Pour sœur Teresa Cherubina.
Jésus dit:
«Une plante fleurie est apparue à un endroit donné. Que chacun pense à la fleur qu’il préfère et se représente combien elle est belle et précieuse. Or le lieu où elle est née ne convenait pas à cette plante. Comme on le sait, certaines ont besoin de beaucoup de soleil et d’autres de pénombre, certaines de terres maigres et d’autres de terres grasses, certaines de roches pour y agripper leurs racines mais malheur à d’autres si un caillou vient troubler leur existence. Cette plante, donc, avait poussé sur un sol qui ne lui était pas propice, et c’est uniquement par bonté du Seigneur qu’elle avait pu parvenir jusqu’à ce jour, et même prospérer et fleurir. Le bon Père, sachant que le terrain ne lui était pas favorable, avait fait pleuvoir sur elle des rosées spéciales; il avait fait pousser tout à côté un arbuste à larges feuilles pour adoucir la force du soleil; et il avait fait en sorte qu’un petit peu d’herbe apparaisse autour du rejet pour en abriter les racines d’une chaleur excessive; grâce au sacrifice de cette humble herbe, il protégeait cette superbe fleur.
Un jour, le divin Cultivateur vint à passer. A cette vue, il déclara:
“Cette plante est vraiment belle. Mais elle serait plus belle si elle était nourrie par un autre terrain. Il ne faut pas être imprudent et se dire: ‘Elle a vécu jusqu’ici et elle vivra encore.’ Non, il ne faut pas faire cela: c’est tenter le ciel. Je vais donc la déraciner et l’emmener à un endroit approprié. Je veux qu’elle devienne toujours plus belle pour faire les délices de Dieu.”
Il se pencha alors, prit ses outils et se mit à déraciner la plante avec amour pour ne pas la faire souffrir.
La petite plante éprouvait tout de même quelque douleur, et elle gémissait: “Aïe, Aïe! Tu vas me faire mourir! Je ne veux pas mourir!
– Non, chère plante du Seigneur, non, tu ne mourras pas: une fois libérée de cette terre aride et pierreuse qui blesse tes racines, tu auras plus de force pour vivre. Vois-tu comme ces cailloux mêlés à la terre, plus cailloux que terre, empêchent tes racines de descendre profondément chercher de la bonne nourriture pour tes corolles? Ignores-tu que, plus ses racines s’enfoncent humblement dans l’obscurité et le silence, plus la fleur est belle, là-haut, sur sa tige? D’un côté se trouve le travail, de l’autre la gloire. Mais il ne peut y avoir de gloire sans travail. Laisse-moi donc faire.
– Ah, quelle douleur! Tu m’enlèves d’un lieu où je me suis acclimatée, où tous me connaissent: le petit oiseau qui fait son nid dans l’arbuste, le lézard qui se chauffe à mes pieds, et un papillon blanc qui, comme le lézard, vient chaque jour me raconter ce qui se passe alentour et même plus loin. Je vais souffrir, je vais dépérir en des lieux inconnus.
– Mais non, ma douce fleur! Tu n’arrives pas dans un désert. Là où tu viens, il n’y a pas un seul oiseau qui chante, mais mille, et il s’y trouve des plates-bandes à profusion. Laisse tomber les papillons légers et les lézards rampants. Que peuvent-ils donc te raconter de réellement utile? Viens, viens avec moi. Dans mon jardin, les anges du Seigneur sont des oiseaux et ils enseignent les paroles saintes. Et je m’y promène en compagnie de ma Mère.”
La petite plante ne savait plus que dire. Mais, dans son entêtement, elle résistait par une petite racine subsistante qu’elle avait introduite dans une fissure de roche. Les mains du Seigneur saignaient à force d’essayer d’écarter la roche pour en libérer cette racine. Car le Seigneur ne refuse jamais de souffrir pour ses créatures, afin qu’elles souffrent le moins possible quand il leur impose des opérations de grâce destinées à leur procurer la vie éternelle à venir. Mais la fleur disait:
“Cela me coûte trop. Je n’ai pas envie de mettre à nu cette racine. Enfin, elle est à moi! personne ne doit la voir. C’est la plus belle de toutes.
– Mais vois-tu, mon amour? C’est une racine présomptueuse et c’est elle, justement, qui nuit à la plante. Elle a choisi sa propre voie, qui n’est pas la bonne voie. C’est la racine la plus forte, mais aussi la plus néfaste. Soit tu cèdes, soit je la coupe. Et dans ce cas, tu souffriras vraiment. En effet, l’Amour infini lui-même se doit d’être juste pour ton bien. Et céder à ton orgueil serait me montrer injuste envers toi, que j’ai créée pour mon jardin.”
Et la plante? Toute à son obstination, elle refusait de céder. Que fit alors Jésus? Clac! Il prit les ciseaux et coupa la racine orgueilleuse et entêtée, puis il porta la plante, qui pleurait de douleur de s’être vue taillée et son caprice dominé, pour la planter dans sa plate-bande.
C’est là une parabole, ma fille et épouse. Es-tu capable de la méditer et d’en mettre le fruit en pratique? Je t’aide, parce que je suis le Maître. Ecoute-moi.
Mes épouses sont les plantes fleuries. La plate-bande de mon jardin, c’est la Mère prieure, ou l’abbesse, ou encore la supérieure du monastère, du couvent ou de la communauté. Les plantes sont nées comme des plantes fleuries pour moi. Leur volonté les fait miennes. Mais il arrive parfois qu’elles gardent leur humanité néfaste. En particulier “l’humanité des humanités: l’orgueil”. Cela, je n’en veux pas.
Pourquoi vouloir agir toute seule? Pourquoi, si elle porte le nom de “Mère”, ses filles n’ont-elles pas une confiance absolue en elle? l’humanité et l’humiliation doivent s’exercer précisément dans ces situations. Cela est-il désagréable à dire? Fort bien! Cela sert à agir en sorte de ne pas avoir besoin, une autre fois, d’une admonestation de ma part ou de sa conscience personnelle ou de qui que ce soit, et d’éviter ainsi la souffrance de devoir ouvrir son âme tourmentée – ou confier l’admonestation reçue – à la Mère du monastère, à celle qui joue le rôle de Marie dans votre “petite maison” de Nazareth. Joseph et moi ne taisions rien à Marie.
Tu as compris, mon petit ange? Sinon, tu ne deviendras pas un grand chérubin! Or je veux que tu le deviennes. Tu m’as donné toutes les racines qui t’unissaient encore à ton “moi”, à ton passé. Mais il te reste la racine de l’orgueil; pas chez toi seule, d’ailleurs, mais en toutes les âmes, sauf celles qui sont déjà grandement renouvelées en moi. C’est cette racine qui fait – mieux, celle qui suce dans la roche le poison de ces pensées: “Je veux agir de moi-même. Je refuse que l’on connaisse cette admonestation.” Non! Arrache-là, arrache-là donc! Laisse-toi planter dans cette plate-bande qu’est le cœur de la Mère prieure. Alors tu deviendras un beau rejet de fleur que j’emporterai au paradis, après avoir fait mes délices de son parfum sur la terre.
Que la paix soit avec toi.»
Lorsque Jésus m’a donné cette direction spirituelle du 7 janvier, il m’a dit en souriant: «A la fin, c’est moi qui deviens le maître des novices et le directeur spirituel extraordinaire de ce monastère! Mais je les aime beaucoup, même si je découvre… les racines cachées et enfermées dans les roches dures de leur humanité. Et j’aime beaucoup sœur Teresa Maria. Je désire l’aider à mener à bien sa charge et à tenir allumée une lumière qui illumine jusqu’aux endroits les plus secrets. Et ce pour le bien de toutes.»