Les Écrits de Maria Valtorta

3. Le 24 avril

1943-04-24

Pendant qu’on chante le Gloria dans les églises…

Une des choses qui me portent à réfléchir sur la doctrine de miséricorde de mon Jésus qu’on peut lire dans l’Évangile de saint Jean: “Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, toute en pleurs… elle se retourna et vit Jésus qui se tenait là… Et Jésus lui dit: ‘Marie!’…”. Non content d’avoir tant aimé les pécheurs au point de donner sa vie pour eux, Jésus réserve sa première manifestation, après sa Passion, à une pécheresse convertie.

Il n’est pas sûr que Jésus se fût déjà présenté à sa Mère. Le cœur nous pousse à le croire mais aucun des quatre évangélistes ne le dit. Par contre, il n’y a aucun doute sur cette apparition à Marie de Magdala. À celle qui personnifie la multitude de ceux qui ont été rachetés par l’amour du Christ, il apparaît pour la première fois et se manifeste dans sa deuxième forme, celle de l’Homme-Dieu pour l’éternité. Avant, il était l’Homme en qui se cachait un Dieu. Bien avant cela, au temps de l’attente, le Verbe était seulement Dieu. Maintenant, il est l’Homme-Dieu qui amène notre chair mortelle aux cieux. Et ce chef-d’œuvre de divinité, grâce auquel la chair née de la femme devient immortelle et éternelle, se révèle à une créature qui fut une pécheresse… Et ce n’est pas tout: c’est à elle, précisément à elle, qu’il confie son message pour ses propres apôtres: “Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu”. Avant même d’aller au Père, il va vers Marie la pécheresse!

Un fleuve de confiance se déverse en moi lorsque je considère cela! Il faudrait dire et redire sans cesse à ces pauvres âmes chancelantes et honteuses, parce qu’elles savent qu’elles ont péché, leur dire encore et encore que Jésus les aime au point de les faire passer avant le Père et avant sa Mère. Je pense en effet que, s’il n’était pas encore monté vers son Père en cette première heure de résurrection, il ne s’était pas montré à sa Mère non plus. Au fond, cela est nécessaire selon une justice aimante. Jésus est venu pour les pécheurs: il est donc juste que les premiers fruits de sa résurrection aillent à celle qui est la souche même des pécheurs rachetés.

“Mes frères… mon Père et votre Père… mon Dieu et votre Dieu…”. Ces paroles sonnent dans mon cœur comme autant de cloches joyeuses. Les disciples sont des frères, frères et sœurs sommes-nous qui descendons d’eux. S’il nous reste encore un doute, voici qu’il tombe comme la pierre du tombeau, secouée par ce tourbillon d’amour, et la confiance surgit dans les cœurs les plus enchaînés, les plus accablés par le souvenir de leurs erreurs et par la conscience de l’immense distance qui sépare la poussière que nous sommes de Dieu. Jésus le dit: nous sommes frères, nous avons un seul Père et un seul Dieu avec le Christ.

Oh! Il nous saisit de ses mains transpercées – c’est son premier geste après sa mort – et nous lance sur le cœur de Dieu, dans les cieux, non plus fermés mais ouverts par l’amour, pour que là nous pleurions les douces larmes de la réconciliation avec notre Père.

Alléluia! Gloire à toi, Maître et Dieu, qui nous sauves avec ta dou­leur et nous donnes l’Amour comme chemin du salut!

1946-03-10

Azarias dit:

«Mon âme, voici notre messe, la messe vue et considérée pour toi par les “voix”. On commence par une promesse véridique, comme tout ce qui est de Dieu: “Il m’invoquera et je l’exaucerai. Je le libérerai et je le glorifierai. Je le comblerai par une longue vie.”

Il semble bien qu’un seul Dieu parle, non? Mais notre très saint Dieu est trois, tout en étant un. Chacune des trois personnes saintes a ses attributs spéciaux, qui ne manquent pas chez les autres, mais qui resplendissent plus particulièrement chez l’une des trois, et qui, unis par l’amour, attribut commun, forment l’inconcevable et très parfaite perfection de notre Seigneur Dieu un et trine.

Les trois personnes saintes s’admirent et se contemplent, déversant le fleuve de leurs trois perfections unies sur les fils, sur les sauvés, sur les instruits.

Voici que le Père promet: “Il m’invoquera et je l’exaucerai.” Il est père. Un père peut-il être sourd à l’appel à l’aide de son enfant? Il ne le peut pas. Un Père si parfait le peut encore moins, il ne peut absolument pas être sourd à ses enfants qui l’in­voquent. Mais il se penche sur les pécheurs qui, en raison d’une souffrance ou d’un repentir, se rappellent de lui. Que ne ferait-il pas pour ceux qui l’aiment comme des enfants fidèles?

Repose-toi, mon âme, tout abandonnée à l’amour du Père. L’abandon n’est pas une offense, comme peuvent le croire ceux qui ne connaissent pas Dieu comme nous le connaissons. L’amour est toujours déférent et respectueux et ce d’autant plus qu’il est grand; il est parfaitement déférent et respectueux quand il est absolu, parce que c’est l’âme qui aime. Une fois entrée dans la connaissance amoureuse de Dieu, l’âme est humble. Ce n’est que dans le cas des amours humains que la familiarité engendre un manque de charité, car ils sont toujours grevés de matérialité. Mais dans les amours spirituels – je parle des vrais amours, non des amours exaltés et passagers ni des élans superficiels des sentimentaux –, la familiarité ne dégénère pas en man­que de respect. Alors l’âme s’appuie sur Dieu, humiliant son front à ses pieds, prostrée à genoux, consciente de la distance infinie qui sépare toujours sa petite perfection de la perfection infinie. Elle est là, en adoration, mais avec une ferveur d’enfant, jusqu’à ce que Dieu lui dise: “Non, pas comme cela, pas comme une esclave. Viens sur les genoux, sur le sein du Père, ô ma fille que j’ai créée.” C’est alors l’extase, tu le sais, jusqu’à ce que Dieu la congédie et l’âme retourne aimer aux pieds de Dieu, en adoration.

Le Fils promet: “Je le libérerai et je le glorifierai.” Par ses mérites infinis, Jésus libère ceux qu’il rachète. C’est pour cela qu’il fut le Christ. C’est pour cela qu’il quitta le ciel, qu’il souffrit et qu’il mourut. Il n’a rien demandé pour vous, avant d’aller à sa Passion, sinon que la même gloire que le Père lui avait donnée et qu’il avait transmise à ses disciples fût accordée à tous ceux qui croiraient en lui, afin qu’ils soient une seule chose avec le Dieu un et trine. Jésus, notre très saint Seigneur, n’a jamais démenti ses paroles. Pour cette raison, ceux qui vivent selon son enseignement seront glorifiés par lui, auquel tout jugement à été donné parce qu’il est Dieu, le Fils bien-aimé du Père, parce qu’il est l’Obéissant, le Consolateur de son Père, le Rédempteur, parce qu’il est celui qui a tout donné: l’union au ciel avec le Père, la paix des cieux en s’incarnant, la Vie en mourant pour l’homme.

L’Esprit Saint promet: “Je le comblerai par une longue vie.” L’esprit qui a compris la vérité peut-il désirer des jours prolongés sur terre? Non. Alors de quelle vie parle l’Esprit éternel? De la vie éternelle donnée à ceux qui ont su aimer. En effet, savoir aimer signifie tout savoir, tout bien faire, cela signifie se sauver, se sanctifier, connaître et être sage. L’Amour promet: “A ceux qui ont su aimer, je donnerai une longue vie.” Oh! Vie qui n’a plus de fin! Avalanche de siècles et de siècles dans une jouissance immuable, qui ne fatigue pas, qui s’accroît à chaque instant, d’autant qu’elle semble toujours nouvelle, plus vaste, plus belle… Notre joie d’anges… Gloire à Dieu!

Voici le prophète qui dit: “Qui repose à l’aide du Très-Haut vivra sous la protection du Dieu du ciel.” Ne crains pas. Tu lui fais confiance comme créature et comme porte-parole. Le ciel te protégera. Même si le monde entier s’avançait contre toi pour te condamner, peux-tu croire que cela puisse influencer le jugement de Dieu? Celui-ci n’est pas troublé par les vociférations humaines. Toi, reste ferme dans ton obéissance. Dieu est plus que tous. Sers-le, et même si tu étais frappée d’anathème, outragée, torturée, il déverserait sur toi ses fleuves d’amour et tu te sentirais protégée.

Unis-toi à l’abstinence de carême de la manière que Dieu t’a montrée. Tu souffres beaucoup de ce qui arrive. Moi, je compte tes souffrances. Lorsque tu souffres, tu dois dire: “Que ta volonté soit faite.” Mon âme, cela vaut beaucoup plus que les jeûnes faits de mauvaise grâce en ne procurant que du malaise à la chair. Souffre en paix. De la part de mon Seigneur je te dis que tu es exempte de culpabilité en ce qui concerne tout ce qui est en train d’advenir. Sois donc en paix. Tu as pratiqué l’obéissance et la prudence. Reste en paix.

Voilà la parole de Paul. Il fut, lui aussi, une “voix” depuis le moment où Dieu le fit sien, une “voix” infatigable et héroïque: c’est un maître des “voix”. Ecoute ce maître parler à ceux qui propagent la Parole de Dieu de façon spéciale, bien qu’il s’a­dresse aux fidèles en général. Du reste, chaque chrétien ne devrait-il pas prêcher le Christ et le vrai Dieu, avec pour principal objet de son instruction celui de s’instruire lui-même dans la sagesse pour pouvoir en parler, et comme but principal de ses journées celui de pratiquer ce qu’il a appris pour prêcher encore Dieu et son Christ par tous les actes de sa vie vertueuse?

Paul dit: “Nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâ­ce de Dieu.” Mon Seigneur t’a bien souvent parlé pour te former à être capable de recevoir la grâce extraordinaire. Il t’a dit que, là où pénètreraient l’orgueil et la désobéissance, le don deviendrait châtiment. Il t’a montré que, si c’est un don, c’est aussi un joug qui oblige à une vertu continuelle afin de ne pas devenir condamnation. Il l’a dit lui-même: “A qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé.” Oui. il vous est refusé, à vous, de pouvoir dire: “je ne savais pas.” C’est pourquoi, puisque vous connaissez les choses, vous devez être parfaits selon vos forces et savoir qu’elles augmentent toujours parce que la Sagesse fortifie les âmes qui l’accueillent avec humilité.

Tu penses: “Et si quelqu’un reçoit tièdement ce don?” Si quel­qu’un agit ainsi ou, pire encore, s’il corrompt le don par des adjonctions humaines ou sataniques, alors les forces n’augmentent pas mais diminuent et se dévoient, et la Sagesse se retire après avoir condamné.

Reçois donc activement la grâce de Dieu, toujours plus activement. il te faut même parvenir au point que ton moindre soupir soit animé par une bonne volonté de servir la grâce et de la faire fructifier. Le Seigneur peut exiger de toi ce don total, car “il t’a exaucée au temps propice et au jour du salut il t’a secourue”.

Comment alors dois-tu exercer ce don total? Paul te le dit: “En ne fournissant de motif de scandale à personne, afin que ton ministère ne soit pas insulté.” Agis en toute chose comme un instrument de Dieu, avec beaucoup de patience dans les tribulations, dans les nécessités et les tourments, quoi qu’il arrive. Les flagellations des jugements malveillants ne sont pas moins douloureuses que celles des fouets. Les interdictions ne sont pas moins frustrantes que les prisons. Les incompréhensions ou les mauvaises interprétations, qui privent du réconfort d’être aidés dans votre tâche, ne sont pas moins pénibles que les fatigues, les veilles et les jeûnes.

Mais puisses-tu tout supporter avec pureté, sagesse, longanimité, avec suavité, avec l’Esprit Saint, avec une charité non simulée, avec la Parole de la vérité, avec la vertu de Dieu, avec les armes de la justice dans la main droite comme dans la gauche, au milieu des heures de gloire comme au milieu de l’ignominie et des heures amères, dans la bonne et dans la mauvaise réputation!

Ce que tu es, tu le sais. Ils peuvent te dire ce qu’ils veulent. Ils peuvent t’accuser d’être séduite ou séductrice… tu sais que tu es véridique. Ils peuvent te dire: “Mais qui êtes-vous? Une ignorante. Une nullité.” Or qu’est-ce que la réputation des hommes? Il suffit que tu sois connue dans les cieux. Que tu aies l’aspect d’une pauvre infirme, qu’importe? La puissance de Dieu en resplendit d’autant plus, elle qui, contre toute loi naturelle, accomplit ce prodige d’un moribond qui supporte des fatigues supérieures aux forces d’une personne en bonne santé pour la gloire de Dieu, parce que Dieu l’alimente de sa Vie afin qu’elle le serve jusqu’à quand il voudra.

Les hommes pourront te châtier. Mais la mort, la vraie mort, ne te sera pas donnée, parce que tu vis la demande du “Notre-Père” et que tu fais ce que Dieu veut de toi. Tu es attristée, comme le furent les saints depuis le Christ, à cause de la misère des hommes, mais, pour toi, tu trouves dans l’amour réciproque la sainte joie de l’esprit en paix.

Tu paraîtras pauvre en moyens matériels comme en moyens surnaturels, puisque tu ne peux ni travailler ni aller à l’église. Mais tu as des trésors, accumulés davantage par ta souffrance que par tout le reste; tu as tout parce que tu as Dieu pour amour et pour réconfort. Tu es pauvre mais tu en enrichis beaucoup d’autres grâce aux trésors que Dieu t’a ouverts, et grâce à la souffrance que tu as demandée. Propriétaire, tu l’es en possédant le Tout. Chante, chante avec moi le psaume. Je suis l’ange qui est ton gardien. Chante avec moi le psaume de David et ne crains pas, ne crains pas.

Les hommes sont pires que la vipère, que le lion et le dragon. Beaucoup d’hommes sont très proches des démons. Mais celui qui est avec Dieu et avec ses anges ne doit pas craindre.

Fais tiennes les paroles du sublime Tenté et réponds à Satan, à ses serviteurs, au monde, aux hommes qui voudraient t’effrayer, te mortifier et t’éloigner de ta mission par des menaces ou des propositions d’honneurs et de profits immédiats et tangibles: “L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de Dieu. Arrière, Satan! Je sers le Seigneur Dieu et personne d’autre.”

Mon âme, ne crains pas. Avance. La gloire de Dieu exaucera tous tes saints désirs et te récompensera de toute douleur. Bénissons le Seigneur. Grâces soient rendues à Dieu. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.»

1944-01-03

Jésus dit:

«Je suis le bon Samaritain. Je suis le seul à avoir pitié de vos blessures et, poussé par l’amour, je me penche sur vous pour verser sur vous l’huile et le vin, sans répugnance et sans me lasser.

En échange de tout le fiel et le vinaigre que vous me donnez, ô hommes qui m’offensez dans ma nature et dans mon enseignement, moi je vous offre le vin de mon sang tiré de mes veines comme d’une grappe mise dans le pressoir, moins du fait des bourreaux qu’en raison de l’amour pour vous qui m’a poussé entre leurs mains; je vous offre également l’huile de ma miséricorde qui jaillit de mon cœur transpercé même après ma mort, afin que même mon cadavre n’ait été exempt d’offense et que pas la moindre goutte de mon sang n’ait été gardée pour moi.

Satan, ce voleur, vous assaille, vous blesse, puis vous abandonne. Le monde vous regarde et se gausse de vous, quand il ne va pas jusqu’à se joindre à Satan pour vous blesser. Moi seul, je viens et j’ai pitié de votre état.

Ne repoussez pas l’Ami qui veut vous sauver. Laissez-vous soigner par lui. venez à celui qui vous aime.»

3

6 janvier 1948.

Rm 1, 18

L’Auteur Très-Saint dit:

«Dans la leçon précédente je vous ai invités à défendre l’Idée religieuse pour avoir le salut et la paix, car lorsqu’un peuple tombe dans “l’impiété et l’injustice” – et la plus grande impiété et la plus grande injustice est celle d’offenser Dieu, celle de se moquer de la Religion, de l’attaquer, de l’éteindre dans les esprits, de lui désobéir consciemment, avec préméditation, dans tous ses commandements – alors la colère de Dieu se manifeste du Ciel.

Pas besoin de foudres pour qu’elle soit manifeste. Pas besoin de cataclysmes, pas de déluges. Il suffit que Dieu vous abandonne, et déjà vous vous donnez la mort, l’angoisse, le désespoir, de vous-mêmes. La colère de Dieu, la vraie, la colère immuable de Dieu, plus que par des châtiments, elle se manifeste par le fait de vous abandonner à vous-mêmes. Ce que vous appelez colère de Dieu, c’est-à-dire les guerres, les atroces moyens de destruction, les cataclysmes et les pestilences, ne sont pas vraiment colère sans retour, ou colère absolue. Ce sont des reproches, des rappels de la part d’un Père offensé, mais encore empressé à accorder le pardon et le secours à ses enfants coupables.

Mais lorsque “impiété et injustice” auront gagné 99% de l’humanité, lorsque l’impiété et l’injustice mentale ou matérielle auront envahi chaque classe sociale, au point de faire pénétrer l’abomination dans la maison de Dieu – l’abomination de la désolation dont vous parle le prophète et dont le Verbe vous donne confirmation, cette “désolation” dont vous n’avez pas encore saisi le sens exact, et dont il est dit qu’elle sera signe de la fin, et elle le sera – alors Dieu ne vous reprendra plus par des châtiments paternels (qui n’en sauvent plus beaucoup, il faut le dire, parce que le plus grand nombre d’entre vous est déjà au service de Satan), mais il vous laissera abandonnés à vous-mêmes. Il se retirera. Il cessera d’agir. Il cessera d’agir jusqu’au moment où, dans un éclair de son vouloir, il dira à ses anges d’ouvrir les sept sceaux, de sonner les quatre trompettes, de libérer l’aigle des trois malheurs.

Puis, horreur, souffle sera donné à la cinquième trompette, et le Judas des derniers temps ouvrira le puits de l’abîme pour en faire sortir ce que l’homme aura désiré plus que Dieu.

Mais quand? Quand tout cela? Etes-vous déjà rendus à cette heure ou êtes-vous sur le point d’y entrer? Vous êtes dans la crainte, vous vous posez des questions… mais vous ne voulez pas regretter vos péchés et vous repentir. Le “quand” ne vous sera pas dévoilé. Il est inscrit dans le cœur des prophètes actuels, mais “ce que les sept tonnerres leur ont révélé demeure scellé, et ils ne le diront pas”.

La Terre entière sera secouée comme une mer en bourrasque. Les humains seront en plein naufrage, tous, à l’exception des serviteurs de Dieu réunis dans la barque de Pierre, et fidèles au saint Navigateur. C’est alors que, tel un astre pacifique, sur les horreurs et les terreurs des ondes en furie, on verra se lever l’Etoile de la Mer pour annoncer l’Etoile du Matin, pour annoncer l’ultime venue de l’Etoile du Matin sur la Terre.

Pour cette seconde et ultime venue l’Agneau de Dieu, le Rédempteur, le Saint des Saints n’aura plus comme précurseur le pénitent du désert, salé par les mortifications et cinglant les pécheurs pour les guérir de leur pesanteur et les rendre aptes à accueillir le Seigneur. Son précurseur sera notre Ange à nous, Celle qui, bien que dans la chair, fut Séraphin, Celle en qui Nous avons établi notre demeure. Nous n’aurions pu en avoir une plus douce et plus digne. Elle est l’Arche très aimée, l’Arche d’or pur qui encore Nous contient, comme Nous la contenons[1]. Elle traversera les cieux, rayonnante d’amour, pour préparer la route parfumée et royale au Roi des rois, et pour préparer, engendrer et mettre au monde, comme pour une dernière maternité, autant de germes vivants que possible, tous ceux qui voudront être enfantés au Seigneur.

Regardez là, à l’orient des temps… Déjà sur les ténèbres qui, toujours plus denses et maudites, recouvrent la Terre, se dessine une lueur qui ne pourrait être plus douce. C’est le temps de Marie qui surgit. Marie est l’extrême miséricorde que notre Amour ait conçue pour vous.

Long, très long sera son chemin. Elle est contrariée par son éternel ennemi qui, bien que vaincu, n’en demeure pas moins obstiné à la tourmenter et à la combattre. Il obscurcit l’intelligence des hommes pour les empêcher de connaître Marie. Il éteint la foi et la confiance qu’ils peuvent avoir en elle, il fait surgir des brumes, il lance de la boue. Mais l’Etoile de la Mer est bien trop haute pour être touchée par les vagues polluées. Elle passera sans que la boue puisse salir l’ourlet de sa robe. Rapide comme un archange, elle descendra seulement pour tracer son signe, près de celui du Tau, sur le front des fidèles sauvés pour le Royaume éternel. Au toucher de sa main, force et paix pénétreront dans l’esprit de ses fidèles, car elle est Mère de la Vie et Fontaine du Salut.

Bénissez Dieu qui a concédé à l’Etoile très pure de lui ouvrir le chemin, pour qu’elle vous attire à lui par la douceur de son amour. Mère secourable, compatissante, extrême, toujours prête à compenser, dans l’esprit des bons, le vide laissé par Dieu, qui se retire toujours plus loin dégoûté par les péchés des hommes.

Que ce retrait de Dieu ne vous paraisse pas injuste. Dans le livre des Maccabées on lit que, lorsque la corruption pénétra en Israël avec Antiochus-Epiphane et que Israël s’éloigna de la Loi – du fait que beaucoup de chefs d’Israël, “fils d’iniquité”, s’étaient pliés aux “nations voisines”, au point d’adopter leurs coutumes perverses “se vendant pour faire le mal” –, le sanctuaire demeura désolé comme un désert, sa gloire fut anéantie, les fêtes solennelles se changèrent en deuils et les sabbats en opprobres. En plus, on accepta “le culte des idoles”. Tout ceci entraîna la persécution du petit nombre demeuré fidèle. La mort, la destruction, la violence et la douleur devinrent l’héritage du peuple qui avait provoqué la colère du Seigneur. Faites vos comparaisons. Méditez. Choisissez.

Une fois de plus Jésus vous répète ce qu’il disait à l’occasion de la fête des Tabernacles, les derniers de sa vie sur Terre: “Je vais être avec vous pour un peu de temps encore (…), puis je m’en irai. Alors vous me chercherez, mais vous ne me trouverez pas”.

Vous qui dormez, oui, c’est à vous que je parle plus qu’aux ennemis déclarés. A vous. Si vous pouviez donc vous réveiller, vous pourriez prendre la défense de l’Idée et de vos intérêts véritables. C’est à vous que je parle, car vous dormez alors que les autres travaillent. Vous vous bercez dans l’illusion que Dieu soit votre serviteur, que Jésus soit votre serviteur, et serviteur stupide. Vous êtes ceux qui voudraient que Jésus, après avoir été ignoré, négligé, abandonné, laissé pour compte jusqu’à ce qu’il s’en aille, convaincu de l’inutilité de sa présence parmi vous, soit par la suite prêt et disposé à revenir vous aider quand vous serez en train de sombrer, et que finalement (trop tard pour plusieurs) vous vous réveillerez.

Cherchez le Sauveur alors qu’il est encore parmi vous, avant que la haine l’envoie hors de vos frontières… en Ephraim,chez les peuples qui s’ouvrent à la lumière, alors que vous vous enfoncez dans les ténèbres. Ténèbres qui “étouffent la vérité, et la dissimulent, qui élèvent un mur de tiédeur et de quiétisme, là où le mur qu’elles élèvent n’est pas celui de l’impiété et de l’injustice”».

1944-06-28

Je reçois ce matin un commandement singulier qui me stupéfie mais que je ne discute pas. Je dois faire trois copies identiques de la raison pour laquelle j’ai fini par céder et accepter de venir ici.

La Voix dit : « C’est pour que les choses restent dans la vérité pour toi et auprès des autres — puisqu’on t’accuse d’inconstance et de manque de sincérité — ; c’est aussi pour que l’amour que tu portes aux autres n’en vienne pas à te faire croire que c’est toi seule qui as tort ; c’est enfin pour que l’amour que les autres se portent à eux-mêmes ne les pousse pas à croire que toi seule as tort. Voilà pourquoi il ne faut pas te taire plus longtemps. Ce n’est pas pour le Père, car lui connaît déjà tout avec exactitude.

Par conséquent, j’écris.

Le vendredi saint 7 avril, le P. Migliorini m’a parlé d’une évacuation obligatoire et certaine de Viareggio, nouvelle que j’ai préféré garder pour moi afin que tous puissent passer une fête de Pâques sereine. J’ai alors choisi comme lieu d’évacuation la région de Camaiore[2] : mon but était de ne pas perdre complètement l’air marin, de ne pas engager des frais trop importants pour un déménagement trop lointain, et surtout de ne pas m’éloigner du Père, qui était déjà hébergé par le docteur de Camaiore. C’est là ce que j’ai dit au Père.

Une fois la nouvelle connue de tous, le 10 avril, j’ai confirmé ma décision au Père et je l’ai prié de veiller à trouver un logement pour nous, et non pour moi seule, car l’affection et la religion m’empêchaient de dire aux membres de ma famille[3] que j’héberge : “Je m’occupe de moi. Quant à vous, partez. » Il y a certains actes que Maria ne fait pas, même si cela doit lui causer un certain désagrément, une peine et des frais plus élevés.

Le Père Migliorini croyait avoir déniché un logement à la Pieve assez grand pour nous tous. Le vendredi 14 avril, pendant que Marta et Paola venaient ici voir, par prudence et comme je le voulais, si c’était un trou, au cas où l’on n’aurait rien trouvé ailleurs, le Père Pennoni se rendit à la Pieve. Mais à la villa de M. Graziani, il y avait beaucoup de monde pour nous accueillir, Marta et moi, ainsi que mon mobilier. Il n’y avait donc rien à faire.

Le Père Migliorini me demanda s’il devait poursuivre ses recherches. Je lui répondis qu’il lui fallait « chercher, non seulement un toit, mais aussi un chariot, parce que je voulais aller dans la région de Camaiore. Je refusais de venir à Compito à cause du climat, mais aussi parce que je ne m’y sentais pas en sécurité. A cela s’ajoutaient les frais de déménagement et, plus que tout, l’éloignement du Père. » Il s’est alors adressé aux religieuses “Mantellate”[4], hôtes dans une villa, aux Dominicaines, et à une personne de sa connaissance. Les “Mantellate” n’avaient pas de place pour Marta et moi, encore moins pour le mobilier. Les Dominicaines ne pouvaient accueillir personne, et la connaissance du Père n’avait de place que pour moi.

Le temps passant, nous en arrivâmes à ce funeste dimanche de l’octave de Pâques. L’après-midi, Paola sort avec son père. Marta va chez Reggiani pour s’informer de ce qu’il est possible de faire. Moi, je reste avec Anna. Peu avant, j’avais confirmé au Père ma très ferme intention d’aller dans la région de Camaiore, et j’avais également chargé Ada Vassale d’y faire des recherches. Compito était resté un lieu de repli en cas d’extrême nécessité, mais je ne voulais pas même y penser.

Paola et Giuseppe reviennent. Et Paola, qui est toujours celle qui a la charge d’avaler et de faire avaler les pires couleuvres, dit avec une tête d’enterrement : « Ecoute, Maria : nous avons pensé qu’il vaudrait mieux choisir Compito. Nous y connaissons les Competti, Mme Giulia, etc. Et puis, nous y serons tranquilles. Il n’y a pas [deux mots incompréhensibles], des routes etc., et on pourrait nous aider pour le ravitaillement, etc. »

Aussitôt, je rétorque d’un ton vif que, si eux peuvent manger, moi pas, car le lait, les œufs, l’agneau, le lapin, la ricotta, etc. me sont nocifs. Encore ne pourraient-ils le faire que si ils trouvent de la nourriture, car j’ai toujours entendu Marta parler des difficultés de ravitaillement à Compito, même en temps normal. Je ne ferai pas davantage de commentaires parce que je suis lasse. Je dis seulement que les faits ont confirmé mon opinion. Le reste viendra plus tard.

Je fis remarquer que le climat de cette région était mauvais pour moi, et que le manque de ce dont un malade peut avoir besoin était dangereux. J’ai montré toutes les raisons spirituelles, morales et physiques en raison desquelles il fallait exclure Compito si on m’aimait. Mais on n’y a vu qu’un détail. Alors, après une discussion animée, j’ai achevé en disant : « Si vous voulez absolument y aller, allons-y donc. Mais à partir de maintenant, vous m’entendrez toujours dire que vous m’emmenez mourir dans une galère. » Même Anna était contre moi et clamait qu’il fallait nous rendre là-bas parce qu’on y avait de quoi manger et que l’endroit était tranquille…

Le lendemain matin, le Père Migliorini me trouva au désespoir, à tel point qu’il partit à pied à Camaiore et insista de façon très pressante pour que les franciscaines stigmatines mettent à ma disposition une chambre pour Marta et moi, et le salon du petit théâtre pour le mobilier.

J’ai toujours vécu chez des religieuses, et je n’ai pas la moindre répugnance à me retrouver parmi elles. Il ne faut pas se méprendre quand je dis : « Je n’ai pas voulu aller chez les sœurs barbantines ni les avoir autour de moi. » Il s’agissait là d’une maison de soins, et les sœurs auraient voulu me laver, m’injecter je ne sais quoi, etc. Toutes choses que je ne laisserais pas me faire ni par elle, ni par personne d’autre tant que je le pourrai. Je n’aime pas sentir les mains d’autrui sur mon corps. Je ne voulais même pas que ma mère me touche !

Mais chez les franciscaines stigmatines, j’aurais eu ni plus ni moins ce que j’ai actuellement : une chambre, et Marta pour les petits soins que je ne peux faire toute seule. En revanche, je me serais trouvée dans un beau jardin et en compagnie de nombreuses sœurs, ce qui m’aurait évité d’être noyée dans la désolation de la solitude qui est mon lot une si longue partie de la journée… Et le Père n’aurait pas été loin. Je ne craignais pas de scandaliser qui que ce soit.

J’avais compris dès septembre que les franciscaines stigmatines connaissait mon état particulier. Prudentes et obéissantes, elles ne m’ont posé aucune question, même la Supérieure. Elle sait pourtant que je sais qu’elle connaît mes facultés.

Je ne craignais pas même de les troubler par de désagréables assoupissements. Ici, je reviens à l’asile des années 1935 à 1941. Mais cela est dû à tous les chocs que j’endure continuellement, et les soins du pauvre docteur Lapi ne peuvent rien contre ces troubles, dont beaucoup — du moins ceux liés à Compito — auraient pu m’être épargnés… et ç’aurait été un vrai acte de charité ! Si j’étais allée là-bas, j’aurais aussitôt retrouvé mon équilibre, une fois passé le choc de l’abandon de la maison. Tout aurait été différent. D’abord parce que Dieu n’aurait pas permis que je me trouble et que j’aie honte, ensuite parce que le Père Migliorini me gardait l’âme tellement paisible que toute douleur s’apaisait auprès de lui. La preuve en est qu’à partir du moment où je l’ai connu, je n’ai plus jamais eu d’assoupissements délirants.

Je n’étais plus bouleversée à l’idée que je suis seule au monde, sans papa, ou à la pensée de la perte de Mario. Maintenant tout me revient à l’esprit, avec d’autant plus d’acuité que je suis désormais aussi orpheline de mère. Il s’y ajoute le souci que je n’aurai peut-être plus de maison ni la présence du Père Migliorini. Mais j’ai toujours été la même imbécile et je le resterai jusqu’à ma mort.

Quand j’ai appris qu’il n’y aurait pas de place pour les autres, j’ai cédé. Car je les aime et j’aurais voulu leur bien-être le plus longtemps possible. D’ailleurs, je n’ai pas coutume de dire : « Partez, j’ai besoin de penser à moi. » Mais cela a été pour moi une telle douleur qu’elle a fini de me détruire.

Alors, que Giuseppe ne vienne pas me dire, maintenant : « Nous, nous voulions déménager à Rome. » C’est un mensonge ! J’ai répété à bien des reprises à Paola, en présence de Marta — et si celle-ci est sincère et pas stupide, elle doit le confirmer — : « Si vous voulez rester avec moi, vous devez vous résigner à m’entendre me plaindre. Sinon, que chacun aille de son côté et bon vent ! » Je n’ai jamais forcé personne. Même en janvier, lorsque Giuseppe est venu me dire qu’Anna avait trop peur à Viareggio, je lui ai répliqué : « Partez ailleurs ! » Un soir seulement, lorsque notre logement à Compito avait été trouvé, ainsi que les charrettes et le camion pour nous y rendre, Giuseppe, agacé par mon désespoir qu’il n’avait jamais compris, a dit : « Maintenant que nous avons pourvu à ton installation, nous partons ailleurs. » Marta et moi nous nous sommes lamentées : « Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ? Ils m’envoient à un endroit que je déteste, et si j’ai accédé à leurs désirs, c’est en me sacrifiant pour eux… et maintenant ils me laissent tomber ! Belle affection, en vérité ! »

Jusqu’au 5 juin, j’ai toujours entendu Anna affirmer : « Paola souhaiterait déménager à Rome. Mais la vie y est si chère que c’est impossible. » Il n’était donc pas question d’aller à Rome, et encore moins à Mirandola. Or personne n’a voulu me dire dès le départ : « Débrouille-toi toute seule, parce que nous, nous fichons le camp. » Voilà la vérité !

Désormais, il en est ainsi et ça le restera. Car je ne suis pas un morceau de pierre et je n’aurais pas le cœur à me mettre à l’abri à Camaiore en perdant leurs traces, quand bien même cela m’aurait servi physiquement, moralement et spirituellement. Maria Valtorta n’agit pas de cette manière.

Mais la vérité doit être dite telle qu’elle est, que cela plaise ou non.

J’espère que le Père Migliorini n’est pas mort et que cela ne lui arrivera pas. Lui, il peut confirmer l’exactitude de ces lignes, car il me l’a entendu dire de vive voix et il a tout retranscrit jour après jour.

Je l’ai répété à la Supérieure les deux fois où elle m’a rendu visite ici, comme aussi lorsque, à deux reprises, elle est venue à Viareggio me prier de résider chez elle. Ah ! si je l’avais fait ! Egoïstement, cela m’aurait épargné bien des souffrances de toutes sortes, des désolations, des frais, etc. !

Tout cela n’est pas fini, non…

Il s’y ajoute une autre douleur : je me rends compte que nous avons perdu notre belle cohésion, que mon affection et mon sacrifice auraient pourtant mérité de conserver. Cela aussi, il me faut le dire.

J’en ai terminé. J’ignore pourquoi il m’a été imposé de rédiger cela en triple exemplaire.

[La brève “dictée” qui suit a été écrite sur un cahier à la date du 29 juin; elle se trouve donc aussi dans le volume Les Cahiers de 1944. A la date du 24 avril de ce même volume, nous avons mis une note sur l’évacuation, qui peut éclairer les faits et les personnes dont traite le passage précédent du 28 juin 1944].

Une fois que j’ai achevé les trois copies, Jésus dit : « Par l’amour de l’obéissance et de la vérité. Tu as été fortement punie de ne pas avoir voulu suivre ta voix intérieure et la parole de ton directeur spirituel. Mais si le châtiment dure, la faute a été effacée en raison de ce qui t’a poussée à résister : tu as agi par amour, or l’amour couvre le péché et le détruit. [1 P 4, 8] Néanmoins, ne le fais plus. Au-dessus de toute autre voix, il y a la mienne et celle des personnes qui parlent en mon nom : elles doivent toujours être écoutées. Tu as agi en enfant étourdie. Mais comme je suis juste, je tiens compte des circonstances atténuantes, et je prends en considération que tu as été poussée par l’amour : même s’il est humain, c’est toujours de l’amour, et je saurai tirer un bien de ton erreur. Va en paix. »

AUTO 1.1.01

Arrivés à Milan en septembre, la première préoccupation de maman a été de chercher pour moi une institution. J’avais quatre ans et demi, j’étais très timide. Je l’étais devenue à force d’avoir peur de me tromper et d’entendre les “Malheur à toi!” de ma mère. J’étais saine, mais je souffrais beaucoup du climat rigide et humide de Milan. Cela aurait été une bonne chose de me garder encore un peu à la maison, d’autant plus que j’étais restée seule et donc... j’étais de peu d’embarras. Mais maman, qui rêvait de faire de moi une sorte de Pic de la Mirandole en jupon, m’emmena à l’école. A l’école maternelle naturellement. Et précisément chez les Ursulines de la rue Lanzone.

A l’école maternelle j’étais... un aigle en comparaison des autres, pourtant plus grandes que moi. Dame! Je savais déjà lire tout l’abécédaire et écrire les voyelles et les consonnes, sans compter que j’avais l’air d’une perruche avec mon gazouillis de mots français, parsemé de “r” prononcés à la dure et qui alors me plaisaient tellement!!...

Les soeurs étaient très gentilles et même... très belles. Ne riez pas. Maintenant j’admire davantage l’intérieur que l’enveloppe, et dans une personne je ne regarde que son regard et son âme qui, du reste, transparaît à travers le regard. Et il me suffit de trouver de la beauté dans l’âme et dans le regard qui en est le miroir. Mais lorsque j’étais petite, et même jusqu’à l’âge de vingt ans, j’étais quelque peu païenne et je n’aimais que les belles choses, les belles personnes. J’étais une grande originale n’est-ce pas?

Les soeurs étaient très belles. C’est pourquoi je les ai immédiatement aimées. Soeur Blanche, la supérieure, ressemblait à un vase d’albâtre éclairé d’une lumière intérieure d’amour. Soeur Fulgence, ma soeur préférée, était resplendissante comme son nom. Et elles étaient bonnes, bonnes, si bonnes!...

J’allais donc très volontiers à l’école maternelle... sauf le premier jour cependant, car malgré ses effrayantes menaces de “malheur”, j’aimais intensément et j’aime toujours ma maman, et j’ai toujours mendié à la porte de son coeur, en attente de caresses... Voilà pourquoi le premier jour, au moment de la quitter, je fis... un foin terrible. Je me mis à crier, à donner en tous sens des coups de pieds et des coups de poing, à mordre et à griffer... sans aucune retenue. Thérèse, la folle nourrice, réapparaissait en moi dans toute sa furie. Mais le soir même je m’étais déjà affectionnée aux religieuses et je les embrassais de grand coeur. Le jour suivant, j’allais à l’école sans difficulté. C’était un régal pour moi que de m’y rendre pour y recevoir des caresses, des louanges, des prix, et retrouver de nombreuses fillettes avec qui jouer.

Ah! jouer! Et avec des fillettes qui étaient comme mes petites soeurs! Quelle joie! Il faut être fils unique et avoir été tenu comme je l’avais été pour comprendre la malédiction qui incombe aux fils uniques. Mais laissons là ce sujet, qui importe peu ici, pour la suite du récit.

Les religieuses étaient donc belles et bonnes. Mais la maison était laide, triste, vieille, écrasée entre les maisons du vieux Milan et la basilique de Saint-Ambroise. Il y avait peu de lumière. Un petit jardin verdâtre jusque dans les cailloux, des cours dignes d’un monastère, de sombres couloirs et une chapelle... qui datait du temps des catacombes. Pourtant je me rendais volontiers à l’institut.

D’ailleurs c’était souvent ma grand-mère qui m’accompagnait. Quelle joie était-ce que de marcher à ses côtés, d’être seule avec elle qui m’aimait tant et qui, chaque fois qu’elle me laissait à l’institut, me faisait une quantité de bises d’adieu et m’offrait un fruit, un gros bonbon, en plus du goûter que j’amenais de la maison; et ce qui rendait meilleur encore ces petits cadeaux, c’était que maman n’en savait rien et n’avait pu l’interdire. Pauvre mamie! Je ne l’ai jamais trahie en rapportant à maman les désobéissances de grand-mère aux ordres de sa fille! Quant à mamie, elle ne me disait rien. Mais je comprenais bien que si j’avais ouvert la bouche, elle aurait subi des reproches. Ainsi gardais-je le secret. J’ai appris de bonne heure à garder les secrets et à réfléchir sur ce qu’il est opportun de taire!...

A l’institut j’ai trouvé Dieu. Papa et mamie me parlaient de lui. Ils m’enseignaient à prier et m’amenaient à l’église. Mais j’ai rencontré le visage de Dieu et son amour à l’institut. La première rencontre, lorsqu’elle est authentique, est inoubliable.

Les bonnes soeurs, et en particulier Soeur Fulgence, nous parlaient de Dieu avec des mots appropriés à nos jeunes esprits. Elles nous racontaient l’oeuvre merveilleuse de Dieu, nous décrivaient les attributs de la divinité, et suscitaient en nous la sainte crainte de Dieu. “Dieu nous voit toujours, il est toujours présent, rien ne lui est caché, il est partout”. Combien de fois n’ai-je entendu ces paroles!

Nous avions à l’atelier — où le travail consistait à apprendre le tricot en confectionnant des espèces... de cordes dures et sales qui avaient l’air d’avoir servi à attraper des milliers de chiens perdus —, nous avions, dis-je, de petites chaises empaillées dont le dossier en bois se terminait par deux sortes de pignes. Il me semble les voir encore! Mais j’avais une telle confiance en ce que racontait la soeur que je croyais fermement que Dieu... était à l’intérieur de ces deux pignes, et je lui demandais pardon de lui tourner le dos... Sainte simplicité propre à l’enfance, qui provoque un sourire dans les cieux, mais devant laquelle anges et patriarches s’inclinent de respect. Du moins je le vois comme cela.

3.1

Avant de poursuivre, je fais une remarque.

La maison ne m’a pas semblé être celle de Nazareth, que je connais bien. Du moins la pièce est-elle très différente. Le jardin potager, lui aussi, est plus vaste ; en outre, on voit des champs, pas beaucoup, mais tout de même il y en a. Plus tard, après le mariage de Marie, il n’y aura plus que le jardin, grand mais limité au potager; et je n’ai jamais vu la pièce que je viens de voir dans d’autres visions. Je ne sais si je dois penser que, pour quelque motif pécuniaire, les parents de Marie se sont séparés d’une partie de leurs biens, ou si Marie, une fois sortie du Temple, a pris une autre maison, qui lui aurait peut-être été donnée par Joseph. Je ne me rappelle pas si, dans les visions et les enseignements passés, j’ai eu l’indication certaine que la maison de Nazareth était aussi sa maison natale.

J’ai la tête très fatiguée. Et j’oublie aussitôt les paroles des dictées en particulier, bien que les commandements restent très nets à mon esprit et que la lumière demeure dans mon âme. Mais les détails s’effacent immédiatement. S’il me fallait une heure après répéter ce que j’ai entendu, je ne me rappellerais plus rien, mis à part une ou deux phrases principales. En revanche, les visions restent vivantes à mon esprit, parce que j’ai dû les observer moi-même. Les dictées, je les reçois. Mais les visions, c’est à moi de les percevoir. C’est pourquoi elles demeurent vivantes à mon esprit, qui a fait l’effort de les noter au fur et à mesure.

J’espérais une dictée sur la vision d’hier. Mais rien.

1945-01-16

J’écris à la lumière de la petite lampe à cire, et je ne sais ce que cela va donner. Mais je ne veux pas subir ce que j’ai souffert hier. J’étais en train de réciter le “Veni Sancte Spiritus” quand la vision suivante se présente à mes yeux, si irrésistiblement que je comprends l’inutilité d’insister pour prier. Je la suis donc. Et, comme je la vois complexe, je l’écris comme je le peux à cette lumière.

Je suis certainement dans les catacombes. Laquelle? En quel siècle? Je l’ignore. Je me trouve dans une église des catacombes de cette forme:

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En gros, il s’agit d’un rectangle qui donne sur une vaste salle circulaire au milieu de laquelle se trouve l’autel: une table rectangulaire, loin des murs, couverte d’une vraie nappe, c’est-à-dire d’une toile de lin avec de larges ourlets sur les quatre côtés, mais sans dentelles ni broderies.

Une scène évangélique est représentée sur la paroi de l’abside: le Bon Pasteur. Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre: une route de campagne qui ressemble à de la boue jaune; une tache verdâtre au-delà, à gauche du spectateur, doit représenter le pré; sept brebis, assemblées au point de paraître ne faire qu’un seul bloc – on voit le museau uniquement des premières, tandis que les autres ressemblent à des paquets ventrus – , marchent sur le chemin en direction du spectateur, aux bords du pré. Le Bon Pasteur est à côté d’elles, au fond, vêtu de blanc; son manteau est d’un rouge décoloré. Il porte sur les épaules une agnelle qu’il tient par les pattes. Le peintre ou l’auteur de la mosaïque a fait de son mieux… mais l’on ne peut vraiment pas dire que Jésus soit beau. Il a le visage inexpressif – plus large que long car vu de face –, les cheveux qui pendent, poisseux, trop sombres et opaques, qui caractérisent les peintures et les mosaïques des premiers chrétiens. Il n’a même pas de barbe. Malgré sa laideur, il garde cependant un regard triste et plein d’amour qui attire et sur la bouche une esquisse de sourire douloureux qui laisse songeur.

A l’endroit indiqué par une petite croix, il y a une ouverture basse. Elle est si basse que seul un enfant pourrait y passer sans se heurter la tête. Au-dessus, une pierre tombale de la longueur d’un homme indique une niche. Il y est écrit “Pax”, mot alors en usage, et, dessous, en latin: “Ossements du bienheureux martyr Va­lens”. De chaque côté de l’épigraphe, une burette et une feuille de palme sont gravées.

Au fond de l’église, là où j’ai marqué un rond, il y a une autre ouverture basse, auprès de laquelle je vois quatre robustes fossoyeurs armés de pelles et de pioches. Ils se tiennent à côté de deux tas de grès qu’ils ont déblayé. Je suppose qu’ils vivent une époque de persécutions et qu’ils sont prêts à provoquer l’effondrement de la paroi pour dissimuler l’église, en s’aidant des tas de grès déjà prêts.

On retrouve dans l’église l’habituelle clarté tremblotante jaune-rouge des petites lampes à huile. Cette lumière est plus vive vers l’autel. Au fond, c’est tout juste s’il y a quelque lueur, dans laquelle se perdent les silhouettes des personnes, qui plus est vêtues de sombre.

Le calice, encore couvert, est posé sur l’autel. Mais la messe doit être déjà commencée. A l’autel se tient un vénérable vieil­lard au visage ascétique, extrêmement pâle, à le croire sculpté dans du vieil ivoire. Sa tonsure se perd dans sa calvitie qui lui laisse seulement une couronne de doux cheveux blancs autour de la tête jusqu’au-dessus des oreilles. Le reste est dégarni, et son front paraît im­mense. Plus bas brillent deux yeux clairs célestes, doux, tristes, mais limpides comme ceux d’un petit enfant. Il a un nez long et fin, une bouche qui porte la ride caractéristique des personnes âgées, des mâchoires fort édentées. Un vrai visage de saint, maigre et austère. Je le vois bien parce qu’il est tourné vers moi: il célèbre en effet le rite de l’autre côté de l’autel. Il porte la chasuble en usage à l’époque – autrement dit en forme de cape –, et, au-dessus, le pallium et l’étole.

Trois jeunes gens sont agenouillés devant l’autel (là où j’ai mis les trois points). Les deux de chaque côté portent le court vêtement des diacres, avec les manches larges qui descendent un peu plus bas que les coudes. Celui du centre porte ce qui est déjà une chasuble, dont les manches sont faites d’un mantelet qui va des côtes aux omoplates, ainsi que l’étole en bandoulière. Si je me souviens bien, je ne voyais pas cette étole lors des premières messes, et j’en déduis que je ne suis pas en présence d’une scène des tous premiers temps. Je pense me trouver à la fin du IIe siècle ou au début du IIIe. Toutefois, je peux me tromper, car c’est là une réflexion personnelle et, en matière d’archéologie chrétienne et des cérémonies de cette époque, je suis analpha­bète.

Le Pape – le pallium indique que ce doit être lui – passe devant l’autel et vient se placer en face des trois jeunes agenouillés. Il impose les mains au premier et au dernier en récitant des prières en latin. Il va ensuite devant celui du centre, celui qui porte l’étole en bandoulière, et à son tour lui impose les mains sur la tête; puis, assisté par un servant en vêtement de diacre, il plonge les doigts dans un vase en argent et oint le front et les paumes des mains du jeune homme, lui souffle sur la figure – plutôt il commence par souffler puis oint ses mains –, les lie par un pan de l’étole que le servant a délié de son propre corps, et lui passe l’autre partie sur le cou comme un joug. Enfin, il le fait se relever et, le tenant par ses mains liées, lui fait monter les trois marches qui mènent à l’autel et embrasser ce dernier puis ce qui soutient ce que je suppose être l’E­vangile: un volumineux rouleau tenu par un ruban rouge. En dernier lieu, il l’embrasse à son tour, l’emmène de l’autre côté et continue la messe.

Je comprends alors que celle-ci venait tout juste de commencer: en effet, comme elle est presque identique à la nôtre – ce qui me confirme dans l’idée que nous nous trouvons à la fin du IIe siècle au moins –, l’on en arrive à l’évangile. C’est le nouveau prêtre qui le chante – car je pense qu’il s’agissait d’une ordination sacerdotale –. Il revient devant l’autel et les deux jeunes qui étaient encore à genoux se lèvent; l’un prend une petite lampe, l’autre le rouleau de l’Evangile que lui tend celui qui servait déjà à l’autel. Le diacre déroule le rouleau et le tient ouvert au bon endroit; il est en face du nouveau prêtre, celui de la lampe se tenant à côté de lui. Ce nouveau prêtre est grand, brun, il a les cheveux plutôt ondulés et doit avoir la trentaine environ. Son visage est typiquement romain. D’une belle voix, il chante l’Evangile de Jésus, le passage du jeune homme qui lui demande ce qu’il doit faire pour le suivre. Il a une voix assurée et forte, bien posée. Elle remplit l’église. Il chante d’une voix ferme, un sourire lumineux sur le visage et, lorsqu’il en arrive au: «Va, vends tes biens et donne-les aux pauvres. tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, suis-moi», sa voix éclate de joie et d’amour.

Il embrasse l’Evangile et retourne auprès du Pape qui l’a écouté debout, tourné vers le peuple, les mains jointes dans une attitude de prière. A cet instant, le nouveau prêtre s’agenouille. Le Pape, lui, fait son homélie.

«Baptisé le jour de la naissance du martyr Valens, le nouveau fils de l’Eglise apostolique romaine, et notre frère, a voulu prendre le nom du bienheureux martyr, mais en lui apportant une modification que l’humilité tirée de l’Evangile lui dictait – car l’humilité est l’une des racines de la sainteté –: il n’a pas voulu s’appeler Valens, mais Valentin.

En fait, c’est un vrai Valens. Voyez le chemin qu’a parcouru le païen dont l’unique religion était le vice et la violence. Vous savez ce qu’il est devenu au sein de l’Eglise. Certains d’entre vous – en particulier ceux qui lui ont servi de pères et de mères pour un véritable engendrement, ceux dont la parole et l’exemple ont suscité sa conception par notre sainte Mère l’Eglise et son accouchement pour l’autel et le ciel –, ceux-là donc savent qui était Valens à l’époque où il n’était pas encore chrétien mais ce païen dont lui comme nous ne voulons même pas nous souvenir du nom.

Le païen est mort; par l’eau lustrale, le chrétien est ressuscité. Il est désormais votre prêtre. Que de chemin! Que de chemin! Des orgies aux jeûnes, des tricliniums à l’église, de la dureté, de l’impureté, de l’avarice à l’amour, à la chasteté, à la générosité absolue.

Il était le jeune homme riche; or, un jour, il a rencontré Jésus, notre Seigneur béni, qui lui était porté par le cœur des saints, qui le représentent sans mot dire – il rayonne en effet de leur âme –. Les doux yeux du Maître se sont fixés sur le visage du païen, et le païen en a éprouvé une séduction qu’aucun plaisir ne lui avait encore procuré, une nouvelle émotion au nom inconnu, une sensation indescriptible, un je-ne-sais-quoi de doux comme la caresse d’une mère, d’honnête comme une odeur de pain à peine sorti du four, de pur comme une aurore printanière, de sublime comme un songe céleste.

Vous disparaissez comme des fantômes du monde et de l’Olympe païen quand Jésus, le Soleil, embrasse l’un de ses appelés. Vous vous dissolvez comme des nuages. Vous fuyez comme des cauchemars démoniaques. Que reste-t-il de vous, alors que vous paraissiez être si splendides? Un sale monceau de détritus mal réduits en cendres et à l’odeur de corruption encore fétide.

“Bon Maître, que dois-je faire pour te suivre et avoir la vie éternelle?”, demandait-il. Le doux Maître divin lui donna alors l’enseignement de Vie par ces quelques mots: “Observe ses commandements.” Oh, il ne pouvait pas dire: “Suis la Loi!” Le païen ne la connaissait pas. Il lui dit donc: “Tu ne tueras pas. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne voleras pas. Tu ne porteras pas de faux témoignage. Honore ton père et ta mère. Et: tu aimeras Dieu et ton prochain comme toi-même.” des paroles neuves! Des buts auxquels on n’avait jamais pensé! D’infinis horizons baignés de lu­mière, de sa lumière.

Le païen ne pouvait pas répondre comme le jeune homme riche. Il n’était pas en mesure de le faire. En effet, le paganisme renferme tous les péchés, et il les avait tous au fond du cœur. Mais il a désiré pouvoir le faire. Il vint donc trouver un pauvre vieillard, le Pape persécuté, et lui dit en pleurant: “Donne-moi la Lumière, donne-moi la Science, donne-moi la Vie! Donne-moi une âme dans mon corps de brute!”

Le pauvre vieillard que je suis prit alors l’Evangile, et y puisa la Lumière, la Science, la Vie pour ce mendiant en larmes. J’ai tout trouvé pour lui dans l’Evangile de notre Seigneur Jésus. C’est ainsi que j’ai pu lui donner une âme, appeler son âme morte à la vie et lui dire: “Voici ton âme. Garde-la pour la vie éternelle.”

Devenu pur grâce au bain baptismal, il s’est alors adonné à la recherche du bon Maître, l’a trouvé encore et lui a dit: “Je peux maintenant t’annoncer que je fais ce que tu m’as dit. Que me manque-t-il pour te suivre?” le bon Maître lui répondit: “Va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres. Alors tu seras parfait et tu pourras me suivre.”

Oh! A cet instant, Valentin a dépassé le jeune homme de Pales­tine! Il n’est pas parti, incapable de se séparer de tous ses biens. Au contraire, il m’a apporté ces biens pour les pauvres du Christ et, libre du joug des richesses, ce joug pesant qui empêche de suivre Jésus, il m’a demandé le joug lumineux, sublime, paradisiaque du sacerdoce.

Le voici. Vous l’avez vu monter à son autel sous ce joug, les mains liées, prisonnier du Christ. Désormais, il rompra pour vous le Pain éternel et vous désaltèrera par le Vin divin. Mais, pour devenir parfaits aux yeux du bon Maître, lui comme moi désirons quelque chose de plus: faire de nous-mêmes du pain et du vin, nous immoler, nous rompre, nous presser jusqu’à la dernière goutte, nous réduire en farine pour devenir hosties. Vendre enfin l’ultime, l’unique richesse qui nous reste: la vie. Pour moi, ma vie déclinante de vieillard. Pour lui, sa vie florissante de jeune homme.

Oh, ne nous déçois pas, Pontife éternel! Accorde-nous le bienheureux martyre! C’est avec notre sang que nous voulons écrire ton Nom: Jésus notre Sauveur. Nous désirons un autre baptême, pour notre étole que l’imperfection humaine ne cesse de corrompre: celle du sang. Pour monter vers toi avec des étoles immaculées et te suivre, ô Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, qui nous les a enlevés par ton sang! Bienheureux martyr Valens, nous nous trouvons dans ton église: implore pour ton Pape Marcel et pour ton frère prêtre les mêmes palmes et couronnes que toi.»

Rien d’autre.

AUTO 1.1.02

Et l’ange gardien? Dans le jardin qui était si sombre et verdâtre, il y avait une grotte avec une statue de Saint-Michel-Archange, il me semble, puisqu’il tenait une épée à la main. C’était un ange gigantesque, à nos yeux de tout petits!... Et la soeur nous amenait devant lui et nous disait qu’un ange de la sorte, mais beaucoup plus beau, était toujours à nos côtés, et qu’il nous fallait être gentilles, sinon l’ange se couvrait le visage de ses belles ailes et se mettait à pleurer...

Par la suite, plus que ces deux premières rencontres avec le surnaturel, ce qui me faisait plus que tout vibrer le coeur face à l’ineffable mystère de la bonté divine était le Christ gisant de la chapelle. Il se trouvait au-dessous de l’autel majeur. Ce devait être une oeuvre d’art très ancienne, et certainement de valeur, car il présentait un réalisme tout à fait impressionnant. C’est bien tout à fait comme cela que devait être le Christ lorsque les mains pieuses de Joseph et de Nicodème le détachèrent de la croix pour le déposer sur le sein de sa Mère. De grandeur naturelle, il avait les traits tirés par la fatigue de celui qui est mort dans les spasmes et, dans les membres détendus par l’abandon de la mort, on voyait toutes les plaies, les traces de fouet, les blessures et les contusions de qui a été maltraité, comme l’a été le Sauveur avant la crucifixion.

Il était impressionnant, je le dis et le répète. Et beaucoup de mes compagnes pleuraient de frayeur lorsqu’on nous amenait le voir et le prier. Pour ma part, je ne pleurais pas de frayeur mais je tremblais de compassion. Car dès cette époque je ne pouvais souffrir de voir quelqu’un souffrir, ne serait-ce qu’un poulet. Et l’on me répétait que ce pauvre corps était celui de Jésus et que c’était nos péchés qui l’avaient mis dans cet état... Je me demande s’il était bon de faire faire de telles méditations à des créatures qui n’ont pas encore cinq ans. Mais ce dont je suis sûre c’est qu’en ce qui me concerne — et à l’opposé de ce qu’il advenait à mes camarades qui pleuraient de frayeur à la vue de ce cadavre et surtout à l’idée du châtiment divin provoqué par nos péchés —, je tremblais à cause de sa douleur à lui et je pressentais que c’était l’amour, son amour pour nous, plus que les juifs accusateurs, qui l’avaient mis dans cet état et j’aurais voulu pouvoir le consoler...

Dominant mon horreur naturelle pour ce corps couvert de plaies d’une façon épouvantable, je le regardais, je le regardais et j’aurais voulu que l’urne puisse s’ouvrir pour pouvoir m’approcher de lui, caresser cette tête couverte d’épines, et l’embrasser aussi, afin de lui faire ressentir le bien que je lui voulais. Combien de fois n’aurais-je voulu pouvoir mettre dans cette main percée le gros bonbon tout bosselé, ou un autre doré, ou bien le rouge ou le vert que mamie m’achetait en me conduisant à l’école et que j’aimais tant, parce qu’il était bon, et parce qu’il me témoignait l’amour de ma grand-mère!

Cela vous semble peut-être des sottises, Père... Mais pensez donc à l’âge que j’avais à l’époque. Plus tard, beaucoup plus tard, dans la main percée de Jésus, j’ai déposé l’offrande de ma vie, mais, à bien y réfléchir, je crois que cela m’aurait coûté davantage alors d’y mettre mon bonbon, qu’aujourd’hui de lui donner ma vie et ma souffrance...

En rentrant à la maison, alors que j’avais déjà tout raconté à mamie, je répétais ma... science à maman, à papa, à la bonne, au soldat, puis j’allais me coucher en pensant à Jésus qui était resté là, tout seul, et... malade, comme je disais. Et cette idée était si forte en moi qu’il m’arrivait parfois de me réveiller la nuit en pleurant. Alors je disais à mamie, qui dormait avec moi, ou à maman qui accourait en m’entendant pleurer, que je voyais Jésus très malade et qui pleurait parce qu’il se sentait seul. Mes parents s’inquiétèrent de cela et voulurent me changer d’institut pour m’envoyer dans un autre, moins... médiéval. Car ils craignaient que je ne tombe malade de frayeur. Non, j’étais en train de tomber malade d’amour.

Le premier contact avait eu lieu et Jésus et Marie n’auraient jamais disparu de l’horizon même si, de ma part, il y eut des moments de froideur coupable. Mais lorsque justement l’on m’arracha à lui, je ne me décrochais plus. Et je restais attachée à lui souffrant, à lui Rédempteur, à lui Roi des douleurs. Je n’ai jamais compris le Christ que sous ce vêtement imprégné de son sang et j’ai toujours eu le souci de le consoler en me rendant semblable à Lui, dans la souffrance supportée volontairement par amour.

Tandis que mes parents étaient en train de choisir un nouvel institut, j’ai attrapé la coqueluche, de façon aussi grave qu’inattendue. J’étais allée à l’école comme d’habitude, même si je ne me sentais pas bien du tout. Car depuis longtemps on m’avait habituée à ne pas prêter attention au moindre bobo. Et je suis reconnaissante à mes parents de cette éducation. S’ils ne m’avaient pas fortifié le caractère de la sorte, jamais je n’aurais été capable de supporter ce que la vie me réservait. J’étais donc allée à l’école. Vers midi cependant je commençais à tousser d’une manière qui ne laissait planer aucun doute sur le genre de toux que j’avais et j’eus aussitôt beaucoup de fièvre. On me sépara immédiatement des autres camarades et l’on me garda tout le reste de la journée, c’est-à-dire jusqu’à 17 heures, dans le bureau de la supérieure, qui me tenait dans ses bras. Dans ses bras! Ah! Quel bonheur que d’avoir tout ce mal dans la poitrine si pour cela je restais dans les bras de cette soeur, si blanche et si gentille. Mis à part papa et mamie, personne ne me prenait jamais à son cou, alors que j’avais un tel besoin d’être dorlotée!!

Je ne revins plus chez les Ursulines. La maladie dura plusieurs mois et ne me lâcha qu’au cours de l’été, lorsque nous allâmes en Toscane, en villégiature.

Au mois d’octobre 1904, on m’inscrivit à l’institut des Marcellines.

3.2

Je commence à voir et j’écris.

Hors des murs de Jérusalem, une grande foule se trouve sur les collines et au milieu des oliviers. On dirait un immense marché. Mais il n’y a ni tables ni boutiques, ni cris de charlatans et de vendeurs, et pas davantage de jeux. Il y a quantité de tentes en laine rêche, certainement imperméables, étendues sur des pieux fixés au sol ; des feuillages attachées à ces pieux servent d’ornement et donnent de la fraîcheur. D’autres, au contraire, sont constituées de branchages fixés au sol et attachés de cette manière, formant ainsi de petites galeries vertes. Sous chacune, des gens de tout âge et de toute condition discutent paisiblement, dans un recueillement troublé uniquement par quelque cri d’enfant.

Le soir descend et déjà les lueurs de petites lampes à huile brillent ici et là sur cet étrange campement. Autour des lumières, des familles prennent leur repas, assises à même le sol ; les mères tiennent leurs plus petits enfants sur leur sein, et nombre d’entre eux, épuisés, s’endorment en ayant encore quelque morceau de pain entre leurs doigts roses ; leur tête tombe sur la poitrine de leur mère comme les poussins sous les ailes de la poule ; les mères terminent leur repas tant bien que mal avec leur seule main libre pendant que l’autre serre leur enfant sur leur cœur. En re­vanche, d’autres familles n’ont pas encore commencé à manger et dis­cutent dans la semi-obscurité du crépuscule en attendant que le repas soit prêt. Des feux s’allument ici et là, autour desquels les femmes s’affairent. Une berceuse très lente, presque une complainte, berce un enfant qui tarde à s’endormir.

Au-dessus, un beau ciel serein se teinte de plus en plus de bleu sombre jusqu’à paraître un immense voile de velours soyeux d’un noir azuré, sur lequel, tout doucement, des artificiers et des décorateurs invisibles fixent des joyaux lumineux, les uns isolés, les autres formant d’étranges lignes géométriques dont la première place revient à la Grande Ourse et à la Petite, avec leur forme de chariot dont le timon s’appuie au sol après que les bœufs ont été délivrés de leur joug. L’étoile Polaire scintille de tous ses feux.

Je comprends qu’on est en octobre[3], parce qu’une grosse voix d’homme le dit :

« Un beau mois d’octobre, comme on en voit rarement ! »

3.3

Anne revient d’un feu avec des choses dans les mains, étendues sur un pain large et plat comme une de nos galettes et qui fait office de plateau. Alphée, agrippé à sa jupe, fait entendre sa petite voix. Joachim, qui se tient sur le seuil d’une petite cabane faite de feuil­lages, parle avec un homme d’une trentaine d’années, que, de loin, Alphée salue avec un cri aigu : « Papa ! »

Voyant Anne s’approcher, Joachim se hâte d’allumer une lampe.

Anne passe comme une reine au milieu des rangées de cabanes. Royale, elle est pourtant humble. Elle ne se montre hautaine avec personne. Elle relève le marmot d’une pauvresse qui a fait une chute à ses pieds en trébuchant dans une course espiègle. Comme il a le visage tout barbouillé de terre et qu’il pleure, elle le nettoie, le console et le rend à sa mère qui accourt. Devant ses excuses, Anne dit :

« Oh, ce n’est rien ! Je suis heureuse qu’il ne se soit pas fait mal. C’est un bel enfant. Quel âge a-t-il ?

– Trois ans. C’est l’avant-dernier et d’ici peu j’en aurai un autre. J’ai six garçons. Maintenant, je voudrais une fille… Pour une maman, une fille compte beaucoup…

– Le Très-Haut t’a bien consolée ! »

Anne soupire.

« Oui, répond la femme. Je suis pauvre, mais les enfants font notre joie et les plus grands nous aident déjà au travail. Et toi, madame (tout montre qu’Anne est d’une condition plus élevée et la femme l’a bien remarqué), combien d’enfants as-tu ?

– Aucun.

– Aucun ? Celui-ci n’est pas le tien ?

– Non, c’est celui d’une très brave voisine. Il fait ma con­so­la­tion…

– Ils sont morts, ou bien…

– Non, je n’en ai jamais eu.

– Oh ! »

La femme la regarde avec pitié.

Sur un soupir, Anne la salue et se rend à sa hutte.

« Je t’ai fait attendre, Joachim. Je me suis entretenue avec une pauvre femme, mère de six garçons, pense donc ! Et elle attend un autre enfant pour bientôt. »

Joachim soupire.

Le père d’Alphée appelle son fils, mais ce dernier répond : « Je reste avec Anne pour l’aider. »

Tous se mettent à rire.

« Laisse-le, il ne nous dérange pas. Il n’est pas encore tenu à l’observance de la Loi. Ici ou là, ce n’est qu’un petit oiseau qui mange », dit Anne, qui s’assied avec l’enfant sur son sein.

Elle lui donne de la galette et, me semble-t-il, du poisson grillé. Je vois qu’elle travaille avant de le lui donner, peut-être en enlève-t-elle les arêtes. Elle a d’abord servi son mari et mange en dernier.

3.4

La nuit est toujours plus parsemée d’étoiles et les lumières se font de plus en plus nombreuses sur le campement. Puis, insensiblement, beaucoup d’entre elles s’éteignent. Ce sont celles des personnes qui ont dîné en premier et qui commencent maintenant à dormir. Les rumeurs diminuent peu à peu. On n’entend plus de voix d’enfants. Seuls quelques bébés non sevrés font entendre leur voix de petit agneau qui cherche le lait de sa maman. Le souffle de la nuit passe sur les choses et les personnes, endormant peines et souvenirs, espoirs et rancœurs. Mais il se peut que ces deux derniers, bien qu’atténués, survivent au contraire dans le sommeil, dans les rêves.

Anne le dit à son mari, tout en berçant Alphée qui s’endort dans ses bras :

« Cette nuit, j’ai rêvé que je viendrai l’an prochain à la Cité sainte pour deux fêtes au lieu d’une seule. Et l’une sera l’offrande au Temple de mon enfant… Oh, Joachim !

– Espère, espère, Anne ! Tu n’as rien appris d’autre ? Le Seigneur n’a-t-il rien murmuré à ton cœur ?

– Rien. Un songe seulement…

– Demain sera le dernier jour de supplication. Nous avons déjà fait toutes les offrandes, mais nous les renouvellerons encore demain, solennellement. Nous vaincrons Dieu par la fidélité de notre amour. Je pense toujours qu’il t’arrivera la même chose qu’à Anne d’Elqana.

– Dieu le veuille… et que je puisse bientôt entendre une voix me dire : “ Va en paix. Le Dieu d’Israël t’a accordé la grâce que tu lui demandais !»

– Si cette grâce t’est donnée, ton enfant te le dira lui-même en se retournant pour la première fois dans ton sein ; ce sera la voix de l’innocence, donc la voix de Dieu. »

Maintenant le camp tout entier se tait dans l’obscurité. Anne ramène Alphée à la hutte voisine et le dépose sur la couche de foin auprès de ses frères, qui dorment déjà. Elle se couche ensuite au côté de Joachim et à son tour leur lampe s’éteint : c’était l’une des dernières étoiles de la terre. Il ne reste plus que les étoiles du firmament pour veiller sur les dormeurs.

3.5

Jésus dit :

« Les justes sont toujours des sages : amis de Dieu, ils vivent en sa compagnie et il les instruit, lui qui est la Sagesse infinie.

Mes grands-parents étaient des justes et possédaient donc la sagesse. C’est en toute vérité qu’ils pouvaient répéter ce que dit le Livre[4] quand il chante les louanges de la Sagesse dans le livre du même nom : “ C’est elle que j’ai chérie et recherchée dès ma jeunesse ; j’ai cherché à la prendre pour épouse. ”

Anne, fille d’Aaron, était la femme forte dont parle notre aïeul[5].

Et Joachim, descendant du roi David, recherchait moins le charme et la richesse que la vertu. Anne possédait une grande vertu. En elle, toutes les vertus s’unissaient en un bouquet parfumé de fleurs pour former une réalité unique, la plus belle de toutes : la Vertu. Une vertu réelle, digne de se tenir devant le trône de Dieu.

Joachim avait donc deux fois épousé la sagesse “ en l’aimant plus qu’une autre femme ” : la sagesse de Dieu contenue dans le cœur de la femme juste. Anne n’avait rien cherché d’autre qu’à unir sa vie à celle d’un homme droit, avec la certitude que la droiture fait la joie de la famille.

3.6

Et pour être l’emblème de la “ femme forte ”, il ne lui manquait que d’être couronnée d’enfants, car c’est la gloire d’une épouse, la justification du mariage, dont parle Salomon. Il ne manquait à son bonheur que ces enfants, ces fleurs de l’arbre qui s’est uni à l’arbre voisin et porte de nouveaux fruits en abondance, où les deux bontés se fondent en une, car son époux ne lui avait jamais causé la moindre déception.

3.7

Devenue une vieille femme, épouse de Joachim depuis des dizaines d’années, elle restait pour lui “ l’épouse de sa jeunesse, sa joie, sa biche bien-aimée, sa gracieuse gazelle ”, dont les caresses conservaient la fraîcheur et l’enchantement de leur première soirée nuptiale et charmaient doucement son amour ; celui-ci restait aussi frais qu’une fleur humide de rosée et ardent comme un feu qu’une main ne cesse d’alimenter. C’est pourquoi, dans leur tristesse d’être sans enfant, ils se disaient l’un à l’autre des “ mots de réconfort dans leurs soucis et leurs malheurs ”.

3.8

Quand l’heure fut venue, la Sagesse, après les avoir instruits tout au long de leur vie, les éclaira par des songes nocturnes comme on sonne la diane du poème glorieux qui devait naître d’eux et serait Marie, la toute sainte, ma Mère. Si, dans leur humilité, ils n’imaginèrent pas cela, leur cœur pourtant trembla d’espoir à la première annonce de la promesse de Dieu. Les paroles de Joachim révèlent déjà cette certitude : “ Espère, espère… Nous vaincrons Dieu par la fidélité de notre amour. ” Ils rêvaient d’un fils : ils eurent la Mère de Dieu.

3.9

Les paroles du livre de la Sagesse paraissent avoir été écrites pour eux : “ J’aurai à cause d’elle gloire parmi les foules… J’aurai à cause d’elle l’immortalité et je laisserai un souvenir éternel à ceux qui viendront après moi. ” Mais, pour obtenir tout cela, il leur fallait acquérir la royauté d’une vertu véritable, durable, qu’aucun événement ne saurait atteindre. Vertu de foi, vertu de charité, vertu d’espérance, vertu de chasteté. La chasteté des époux ! Ils la possédèrent, car il n’est pas nécessaire d’être vierge pour être chaste. Les ménages chastes sont gardés par les anges et ils engendrent de bons enfants, qui font de la vertu de leurs parents la norme de leur propre vie.

3.10

Mais à présent, où sont-ils ? Actuellement, on ne veut plus d’enfant, mais on ne veut pas davantage de la chasteté. C’est pourquoi je vous dis que l’amour et la chambre nuptiale sont profanés. »


Notes

  1. Cette phrase aura son explication dans la leçon du 2 février 1948 (leçon n. 14).
  2. Camaiore est une ville d’environ 31 000 habitants, située dans la province de Lucques, en Toscane, dans l’Italie centrale.
  3. octobre : « Parfois, écrit Maria Valtorta sur une copie dactylographiée, les noms sont exprimés en italien pour que le lecteur comprenne mieux. » Notre mois d’octobre est à cheval sur les mois hébreux de Tisri (ou Etanim) et de Marchesvan (ou Bul). Le calendrier juif se basait en effet sur l’année lunaire, qui commence au printemps (comme on le voit en 68.4), et le nôtre sur l’année solaire, si bien que les correspondances sont approximatives. Voici le noms des mois : 1. Nisan ou Abib comme en 413.6 (mars-avril) ; 2. Ziv ou Iyyar comme en 461.7 (avril-mai) ; 3. Sivân (mai-juin) ; 4. Tammuz comme en 442.3 et 461.16 (juin-juillet) ; 5. Ab ou Av (juillet-août) ; 6. Elul (août-septembre) ; 7. Tishri ou Tisri ou Etanim (septembre-octobre) ; 8. Marchesvân ou Bul (octobre-novembre), nom qui n’est jamais cité dans l’œuvre : celle-ci semble plutôt lui donner le nom d’Etanim, en le distinguant de Tishri ; 9. Kisleu ou Casleu (novembre-décembre) ; 10. Tébèt (décembre-janvier) ; 11. Shebat (janvier-février) ; 12. Adar (février-mars). C’est la nouvelle lune, appelée néoménie, qui marquait le début du mois. Pour faire coïncider au mieux le cycle lunaire et le cycle solaire, on redoublait parfois le mois d’Adar, pour obtenir une année de treize mois, dite embolismique (114.8).
  4. le Livre, c’est-à-dire : Sg 8, 2.
  5. notre aïeul, c’est-à-dire Salomon, cf. Pr 31, 10-31. Suivent des citations de Pr 5, 18-19 et de Sg 8, 10.13.