées autour de la fraîcheur d’un puits. Elles le saluent presque toutes de leurs voix aiguës pour lui souhaiter un heureux retour.

« Paix à vous toutes… Mais faites silence. Je veux faire une surprise à ma Mère.

– Sa belle-sœur est partie avec un broc d’eau fraîche, mais elle doit revenir. Elles sont restées sans eau. La source est à sec ou l’eau se perd dans le sol brûlé avant d’arriver à ton jardin. Nous ne savons pas. C’est ce que Marie, femme d’Alphée, disait à l’instant. La voilà qui vient. »

La mère de Jude et de Jacques arrive, une amphore sur la tête et une autre dans chaque main. Elle ne voit pas Jésus tout de suite et crie :

« ça va plus vite comme ça. Marie est toute triste parce que ses plantes meurent de soif. Ce sont encore celles de Joseph et de Jésus et on dirait que cela lui arrache le cœur de les voir se dessécher.

– Mais maintenant qu’elle va me voir… dit Jésus en apparaissant de derrière le groupe.

– Oh ! Mon Jésus béni ! Je vais lui annoncer…

– Non, j’y vais moi-même. Donne-moi les amphores.

– La porte est entrebâillée. Marie est dans le jardin. Ah ! Comme elle va être heureuse ! Elle parlait de toi encore ce matin. Mais venir avec ce soleil ! Tu transpires ! Tu es seul ?

– Non, avec des amis, mais je suis venu en avant pour voir d’abord Maman. Et Jude ?

– Il est à Capharnaüm. Il y va souvent… »

Marie n’ajoute rien, mais elle sourit, tout en essuyant de son voile le visage baigné de sueur de Jésus.

89.6

Les brocs sont prêts. Jésus en charge deux en équilibre sur ses épaules en se servant de sa ceinture et prend le troisième dans la main.

Il marche vite, arrive à la maison, pousse la porte et pénètre dans la petite pièce, qui paraît sombre quand on vient du plein soleil. Il soulève doucement le rideau qui ferme la porte sur le jardin et observe.

Marie se tient debout près d’un rosier, tournant le dos à la maison, et elle s’apitoie sur la plante assoiffée. Jésus pose le broc par terre, et le cuivre résonne en heurtant un caillou.

« Déjà ici, Marie ? » dit la Mère sans se retourner. « Viens, viens. Regarde ce rosier ! Et ces pauvres lys… Ils vont tous mourir si on ne les secourt pas. Apporte aussi des tuteurs pour redresser cette tige qui tombe.

– Je t’apporte tout, Maman. »

Marie sursaute, se retourne, reste une seconde les yeux écarquillés, puis avec un cri, elle court en tendant les bras vers son fils qui déjà a ouvert les siens et l’attend avec un sourire plein d’amour.

« Oh ! Mon fils !

– Maman chérie ! »

Leurs effusions sont longues, douces, et Marie est si heureuse qu’elle ne s’aperçoit pas que Jésus est tout moite. Et quand elle le remarque :

« Pourquoi, mon Fils, venir à une heure pareille ? Tu es cramoisi et tu dégoulines de sueur comme une éponge. Viens, viens à l’intérieur, que ta maman t’essuie et te rafraîchisse. Je t’apporte tout de suite un habit neuf et des sandales propres. Mais mon Fils ! Mon Fils ! Pourquoi voyager par ce soleil ? Les plantes meurent de chaleur et toi, ma Fleur, tu es sur les routes !

– Pour arriver plus vite chez toi, Maman !

– Oh, mon Fils chéri ! Tu as soif ? Oui, bien sûr. Je vais te préparer…

– Soif de tes baisers, Maman, de tes caresses. Laisse-moi rester ainsi, la tête sur ton épaule, comme quand j’étais tout petit… Oh ! Maman ! Comme tu me manques !

– Mais dis-moi de venir, mon Fils, et je viendrai. Qu’est-ce qui t’a manqué pendant mon absence ? Un plat que tu aimes particulièrement ? Des vêtements frais ? Un lit bien fait ? Ah ! Dis-moi, ma Joie, ce qui t’a manqué. Ta servante, ô mon Seigneur, essaiera d’y pourvoir.

– Rien d’autre que toi… »

Jésus, qui est rentré, tenu par la main par sa Mère, s’est assis sur le coffre près du mur. En face se tient Marie, qu’il entoure de ses bras, appuyant la tête contre son cœur et l’embrassant de temps à autre. Puis il la regarde fixement.

« Laisse-moi te regarder, que ma vue se remplisse de toi, ma sainte Maman !

– D’abord le vêtement. Il ne faut pas rester ainsi trempé de sueur. Viens. »

Jésus obéit.

89.7

Quand il revient avec des vêtements frais, leur doux colloque reprend :

« Je suis venu avec des disciples et des amis. Je les ai quittés dans le bois de Melca. Ils viendront demain, à l’aurore. Moi… je ne pouvais plus attendre. Ma Maman !… »

Il lui baise les mains.

« Marie, femme d’Alphée, s’est retirée pour nous laisser seuls. Elle aussi a compris quelle soif j’avais de toi. Demain… demain, tu appartiendras à mes amis et moi aux Nazaréens. Mais, ce soir, tu es pour moi l’Amie et pareillement je suis à toi. Je t’ai amené… Oh ! Maman : j’ai retrouvé les bergers de Bethléem et je t’ai amené deux d’entre eux. Ils sont orphelins et tu es la Mère. Pour tous ; et encore plus des orphelins. Je t’ai aussi amené quelqu’un qui a besoin de toi pour se dominer lui-même. Et un autre qui est un juste et qui a pleuré. Et puis Jean… Je t’apporte le souvenir d’Elie, d’Isaac, de Tobie – maintenant Mathias –, de Jean et de Siméon. Jonas est le plus malheureux. Je te conduirai à lui. Je le lui ai promis. Les autres, il me faut encore les chercher. Samuel et Joseph reposent dans la paix de Dieu.

– Tu es allé à Bethléem ?

– Oui, Maman. J’y ai amené les disciples que j’avais avec moi. Et je t’en ai apporté ces petites fleurs qui ont poussé entre les pierres du seuil.

– Oh ! »

Marie prend les tiges séchées et les embrasse.

« Et Anne ?

– Elle a péri dans le massacre d’Hérode.

– La pauvre ! Elle t’aimait tant !

– Les habitants de Bethléem ont beaucoup souffert et n’ont pas été justes avec les bergers. Mais ils ont beaucoup souffert…

– Mais ils s’étaient montrés bons avec toi, à l’époque !

– Oui et il faut les plaindre pour cette raison. Satan est envieux de leur bonté et les excite au mal. Je suis aussi allé à Hébron. Les bergers, persécutés…

– A ce point !

– Oui. Ils furent aidés par Zacharie et par lui eurent des patrons et du pain, même si ces patrons étaient des hommes durs. Mais ce sont des âmes de justes et ils se sont servis de leurs persécutions et de leurs blessures pour grandir en sainteté. Je les ai réunis. J’ai guéri Isaac et… et j’ai donné mon nom à un bébé… A Yutta, où habitait Isaac malade et où il est revenu à la vie, il y a maintenant un groupe innocent dont les noms sont Marie, Joseph et Jésaï…

– Oh ! Ton nom !

– Et puis le tien et celui du Juste. Et à Kérioth, le village d’origine d’un disciple, un fidèle israélite est mort sur mon cœur… de la joie de ma présence…

89.8

Et puis… Ah ! Que de choses j’ai à te raconter, ma parfaite Amie, ma douce Mère ! Mais pour commencer, je te prie d’avoir une grande pitié pour ceux qui viendront demain. Ecoute : ils m’aiment… mais ils ne sont pas parfaits. Toi, qui est Maîtresse de vertu… Ah ! Mère, aide-moi à les rendre bons… Je voudrais les sauver tous… »

Jésus s’est laissé glisser aux pieds de Marie. Elle apparaît maintenant dans sa majesté de Mère.

« Mon Fils ! Que veux-tu que ta pauvre Mère fasse de plus que toi ?

– Les sanctifier… Ta vertu sanctifie. Je te les ai amenés exprès. Maman… un jour, je te dirai : “ Viens ”, parce qu’alors il sera urgent de sanctifier les âmes, pour que je puisse trouver en elles la volonté de rédemption. Et tout seul, je ne le pourrais pas… Ton silence sera actif comme ma parole. Ta pureté viendra en aide à ma puissance. Ta présence éloignera Satan… et ton Fils, Maman, trouvera de la force à te savoir toute proche. Tu viendras, n’est-ce pas, ma douce Mère ?

– Jésus ! Mon cher Fils ! Je ne te sens pas heureux… Qu’as-tu, créature de mon cœur ? Le monde s’est montré dur envers toi ? Non ? Cela me soulage de le croire… mais… Oh oui ! Je viendrai. Où tu veux. Comme tu veux. Quand tu veux. Aujourd’hui même, sous le soleil, sous les étoiles, comme dans le froid et sous les ondées. Me veux-tu ? Me voici.

– Non, pas maintenant. Mais un jour… Comme elle est douce, la maison ! Et ta caresse ! Laisse-moi dormir ainsi, la tête sur tes genoux. Je suis si las ! Je suis toujours ton petit enfant… »

Epuisé, Jésus s’endort réellement, assis sur la natte, la tête sur le sein de sa Mère qui, tout heureuse, lui caresse les cheveux.


Notes

  1. Dans la dictée du 9 juillet.
  2. Sœur Marie de la Trinité, suisse, naquit en 1901 à Prétoria, en Afrique du Sud, se convertit du protestantisme en 1926, et entra chez les clarisses de Jérusalem, où une Voix intérieure la guidait tous les jours dans une vie d’offrande. Elle mourut à Jérusalem en 1942.