Les Écrits de Maria Valtorta

97. Le 24 août

1943-08-24

Jésus dit:

“Ce sont des créatures humainement parfaites. En elles, tout a atteint à la perfection, excepté leur esprit qui a régressé toujours plus jusqu’à devenir un embryon d’esprit. Elles ont un génie parfait, un sérieux parfait, une honnêteté parfaite, une humilité parfaite. Mais tout est humainement parfait. Leur vertu est une flamme qui ne réchauffe pas. C’est un feu froid. Il n’a pas de valeur pour moi. Je préfère une spiritualité imparfaite à une humanité parfaite.

Une si grande splendeur de perfection humaine est comme la luminosité de cent, de mille lampes. Elles produisent de la lumière; c’est indéniable. Mais c’est une lumière artificielle, laquelle, advenant une panne du moindre mécanisme, meurt aussitôt, et il n’en reste rien. Tandis que l’esprit, même imparfait, est toujours un petit soleil vivant de sa propre lumière, jaillie de la Grâce qui réside en lui. Je parle de l’esprit vivant, c’est-à-dire qui vit en moi, vivifié par la Grâce.

Le fait de posséder une intelligence supérieure, qui leur a permis de pénétrer les mystères de la nature, aurait dû aussi les amener à voir la puissance de Dieu et son existence, dont l’être est inscrit dans toutes les choses créées. Mais rien de cela ne s’est produit. Ce sont des êtres pleins de science, mais à qui il manque le fil qui conduit à la connaissance exacte de ce qui est. Inventeurs de nouveau, mais négateurs de l’éternel; découvreurs de forces secrètes, mais indifférents à la Force des forces, Dieu. Ils ne le cherchent pas, mais au contraire, le nient délibérément. Tout au moins, ils le négligent.

C’est pour cela que la science humaine, indéniablement avancée, ne porte pas de bons fruits, mais des fruits empoisonnés. Il manque dans le cœur et dans l’esprit des scientifiques le feu de l’amour qui fait respecter et aimer Dieu, qui fait respecter et aimer le prochain.

Dans le cas particulier qui nous intéresse, cette femme ne fit aucun tort à son prochain; au contraire, elle lui fit du bien. C’est déjà beaucoup. Mais réfléchis un peu à l’importance de l’impulsion qu’elle aurait donnée à son école, à ses disciples et aux disciples des disciples si, à la fascination de son moi, elle avait uni une religiosité profonde.

Tu peux croire, ma chère âme, qu’à l’heure du jugement, de petites créatures illétrées paraîtront plus grandes que les luminaires de la science. Les premières, allumées par l’amour, seront des étoiles vivantes dans mon ciel. Même si je ne les condamnerai pas à cause du bien qu’elles ont fait sur le plan humain, les autres seront des corps nébuleux dans mon Paradis. Ils seront sauvés par ma miséricorde sans aucun mérite de leur part, sauvés davantage par les prières de ceux à qui ils ont fait du bien que par eux-mêmes.

Maintenant, dis-moi: préfères-tu être une petite nullité dans le domaine du savoir et m’appartenir, toute à moi dans cette vie et dans l’autre, ou aurais-tu aimé être un astre ici-bas et opaque nébuleuse là-haut? Je connais déjà ta réponse et je te dis donc: ‘Tu as répondu sagement’. Va en paix.”

1944-05-15

Une demi-heure après avoir reçu la dictée, j’ai été à deux doigts de mourir à la suite d’une très grave crise cardiaque rétive à toute médication. Mais cela m’importait peu… J’avais le cœur tout heureux des paroles de la Mère. Plutôt dix crises par jour, même par heure, qu’une bonne santé et mon état spirituel du 10 avril au 10 mai!

Depuis samedi je fais pénitence tout spécialement pour les pauvres désespérés. Ils m’ont toujours fait de la peine, même avant cette terrible épreuve. Mais maintenant!… C’est pourquoi, tant que je vivrai, je ferai tous les jours une offrande spéciale à Dieu pour mes “frères désespérés”, afin que Dieu les retire de ce brasier de tourments dans lequel ils se débattent, desséchés et furieux, et qu’il leur accorde ses rosées, sa paix, la foi, l’espérance et la charité.

C’est trop horrible de ne pas t’aimer, de ne pas espérer en toi, de ne pas croire en toi, de ne plus te sentir, mon Dieu! Ne le fais pas, ne le fais à personne. Interdis à Satan et au monde de pousser les hommes au désespoir, fortifie les esprits même s’ils sont indignes, fortifie-les par miséricorde afin qu’ils puissent ne pas désespérer. Punis-les par d’autres maux, s’ils sont indignes de ta bienveillance. Mais pas cela, non, pas cette torture, mon Père!

Je dirai aussi, si j’y arrive, cette oraison jaculatoire que le P. Migliorini m’a conseillé de réciter, pendant ces journées atroces: «Mon Jésus et Dieu, aide-moi», «Mon Dieu, sauve-moi. Je crois en toi.» Je les ai toujours dites, même quand j’étais folle de douleur, de cette douleur qui était due à l’abandon de Dieu.

Il me faut expliquer ici quelque chose pour ne pas être mal comprise. Ce n’est pas que je me sois révoltée devant l’absence de manifestations extraordinaires. Je ne les ai jamais désirées; je ne les ai jamais demandées depuis qu’elles m’ont été accordées. Dieu les donne gratuitement, et aucun de ses enfants ne peut lui imposer de les lui accorder. Mais l’abandon qu’il m’a fait subir fut de me sentir coupée de Dieu.

Avant ces manifestations et tout au long de ma vie, même quand c’était moi qui m’éloignais de lui parce que j’étais extrêmement imparfaite, je sentais mon Dieu proche de moi. Je sentais qu’il veillait sur moi et que tout acte bon, toute prière, tout sacrifice que je faisais était aussitôt accueilli par lui. Il était là, penché sur moi, précisément pour recueillir mes miettes de bien. Même s’il ne m’exauçait pas, il me donnait l’impression d’être toujours à mes côtés car sa paix était en moi, du moins autour de moi, et j’avais la sensation de ne jamais être seule.

Or tout cela avait disparu. Dieu n’existait plus. Il n’y avait plus de ciel. A qui adresser ma prière? Il me semblait que le paradis n’était qu’un mythe. A mes yeux, le firmament, au-delà duquel nous nous figurons que se trouvent Dieu et son paradis, était dépeuplé… Je priais le Néant…

Celui qui n’a jamais fait une telle expérience ne sait pas ce qu’est l’horreur. D’autres fois, je sentais bien que Dieu existait, mais c’était pour me maudire. Je crois que c’est ce que les damnés éprouvent quand ils voient leur Dieu au jugement particulier et quand ils le verront au jugement universel: une terreur de Dieu qui châtie et maudit ceux qui l’ont offensé. Cela également, ceux qui ne l’ont pas éprouvé ne peuvent savoir ce que c’est.

Aujourd’hui dimanche, par exemple, je n’ai reçu aucune dictée. Mais je sens que le paradis est autour de moi, si bien que je suis paisible et heureuse d’une joie surnaturelle. Je sens que ma prière s’é­lève vers Dieu, que mon amour échange des baisers avec l’amour de Dieu…

Je peux subir mille souffrances, mais cette union à Dieu, même si elle est voilée, est une chose qui n’abat pas mais qui exile. Il en va comme d’un aveugle dans une pièce. Il ne voit pas et n’entend aucun bruit autour de lui. Il sait néanmoins que, s’il a le moindre besoin, il lui suffit d’appeler doucement, et quelqu’un vient à lui pour le secourir: cette certitude l’encourage. Je ne sais si j’arrive à bien faire comprendre cette impression.

Je pense – et je suis certaine de ne pas me tromper – que cette chambre, dans laquelle je souffre tellement parce que ce n’est pas celle où le paradis s’est tant manifesté à ma misère[1], me deviendra chère si les yeux de mon Seigneur y brillent. Plus que chère, d’ail­leurs: sacrée. Mais je l’aime déjà un peu parce que j’y sens désormais sa paix. En outre, j’y ai entendu les paroles de Jésus et de Marie. Auparavant, non. Les premiers jours, je l’ai détestée et j’en avais peur… Je n’y sentais plus Dieu.

Or si je ne sens plus Dieu, j’ai peur de tout.

1946-03-08

Je dis: «Que cette croix est lourde!» en faisant allusion à tout ce qui me décourage: la surdité, les incompréhensions, la méfiance, les indécisions, les avarices, les jalousies, toutes spirituelles. Car c’est là ce qui me fait vraiment mal. Ce n’est pas la joyeuse souffrance qui m’unit au Christ en croix!

Jésus me dit alors: «Oui, qu’elle est lourde! Mais c’est la dernière année,92 la plus triste… Et je reste toujours près de toi pour te soutenir en te donnant mon épaule… Courage, petite crucifiée. Courage, par amour pour moi et pour les âmes…»

Je réponds: «Oui…» Mais quand ce sombre chemin sera-t-il terminé, quand serai-je pleinement avec toi, dans ta lumière?…

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Dieu seul est éternel, parce qu’il est incréé. L’homme a un esprit immortel, puisque celui-ci est créé par Dieu, et est depuis lors toujours vivant, que ce soit durant son existence, dans la gloire ou dans la damnation.

L’homme aurait pu être immortel s’il n’avait pas péché en Adam. C’est un don gratuit de Dieu au corps de l’homme : étant matière, il aurait dû suivre les lois de la nature, mais en tant que vêtement de l’esprit immortel, il ne fait qu’un avec lui. Si l’homme n’avait pas démérité du don qui lui était fait, il ne serait pas mort (à notre manière), mais il serait passé directement du paradis terrestre à celui des Cieux, sans les affres de la mort.

L’âme ne peut mourir, parce qu’elle est spirituelle. Le corps le peut, puisqu’il est composé de matière qui se décompose, et est désormais frappé par le châtiment dû au péché originel. Mais la mort n’existe pas pour ce qui n’est pas composé de matière et n’est pas doté d’extension, comme l’âme spirituelle.

“Puisque telle est sa nature, l’âme ne peut être divisée ni partagée, ni lacérée ni déchirée, par conséquent elle ne peut mourir.” D’une certaine manière, la mort est en effet la scission, la séparation et l’éloignement de ces parties qui auparavant étaient unies (Cicéron). [Voir Dante, le Purgatoire 25, v. 79-84 : “E quando Lachesis non ha più [del] lino, – solvesi dalla carne (l’anima), ed in virtute – seco ne porta e l’umano e il divino – l’altre potenze tutte quante mute : – memoria, intelligenza e volontade – in atto, molto più che prima acute.”)[2]

Les païens comme les chrétiens reconnaissent donc que, comme le dit Horace, après la mort du corps, l’âme “impavidam fenent ruinae”, en français elle continue sans crainte à exister sur les ruines de la matière.

Seul Dieu peut détruire l’âme. Car, en maître absolu de la Création, il peut tout, créer comme détruire. Mais il ne peut vouloir détruire ce qu’il a lui-même créé par sa divine volonté et son divin souffle, dans un but d’amour. S’il avait voulu doter l’homme d’une âme qui ne soit qu’intelligente et raisonnable, il aurait pu le faire. Ce genre d’âme aurait servi à faire de l’homme le roi de la Création. Mais cela n’aurait pu faire de lui le fils adoptif de Dieu, fait à son image et à sa ressemblance, précisément parce que son âme est libre, immortelle, et parce qu’elle est le temple de la grâce (du moins elle aurait dû l’être).

Peut-on s’imaginer que ce don de Dieu si sublime qu’est la grâce aurait pu périr avec la mort de la matière et de l’âme ? L’âme peut mourir à la grâce, par conséquent à la Vie. Mais elle ne peut être détruite, car dans la pensée éternelle de Dieu elle fut créée immortelle et avec comme fin ultime la possession et la jouissance de Dieu.

Si Dieu a voulu que l’âme soit immortelle, c’est par amour pour le chef-d’œuvre de sa création, qui est une part[3] de lui-même infusée en l’homme, et pour satisfaire son amour infini et insatiable par l’amour que les esprits créés qui lui seront fidèles, lui porteront au cours des siècles. Plus le peuple céleste des âmes fidèles sera nombreux, plus son amour sera ardent et joyeux.

L’instinct naturel qui pousse les âmes à adorer un Dieu, à le chercher, à le servir, est une preuve de l’existence de l’âme, de sa nature et de son origine. Aucun bonheur humain ne comble vraiment le cœur. Aucune science humaine ne rassasie vraiment l’intelligence. Insatisfaits, le cœur et l’intelligence sentent que ce qu’ils possèdent est imparfait, et ils cherchent. Ce désir de recherche vient de l’âme, qui tend au Bien suprême et infini, mais il n’est pas apaisé par ce qui est limité dans le temps et par la puissance, car cela déçoit aisément.

Dieu ne suscite pas de désirs irréalisables chez sa créature, pas plus que d’instincts inutiles : sa Sagesse aimante, infinie, parfaite, ne met en elle que des tendances qui lui permettent d’atteindre son but, afin que, après l’effort, elle y trouve ce qui la comble.

Il accorde aux animaux la possibilité de satisfaire leurs instincts. A plus forte raison et avec une plus grande perfection, il permet à l’homme, le chef-d’œuvre de sa création, de satisfaire son instinct spirituel, qui est de parvenir au parfait bonheur éternel, surnaturel : l’homme, en effet, ne peut être satisfait autrement qu’en reposant en Dieu, son Créateur.

A l’insu de l’âme humaine, Dieu y a sculpté les formules de la Loi, ainsi que le but à atteindre et la récompense que l’obéissance lui procure. Loi naturelle, loi morale, loi spirituelle, voix de la conscience, souffle de l’esprit, tout cela est, pour l’âme spirituelle de l’homme, une force qui crie “fais” ou hurle “ne fais pas”, tandis que, du haut des Cieux, une Lumière attire et indique la fin véritable, la vraie joie dans l’ordre, dans la paix, dans la possession du Royaume de Dieu.

Cette loi, cette voix, cette force ne font pas violence à la liberté de l’homme mais conseillent sa volonté, laquelle est libre d’accepter ou de repousser ce conseil. Mais comme il a été dit au début matériel de la Rédemption [Lc 2, 14] que la “paix [sera donnée] aux hommes de bonne volonté”, il est aussi sous-entendu qu’une punition atroce attend les hommes qui n’auront pas fait preuve de cette bonne volonté et qui auront adhéré à la triple concupiscence, bafouant ainsi l’aspiration instinctive au Bien suprême. Une horrible condamnation, une seule : souffrir pour l’éternité, dans le désespoir, de la perte du Bien dont ils n’auront pas voulu écouter les appels d’amour pendant leur vie. Dieu en effet donnait des impulsions à leur esprit, mais eux s’en moquaient, ils servaient et suivaient le démon, la chair, le monde.

J. C.

En dépit des apparences et des démolitions des sans-Dieu, jamais le besoin de connaître Dieu et son Christ ne s’est fait sentir avec autant de force qu’aujourd’hui, en particulier chez les personnes cultivées. La vie intellectuelle, la vie naturelle ne rassasient pas les cœurs déçus. Même s’ils ne veulent pas l’avouer, tous pressentent qu’il existe une autre source de vie, la vie véritable, celle qui apaise, et qu’elle se trouve dans la connaissance de Dieu et de son Christ.

Les siècles, la science, les découvertes, les doctrines ont repoussé la figure du Christ comme une figure dépassée. Mais il reste au fond des consciences un certain désir pour le Répudié, une souffrance due à cette privation que l’espèce humaine s’est créée à elle-même. En bas pour consoler des misères. En haut pour renforcer la science, qui ressent un besoin de protection, et le manque d’une voix capable de guider sa pensée, ses recherches, ses créations. Qu’on le reconnaisse ou non, qu’on lui donne son nom exact ou non, on assiste partout à un vif désir d’un retour à Jésus-Christ pour résoudre des problèmes sociaux comme individuels, scientifiques et moraux : revenir à Celui qui est vie, vérité, voie, lumière et paix, Celui qui est la source de toute grâce. Il y a une vraie soif de boire à cette source de vie qu’est l’Evangile du Christ, de se renouveler en lui, de se rechristianiser, de se sauver. Lui seul est Salut.

Il est, lui, la Lumière, l’Etoile du matin sur les ténèbres des siècles. Il est l’Orient : le Soleil, le vrai Soleil. Et de même que le soleil centralise autour de son corps incandescent tous les astres et les planètes, de même qu’il est le roi du firmament ainsi que le régulateur cosmique de la vie et du mouvement des astres, Jésus-Christ est le centre autour duquel gravite l’histoire humaine, avant comme après son avènement et jusqu’à la fin des siècles, et c’est de lui qu’elle tire sa vie : vie d’espérance d’abord, puis vie de foi, vie de charité toujours.

Jésus-Christ est l’Homme-Dieu. Il a été clairement prophétisé depuis le commencement des temps en tant que Jésus et en tant que Christ, selon l’étymologie des deux noms. La première Révélation de lui remonte au jour de la Faute et de la condamnation, prononcée par la voix de Dieu lui-même, puis se répand dans toute la création, dans laquelle seuls l’homme et la femme n’étaient plus exempts du mal. A cause d’eux et pour eux, cette création allait faire l’expérience de la souffrance et de la férocité, de la trahison, de la rébellion, du contact avec Satan, devenu désormais le corrupteur et le tourment du monde. La Révélation se poursuit par l’intermédiaire des patriarches et des prophètes au cours des siècles. Elle continue même, comme un écho voilé ou un éclair de lumière couvert par les brumes du paganisme, à travers la voix des philosophes, des poètes ou des hauts esprits des peuples païens. De quel grand homme ou de quelle découverte de génie — mais qui soit purement humaine — a-t-on un témoignage qui soit si ancien, si sûr, si immuable et si antérieur à sa venue que les témoignages qui portent sur le Christ ?

L’homme se trompe lorsqu’il prophétise sur ses contemporains. Il tient des hypothèses scientifiques pour des vérités. Mais une seule génération suffit à faire mentir les prophéties et les pseudo-vérités sur un homme ou une découverte. Et l’homme célébré comme un sauveur finit en malfaiteur. L’axiome scientifique ou la découverte qui remplit le monde d’enthousiasme tombe dans l’obscurité et dans l’oubli des choses passées, désuètes. Mais l’annonce de la venue du Verbe de Dieu incarné dans le sein d’une Vierge — la Femme qui écrasera du talon la tête lubrique du Serpent —, le Christ Sauveur : Jésus-Christ, l’Homme des douleurs, le Prince de la paix, le Roi des rois, le Vainqueur de Satan, du péché et de la mort, l’annonce de cette venue n’a jamais disparu à cause de quelques vicissitudes que ce soit, de malheurs ou de gloires, ni en raison de l’apparition de grands rois, empereurs, empires. Bien au contraire, elle se précise, ses détails se font plus évidents, comme un tableau sur lequel la lumière se renforce, un poème récité de plus en plus près. Cela tient à ce que la vérité de Jésus Fils de Dieu est une vérité divine. Et cette clarté immuable, qui évolue uniquement dans le sens d’une plus parfaite précision de ses détails confirmés par les faits, constitue le premier des nombreux miracles qui clament avec l’évidence qu’imposent les faits la nature divine de Jésus-Christ.

Tout au long des siècles, bien des hommes ont surgi comme fondateurs ou réformateurs de religions. Ils reçurent toujours le nom de fondateurs, de prophètes, de réformateurs, d’envoyés de Dieu, et c’est comme tels qu’ils furent écoutés et suivis. Mais jamais personne ne les a proclamés “Dieu”, pas même eux. Seul Jésus le dit de lui-même, car il l’est tout en étant véritablement homme, sans que sa nature divine soit séparée de sa nature humaine, et sans que sa nature humaine absorbe sa nature divine : c’est une unique personne avec deux natures. Ce n’est pas dû à ce que l’Esprit de Dieu, le Verbe divin, se serait insufflé pour une durée limitée dans le corps d’un homme né d’un mariage humain, pour former une union purement morale des deux natures. La raison en est que le Verbe a pris chair dans le sein de Marie, il y est “descendu” de même qu’il s’est “élevé”, vrai Dieu dans un vrai corps, il a pris chair dans le sein de Marie par une opération de conception divine et, avant même qu’existe la chair qui revêtait l’âme immaculée du Christ, le Verbe était déjà dans son tabernacle de grâce : le sein de Marie.

C’est pourquoi, en toute vérité et justice, on peut donner à Jésus le nom d’Homme-Dieu, d’Emmanuel : Dieu parmi nous. Comme Verbe sans qu’il soit besoin d’une onction royale, parce qu’il est perfection et royauté infinies. Comme Homme-Dieu oint par Dieu lui-même avec les feux de l’amour pour être le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, non seulement dans le Royaume des Cieux, mais aussi dans le monde et sur le monde, jusqu’à la fin des siècles, pour être le Fondateur du Royaume de Dieu, de son Royaume, parmi les nations, à travers les temps, et dans le cœur des hommes.

L’erreur des juifs était le fruit de leur orgueil : ils ne reconnaissaient dans le Messie que le roi temporel, le libérateur, celui qui devait rendre sa grandeur à Israël, et à lui seul. L’orgueil aveuglait les rabbins et les scribes, il les rendait lents à comprendre les prophéties — pourtant claires — dans lesquelles il est dit à bien des passages que Celui qui naîtrait d’une vierge de la race de David à Bethléem Ephrata allait devenir lumière pour les nations et salut jusqu’aux extrêmités du monde. Le Roi infini aurait-il donc pu se limiter à un royaume fini ? Fini dans l’espace et dans le temps ? Celui “par qui toute chose a été faite” aurait-il pu, sans avilir son infinité, se satisfaire du royaume humain d’Israël, si petit par rapport au Tout ? Celui qui est éternel comme Verbe et éternellement engendré par le Père, et qui a été un jour divinement engendré comme Messie (Ps. 2, 7) dans le sein d’une vierge, pouvait-il mourir et se corrompre comme tout roi terrestre, alors qu’il est l’Homme-Dieu, donc immortel par divinité et immortel parce qu’il est immaculé et plénitude de grâce, nouvel Adam, sans péché, Agneau sans défaut, Agneau de Dieu, immolé mais non détruit, consumé par amour, ressuscité par justice, pour apporter aux hommes le salut, la grâce, ainsi que la très douce espérance de l’avenir éternel des justes : le retour à la Patrie céleste après l’exil, la jouissance ineffable de Dieu pour l’éternité ?

Jésus-Christ est Dieu. C’est lui qui l’affirme quand il répond personnellement aux insinuations des hérétiques de son temps, les pharisiens qui, ne pouvant dénier toute valeur au Christ, disaient ou laissaient entendre qu’il était Moïse, Elie, Jérémie ou quelque autre grand prophète réincarné, ou encore l’esprit de Jean-Baptiste transfusé après sa mort dans le corps d’un juste d’Israël. Les apôtres aussi assurent qu’il est Dieu. Les démons eux-mêmes le disent avant d’être expulsés des possédés. Les anges le déclarent avec assurance, comme Gabriel à l’Annonciation, ou à Zaccharie par un avis nuancé de prudence céleste. On le voit aussi quand ils servent Jésus après la tentation au désert, ou lorsqu’ils le réconfortent à Gethsémani, ou encore par leurs paroles aux femmes après la Résurrection. Enfin, c’est proclamé par une voix que nul ne saurait mettre en doute, celle du Père, au Jourdain, sur le mont Thabor, ou au Temple. Enfin sa doctrine très parfaite, ses miracles, sa seigneurie sur toute chose (les éléments comme les lois physiques), et même sur la mort montrent bien qu’il est Dieu.

Des prophètes avaient bien ressuscité des morts, mais comme leur œuvre de résurrection était laborieuse ! Jésus prend dans ses mains celle de la fille de Jaïre et lui ordonne de se lever ; et la vie de Jésus Vie passe par le toucher et entre dans la fillette. Jésus ne touche même pas le fils de la veuve, il ordonne : “Lève-toi !”, et la puissance de la parole divine suffit à faire revenir la vie dans le jeune homme. Jésus ne s’approche pas de Lazare décomposé, bien au contraire il recule devant l’horreur de la corruption mais — symbole très puissant et insuffisamment médité de la mission de Jésus parmi l’humanité déchue — il ramène de la fosse putride — un tombeau — à la lumière, à la vie nouvelle celui qui est mort, enseveli sous toutes les lourdeurs et les dissolutions de la mort. Lazare est la figure de l’humanité déchue de son incorruptibilité de fille bien-aimée de Dieu, déifiée, et donc exempte de corruption, par grâce. Jésus est la figure de la Grâce elle-même qui se répand et tire de la mort, rendant la grâce et par conséquent la vie éternelle.

[Ps 2, 7] Jésus est Fils de Dieu au sens propre de la phrase “aujourd’hui, je t’ai engendré”. Le verbe utilisé dans ce verset prophétique est celui qui servait, en hébreu, à désigner la génération naturelle, pas spirituelle ou symbolique.

Les hommes sont tous enfants de Dieu puisqu’il se fait lui-même appeler “Père” par eux. Mais il s’agit là d’une filiation relative : elle vient de la ressemblance et de l’image que le Créateur a voulu partager avec ses créatures, dans leur âme, par le don de la grâce et en raison de la finalité de l’homme, qui est d’être cohéritier du Royaume des Cieux.

Jésus est Fils de Dieu d’une manière bien différente. Il est le Fils éternel d’un Père éternel comme Dieu : [Jn 1, 1] “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.”

Il est Fils dans le temps pour sa mission de rédemption et pour vous rendre la filiation relative, par la grâce qui vous ouvre le Ciel, avec votre Père.

Fils dans le temps : [Jn 1, 14] “Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique.”

Fait chair dans le sein de la Vierge par l’Esprit Saint, descendu sur elle pour ombrager le miroir de Dieu, sans tache, par la puissance du Très-Haut ; c’est pourquoi Jésus, qui fut conçu et enfanté sans aide humaine, sera dit “Fils de Dieu”.

La Vérité divine dit à propos d’elle-même : [Jn 20, 17] “Mon Père et le vôtre.” Elle fait donc la distinction entre les deux formes de filiation de l’Homme et des hommes. Elle dit : [Jn 10,30 ; 16, 28 ; 17, 5 ; 17 21] “Le Père et moi nous sommes Un… Je quitte le monde, et je pars vers le Père. Glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe… Tu es en moi, et moi en toi.” Elle dit : “Car nul n’est monté au Ciel sinon celui qui est descendu du Ciel, le Fils de l’homme.”[Jn 3, 16-18]“Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.” “Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde…” “Ce- lui qui ne croit pas… au nom du Fils unique de Dieu.” [Jn 8, 42 ; 16, 28] “Je dis ce que moi, j’ai vu auprès de mon Père … car c’est de Dieu que je suis sorti… Je suis sorti du Père.” [Mt 26, 63-64] Et encore, à Caïphe : “Je suis le Fils de Dieu… Vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant.”

[Mc 1, 11] Le Père dit : “Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie.” [Jn 12, 28] “Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore.”

En revêtant Pierre d’esprit prophétique, à Césarée de Philippe, l’Esprit Saint dit : [Mt 16, 16] “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”, ou encore il met sur les lèvres de Pierre, aussitôt après la Pentecôte : “Elevé à la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis”, et il poursuit : [Ac 2, 33 ; 3, 15] “lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts.”

Quant à la Pleine de Grâce, elle dit : [Lc 1, 38] “Qu’il me soit fait selon ta Parole.”

Elisabeth, Zacharie et Jean le Précurseur, tous inspirés par l’Esprit Saint, disent : [Lc 1, 43 ; 1, 68-79] “Comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ?” “Béni soit le Seigneur… Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l’avait promis par la bouche des prophètes… Tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins… quand nous visite l’astre d’en-haut.” [Jn 1, 29-34] “C’est de lui que j’ai dit : “L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était… J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui… Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.”

[Lc 2, 33-38] C’est encore de lui comme Homme-Dieu que témoignent Syméon et Anne, fille de Phanuel ; [Mc 5, 7 ; 15, 39] les démons eux-mêmes le proclament “Saint de Dieu et Fils du Très-Haut.” Et après sa mort, le militaire païen s’exclame : “Celui-ci était le Fils de Dieu.”

(1) Note : Certains pourraient objecter que Lazare, ou même Abraham, ne pouvaient être ni glorieux ni bienheureux, puisque le fait d’être encore dans les limbes les tenait encore séparés de la lumière de Dieu, de l’union d’amour et de gloire avec lui, enfin de l’admiration des anges. Il faut leur rappeler ce qui suit : en ce qui concerne les anges, qui étaient les gardiens des saints Pères et des justes rassemblés dans les limbes, ils jubilaient déjà de la gloire méritée par ceux qu’ils gardaient, gloire qui attendait la Rédemption pour leur être accordée. Et en ce qui concerne la lumière et l’union d’amour avec Dieu, il faut se souvenir que — comme le précise la définition théologique sur la connaissance des âmes en voie de purification — “la connaissance parvient aux âmes déjà séparées du corps par une action directe de Dieu, qui est Lumière éternelle”.

Connaissance relative, certes, mais qui se fait toujours plus ample, plus vive, plus lumineuse au fur et à mesure que la purification s’effectue, jusqu’à passer, de “connaissance”, à la “vision béatifique” au moment où, toute peine étant expiée, l’âme entre au Paradis.

Si donc les théologiens admettent que même les âmes en voie de purification ont une connaissance relative de Dieu et une certaine participation à sa vie d’amour, déjà infiniment plus profonde que ce dont pourrait jouir sur la terre une âme déjà bien avancée en perfection, il est permis de croire que ceux qui attendent, dans les limbes, l’ouverture des Cieux et l’entrée dans le Royaume glorieux qu’ils ont méritée, font déjà l’objet de l’admiration des anges et resplendissent déjà des lumières spirituelles de l’amour mutuel entre Dieu et ses saints, et les proches habitants du Royaume des Cieux.

Si les artisans de la purification au Purgatoire sont les souffles très ardents de l’Esprit de Dieu — c’est-à-dire l’Amour —, et ceux, brûlants, des âmes désireuses de réparer leurs omissions, tiédeurs ou fautes envers l’amour, si ce sont les flammes et les lumières du divin Amour qui portent les âmes en peine à une contemplation et à une connaissance intuitive qui s’accroît à chaque nouvel épanchement de lumière et d’ardeur divines — et l’âme se purifie à chaque accroissement —, il est logique de croire que les saints des limbes ne se sont pas vu refuser une contemplation et une connaissance intuitive de Dieu encore plus profondes que celles que la théologie admet être accordées aux âmes en voie de purification. Cette connaissance est déjà pour elles source de paix et de joie — bien que relatives —, et prélude à la paix et à la joie d’une étendue et d’une durée sans limites qui constitue la récompense éternelle. Comme le dit saint Paul, “nous verrons [Dieu] face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.”[1 Cor 13, 12]

1ère période : l’actuelle, dite des “Précurseurs” de l’Antéchrist.[4]

2ème période : celle de l’Antéchrist à proprement parler. Il sera aidé par les deux manifestations de la Bête : la violence, et l’autre qui vainc avec une douceur feinte.

Ce sera une époque de combats terribles, aussi bien sur le plan humain (guerres, etc) que surnaturel (tentations sur la doctrine, etc.).

Pendant ce temps, Dieu essaiera de rappeler l’homme à revenir à lui par des châtiments saints, puisque utilisés pour sanctifier.

Une fois ceux-ci épuisés sans grand résultat, Satan sera enchaîné un certain temps, avec la défaite de l’Antéchrist et de ses alliés naturels (les puissants de la terre) et surnaturels (les deux manifestations de Satan).

3ème période : un temps de pause pour rassembler les forces des hommes et les orienter vers le Ciel.

Mon Royaume de [sur ?] la terre.

Ce sera le prodige de la grâce répandue comme un déluge pour sauver.

Mais, par un effet contraire à celui de Noé, la plus grande partie des hommes [des cœurs ?] se fermera, et se barricadera dans les forteresses laissées par Satan. Seuls ceux qui ne seront pas sataniques resteront à l’extérieur et seront submergés par la grâce, lavés et illuminés par elle.

4ème période : une fois passé le temps destiné par ma sagesse à l’épreuve extrême, je laisserai Satan revenir pour la dernière fois. Le temps de Satan sera sept fois sept fois plus cruel que celui de l’Antéchrist. Le roi du mal courra de tous côtés pour réunir ses adeptes quand le Mal sera vaincu par le Bien, et maudit pour l’éternité là où […] dans son royaume infernal comme, moi, j’ai […] les miens dans le Royaume des Cieux. [Toute la phrase est difficile à lire, et nous avons dû omettre certains mots indéchiffrables].

5ème période : Le Jugement dernier. Ce sera mon heure de triomphe, car mon être aura atteint son but : le salut du genre humain qui s’est souvenu qu’il est fils du Très-Haut.

« L’ordre ne change pas.

Tu restes anonyme, en Italie comme à l’étranger.

Tu renonces à tes moindres besoins pour rechercher uniquement le bien des âmes, cela doit être ta seule préoccupation.

Que les “dix commandements” et les “œuvres de miséricorde”, soient extraits comme seules leçons, sans autre ajout, pour être les deux seuls passages choisis, et cela pour l’étranger. Sans imprimatur, pour ne causer d’ennui à personne. Quant à toi, il te suffit d’en avoir une copie.

En Italie, les Douleurs de ma Mère, dactylographiées et sans imprimatur, anonymes là encore.

Ces trois passages, parce que l’on oublie trop les Commandements de la Loi et les œuvres de miséricorde et d’amour ; et on prend trop peu en considération tout ce que ma Mère a souffert pour vous enfanter à la grâce.

Dès qu’une copie des deux passages que j’ai indiqués sera arrivée de l’étranger, je donnerai des ordres supplémentaires. »

« Et l’Heure sainte ? »

« Elle doit continuer à être faite comme elle l’a été jusqu’ici. Sans impression, sans imprimatur et anonyme. En Italie, il faut absolument respecter en tout point le silence sur toi et autour de toi. »

“Anco intoppo trovo, sempre raggiungo il segno” (Quand bien même je rencontre des obstacles, j’atteins toujours le but) – Ferrobaldo.

“Burrasca non mi spegne, ma facemi più viva” (La tempête ne m’éteint pas, elle me rend plus vive) — Fuocardo.

“Dall’imo alla vetta senza bruttura” (De l’abîme à la cime sans égratignure) — Selvaggio.

“Non secondo al leone, per Iddio e per me” (Pas inférieur au lion, pour Dieu et pour moi) — Leomoro.

J’avais inséré ces quatre devises des anciennes Laurana de S. Cristina dans l’œuvre que j’ai écrite : c’était, cachée sous d’autres noms et conditions sociales, l’histoire de ma vie toujours si pleine de combats, semée d’oppression, d’incompréhensions, de douleurs à n’en plus finir.

J’espérais pouvoir publier cette œuvre parfaite et forte. Mais, comme toujours, je n’ai pas eu cette joie. J’ai été empêchée de le faire par manque d’argent, volatilisé en raison de ma longue maladie.

Pour tout détruire, ce commandement de Jésus est arrivé : « Brûle tout. C’est seulement pour l’Œuvre que tu dois être connue comme écrivain. »

Obéissante au doigt et à l’œil comme je le suis toujours, j’ai fait brûler ce chef-d’œuvre. Cette obéissance m’a coûté beaucoup, et cela me pèse encore, mais il faut toujours faire la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit, et quoi qu’elle coûte !

[Cet écrit non daté que nous avons placé en clôture se trouve sur un feuillet glissé dans une enveloppe, sur laquelle Mère Teresa Maria di S. Giuseppe, la carmélite déchaussée qui fut la grande confidente de Maria Valtorta, a écrit : “Feuillet de Maria V. concernant le roman ‘Cuore di una donna’, et lignes de Marta”.

Ces lignes de Marta, sur un autre feuillet, sont les suivantes : Correspondance diverse et son écrit sur l’ordre de brûler le livre “Cœur d’une femme” que, personnellement, je n’ai pas voulu brûler à son insu, et qui existe donc toujours. Marta Diciotti, le 15 février 1962.

Par la suite, le volumineux manuscrit fut confié à l’éditeur

Emilio Pisani avec la lettre suivante :

Viareggio, le 15 août 1978.

Cher Emilio,

Je te confie le manuscrit du “Cœur d’une femme” qui doit être détruit, comme Maria a dû me le dire. Mais je ne l’ai pas fait. Toi qui as le moyen de le brûler, tu peux le faire quand tu veux. Mais pas après ma mort.Marta Diciotti.

Sans l’avoir jamais lu, les époux Emilio Pisani et Claudia Vecchiarelli ont brûlé dans la cheminée de leur maison le volumineux manuscrit du roman “Le Cœur d’une femme”, dont Maria Valtorta parle même dans son Autobiographie, vers la fin du premier chapitre de la septième partie].

97.1

Presque aussitôt après, je vois ce qui suit :

Encore la place du marché de Capharnaüm. Mais c’est à une heure plus chaude où le marché est déjà fini et il ne reste sur la place que des désœuvrés qui discutent et des enfants qui jouent.

Jésus, au milieu de son groupe, vient du lac vers la place, en caressant les enfants qui accourent à sa rencontre et en s’intéressant à leurs confidences.

Une petite fille lui montre une grande éraflure saignante sur son front et elle accuse son petit frère de la lui avoir faite.

« Pourquoi as-tu fait mal à ta sœur ? Ce n’est pas bien.

– Je ne l’ai pas fait exprès. Je voulais cueillir ces figues, et j’ai pris un bâton, mais il était trop lourd et il est tombé sur elle… Je les cueillais aussi pour elle.

– C’est vrai, Jeanne ?

– C’est vrai.

– Dans ce cas, tu vois bien que ton frère n’a pas voulu te faire du mal. Il voulait même te faire plaisir. Alors faites tout de suite la paix et donnez-vous un baiser. Les bons frères et même les bons enfants ne doivent jamais connaître la rancœur. Allons… »

En larmes, les deux enfants s’embrassent. Ils pleurent tous deux : l’une de la souffrance de l’égratignure, l’autre de la douleur d’avoir fait souffrir.

Jésus sourit devant ce baiser baigné de larmes.

« Voilà ! Maintenant, comme je vois que vous êtes sages, je vais vous cueillir des figues moi-même, et sans bâton. »

Je le crois bien ! Grand comme il est, avec ses longs bras, il y arrive sans peine. Il fait la cueillette et la distribution.

Une femme accourt :

« Prends, prends, Maître, je vais t’apporter du pain.

– Non, non, ce n’est pas pour moi. C’est pour Jeanne et Tobie. Ils en avaient envie.

– Et vous avez dérangé le Maître pour ça ? Ah ! Ils ne manquent pas de culot ! Pardonne-leur, Seigneur.

– Femme, c’était pour faire la paix… et je l’ai faite avec l’objet même du litige : les figues. Mais les enfants ne dérangent jamais. Les figues bien sucrées, c’est un plaisir pour eux, et ce qui fait mon plaisir à moi, c’est leur douce âme innocente. Elle m’enlève tant d’amertume…

– Maître… ce sont les seigneurs qui ne t’aiment pas, mais nous, le peuple, nous t’aimons bien. Eux, on les compte sur les doigts, alors que nous, nous sommes si nombreux !

– Je le sais, femme. Merci de ton réconfort. Que la paix soit avec toi. Adieu, Jeanne ! Adieu, Tobie ! Soyez gentils. Sans vous faire de mal et sans vous vouloir du mal, n’est-ce pas ?

– Oui, oui, Jésus » répondent les deux petits.

97.2

Jésus se met en route et dit en souriant :

« Maintenant que tout s’est apaisé grâce aux figues, allons à… Où pensez-vous que nous allons ? »

Les apôtres ne savent pas ; les uns indiquent un endroit, les autres proposent ailleurs. Jésus secoue toujours la tête et rit.

Pierre intervient :

« J’y renonce à moins que tu ne le dises… J’ai des idées noires aujourd’hui. Tu ne l’as pas vu, mais quand nous avons débarqué, Elie, le pharisien, était présent. Plus jaune encore que d’habitude. Et il nous regardait d’un air !

– Laisse-le donc regarder !

– Hé ! Bien obligé ! Mais je t’assure, Maître, que pour faire la paix avec celui-là, il faudra plus de deux figues !

– Qu’ai-je dit à la mère du petit Tobie ? “ J’ai fait la paix avec l’objet même du litige. ” De la même manière, je tâcherai de faire la paix avec les notables de Capharnaüm en leur témoignant du respect, puisque selon eux je les ai offensés. D’ailleurs, cela satisfera quelqu’un d’autre.

– Qui ? »

Jésus ne répond pas à cette question et poursuit :

« Je ne réussirai pas, probablement, car il leur manque la volonté de faire la paix. Mais écoutez-moi : dans toutes les disputes, si le plus prudent savait céder et ne pas s’acharner à vouloir avoir raison, s’il se montrait conciliant, quitte à partager en deux l’objet du litige – même si, je veux bien l’admettre, il est dans son bon droit –, ce serait mieux et plus saint. On ne nuit pas forcément par désir de nuire. Il arrive qu’on fasse du mal sans le vouloir. Pensez toujours à cela et pardonnez. Elie et les autres croient servir Dieu avec justice en agissant comme ils le font. Je chercherai, avec patience et constance, avec beaucoup d’humilité et de bonne grâce, à les persuader qu’un temps nouveau est venu et que Dieu veut désormais être servi d’après mon enseignement. La ruse de l’apôtre, c’est la bonne grâce, son arme la constance, le secret de la réussite, l’exemple et la prière pour ceux qu’il faut convertir. »

97.3

Ils sont arrivés sur la place. Jésus va tout droit au comptoir de la gabelle où Matthieu est en train de faire ses comptes et de vérifier les pièces de monnaie. Il les répartit par catégories en les mettant dans des sacs de diverses couleurs qu’il place dans un coffre de fer que deux serviteurs attendent de transporter autre part.

A peine l’ombre projetée par la grande taille de Jésus s’allonge-t-elle sur le comptoir que Matthieu lève la tête pour voir qui vient le payer en retard. Pierre tire alors Jésus par la manche pour lui dire :

« Il n’y a rien à payer, Maître. Que fais-tu ? »

Mais Jésus ne répond pas. Il fixe les yeux sur Matthieu, qui s’est levé immédiatement en signe de respect. Un second regard pénétrant. Mais ce n’est pas, comme l’autre fois, un regard de juge sévère. C’est un regard d’appel, un regard aimant, qui l’enveloppe, le pénètre d’amour. Matthieu rougit. Il ne sait que faire, que dire…

« Matthieu, fils d’Alphée, l’heure a sonné. Viens. Suis-moi, lui déclare Jésus majestueusement.

– Moi ? Maître, Seigneur ! Mais sais-tu qui je suis ? C’est pour toi, pas pour moi, que je le dis…

– Viens, suis-moi, Matthieu, fils d’Alphée, répète Jésus plus doucement.

– Ah ! Comment puis-je avoir trouvé grâce auprès de Dieu ? Moi… Moi…

– Matthieu, fils d’Alphée, j’ai lu dans ton cœur. Viens, suis-moi. »

Cette troisième invitation est une caresse.

« Oh ! Tout de suite, mon Seigneur ! »

En larmes, Matthieu sort de derrière le comptoir sans plus s’occuper de ramasser les pièces de monnaies éparses ou de fermer le coffre. Rien.

« Où allons-nous, Seigneur ? demande-t-il quand il est près de Jésus. Où me conduis-tu ?

– Chez toi. Veux-tu donner l’hospitalité au Fils de l’homme ?

– Oh !… mais… mais que vont dire ceux qui te haïssent ?

– Moi, j’écoute ce qu’on dit au Ciel, et j’entends : “ Gloire à Dieu pour un pécheur qui se sauve ! ” Et le Père dit : “ La miséricorde se lèvera éternellement dans les Cieux et se répandra sur la terre et puisque je t’aime d’un amour éternel, d’un amour parfait, je te fais miséricorde à toi aussi. ” Viens. Que par ma venue, ta maison, en plus de ton cœur, soit sanctifiée.

– Je l’ai déjà purifiée par l’espérance que j’avais dans l’âme… mais que ma raison ne pouvait croire vraie… Oh ! M’admettre dans la compagnie de tes saints… » et il regarde les disciples.

« Oui, avec mes amis. Venez. Je vous unis. Et soyez frères. »

Les disciples en sont tellement stupéfaits qu’ils n’ont toujours pas su que dire. Ils ont marché en groupe, derrière Jésus et Matthieu, sur la place tout ensoleillée et maintenant totalement déserte, par un bout de route qui brûle sous un soleil éblouissant. Il n’y a pas âme qui vive dans les rues, rien d’autre que le soleil et la poussière.

97.4

Ils entrent dans la maison. C’est une belle maison avec une large entrée qui donne sur la rue, et une jolie cour ombragée et fraîche, au-delà de laquelle on en voit une grande, organisée en jardin.

« Entre, mon Maître ! Apportez de l’eau et des boissons. »

Les serviteurs accourent avec tout ce qu’il faut. Matthieu sort pour donner des ordres, pendant que Jésus et les siens se rafraîchissent, puis il revient.

« Viens maintenant, Maître. La salle est plus fraîche… Des amis vont bientôt arriver… Ah ! Je veux que ce soit grande fête ! C’est ma régénération… C’est ma… ma véritable circoncision… Tu m’as circoncis le cœur par ton amour… Maître, cette fête sera la dernière… Désormais, plus de fêtes pour Matthieu le publicain. Du moins, plus de fêtes de ce monde… Seulement la fête intérieure d’être racheté et de te servir… d’être aimé de toi… J’ai tant pleuré, ces derniers mois… Cela fait presque trois mois que je pleure… Je ne savais comment faire… Je voulais venir… Mais comment venir à toi, le Saint, avec mon âme souillée ?…

– Tu l’as lavée par ton repentir et ta charité pour moi et pour ton prochain. Pierre ? Viens ici. »

Pierre, qui n’a pas encore parlé tant il est ébahi, s’avance. Les deux hommes, tous deux âgés, petits, trapus, se font face, et Jésus est entre eux deux, souriant, beau.

« Pierre, tu m’as demandé bien des fois qui était l’inconnu de la bourse apportée par Jacques. Le voici devant toi.

– Qui ? Ce vol… Oh ! Pardon, Matthieu ! Mais qui pouvait penser que c’était toi ? Que toi, qui nous désespérais par ton usure, tu puisses être capable de t’arracher chaque semaine un morceau de ton cœur pour nous faire cette grosse offrande ?

– Je le sais. Je vous ai injustement taxés. Mais je m’agenouille aujourd’hui devant vous tous et je vous supplie de ne pas me renvoyer. Lui, il m’a accueilli. Ne vous montrez pas plus sévères que lui. »

Pierre, qui a Matthieu à ses pieds, le relève d’un coup, rudement, affectueusement :

« Lève-toi, lève-toi ! Ce n’est ni à moi ni aux autres qu’il faut demander pardon, mais à lui. Nous… allons ! Nous sommes tous plus ou moins voleurs comme toi… Oh ! Je l’ai dit ! Maudite langue ! Mais moi, je suis fait comme ça : ce que je pense, je le dis, ce que j’ai sur le cœur, je l’ai sur les lèvres. Viens, faisons un pacte d’affectueuse paix », et il embrasse Matthieu sur les joues.

Les autres l’imitent avec plus ou moins d’affection. Je dis cela, car André est retenu par sa timidité, et Judas est glacial. On dirait qu’il embrasse un tas de serpents, tant son accolade est distante et brève.

97.5

Entendant du bruit, Matthieu sort.

« Pourtant, Maître, dit Judas, il me semble que cela n’est pas prudent. Déjà les pharisiens d’ici t’accusent, et toi… Voilà un publicain parmi les tiens ! Un publicain après une prostituée !… Veux-tu ta ruine ? S’il en est ainsi, dis-le, pour que…

– Pour que nous filions, hein ? lance Pierre, ironique.

– Qui te parle, à toi ?

– Je sais bien que tu ne t’adresses pas à moi, mais moi, en revanche, je parle à ton âme de grand seigneur, à ton âme très pure, à ton âme de sage. Je sais que toi, membre du Temple, tu sens l’odeur de péché en nous, pauvres hommes qui ne sommes pas du Temple. Je sais bien que toi, qui es un juif complet, mélange de pharisien, de sadducéen et d’hérodien, à moitié scribe et un brin essénien – veux-tu d’autres nobles appellations ? –, tu te sens mal à l’aise parmi nous, comme une magnifique alose prise dans un filet rempli de goujons. Mais que veux-tu y faire ? C’est lui qui nous a pris et nous… nous restons. Si tu te sens mal à l’aise… va-t’en, toi. Tous, nous respirerons. Même lui qui, tu le vois, est indigné par moi et par toi. Par moi, parce que je manque de patience et aussi… oui, et aussi de charité, mais plus encore par toi qui ne comprends rien à rien, malgré tous les nobles titres dont tu te pares, et qui n’as ni charité, ni humilité, ni respect. Tu n’as rien, mon garçon. Rien que de la fumée, et Dieu veuille qu’elle soit inoffensive. »

Jésus a laissé Pierre parler. Il est resté debout, sévère, les bras croisés, les lèvres serrées et les yeux… peu rassurants. A la fin il dit :

« As-tu tout dit, Pierre ? As-tu libéré ton cœur de tout le levain qu’il contenait ? Tu as bien fait. Aujourd’hui, ce sont les Azymes de Pâques pour un fils d’Abraham. L’appel du Christ est comme le sang de l’agneau sur votre âme, et là où il vient, la faute ne reviendra plus. Elle ne reviendra pas si celui qui le reçoit lui est fidèle. Mon appel est libération et il faut le fêter sans levain d’aucune sorte. »

Pas un mot à Judas. Pierre se tait, vexé.

« Voici revenir notre hôte, dit Jésus. Il est avec des amis. Ne leur montrons pas autre chose que de la vertu. Si quelqu’un ne peut y parvenir, qu’il sorte. Ne ressemblez pas à des pharisiens qui accablent les gens de préceptes qu’ils sont les premiers à ne pas observer. »

97.6

Matthieu rentre avec d’autres hommes et le repas se déroule. Jésus est au centre, entre Pierre et Matthieu. Ils parlent de sujets divers et Jésus répond patiemment à toutes les questions que les uns et les autres lui posent. Il y a aussi des plaintes à l’égard des pharisiens qui les méprisent.

« Eh bien, venez à celui qui ne vous méprise pas, puis agissez de telle façon que les bons, au moins, n’aient pas l’occasion de vous mépriser, répond Jésus.

– Toi, tu es bon. Mais tu es bien le seul !

– Non : ceux-ci sont comme moi et puis… il y a le Dieu Père qui aime ceux qui se repentent et veulent retrouver son amitié. Si tout manquait à l’homme, sauf le Père, sa joie ne serait-elle pas complète ? »

Le repas en est au dessert, quand un serviteur fait signe au maître de maison et lui dit quelque chose.

« Maître : Elie, Simon et Joachim demandent à entrer et à te parler. Veux-tu les voir ?

– Bien sûr.

– Mais… mes amis sont publicains.

– C’est justement pour voir cela qu’ils viennent. Laissons-les faire, pour qu’ils voient. Il ne servirait à rien de le dissimuler. Cela ne servirait pas au bien, et leur malice exagèrerait l’événement jusqu’à prétendre qu’il y avait ici des courtisanes. Qu’ils entrent. »

97.7

Les trois pharisiens entrent. Ils regardent autour d’eux avec un ricanement méchant et sont sur le point de parler.

Mais Jésus, qui s’est levé et est allé à leur rencontre avec Matthieu, les devance. Il pose une main sur l’épaule de Matthieu et dit :

« Vrais fils d’Israël, je vous salue et vous annonce une grande nouvelle qui comblera sûrement de joie votre cœur de parfaits israélites, qui aspirent à l’observance de la Loi par tous les cœurs, pour rendre gloire à Dieu. Voici : à compter de ce jour, Matthieu n’est plus le pécheur, le scandale de Capharnaüm. Une brebis galeuse d’Israël est guérie. Réjouissez-vous ! Après lui, d’autres brebis pécheresses le seront à leur tour et votre cité, à la moralité de laquelle vous vous intéressez tant, deviendra par sa sainteté agréable au Seigneur. Il abandonne tout pour servir Dieu. Donnez le baiser de paix au juif égaré qui revient dans le sein d’Abraham.

– Et il y revient avec des publicains ? Lors d’un joyeux banquet ? Ah ! Vraiment, c’est une conversion avantageuse ! Tiens, regarde là, Elie : voici Josias, le souteneur.

– Et lui, c’est Simon, fils d’Isaac, l’adultère.

– Et celui-là ? C’est Azarias, le tenancier du tripot, où Romains et juifs vont jouer, se quereller, s’enivrer et se livrer à la débauche.

– Mais, Maître, sais-tu seulement qui sont ces gens-là ? Le savais-tu ?

– Je le savais.

– Alors, vous qui êtes de Capharnaüm, vous ses disciples, pourquoi avez-vous permis cela ? Tu me surprends, Simon-Pierre !

– Et toi, Philippe, tu es bien connu ici ! Toi aussi, Nathanaël ! J’en suis vraiment abasourdi ! Toi, un véritable israélite, comment as-tu pu permettre que ton Maître mange avec des publicains et des pécheurs ?

– Mais n’y a-t-il donc plus aucune retenue en Israël ? »

Les trois hommes sont absolument scandalisés.

Jésus dit :

« Laissez mes disciples en paix. C’est moi qui l’ai voulu. Moi seul.

– Oh oui, on comprend ! Quand on veut faire des saints sans l’être soi-même, on tombe vite dans des erreurs impardonnables !

– Et quand on habitue les disciples à manquer de respect – je suis encore sous le coup de l’éclat de rire irrespectueux de celui-ci, juif du Temple, contre moi, Eli le pharisien ! – on ne peut qu’être irrespectueux de la Loi. On enseigne ce qu’on sait…

– Tu te trompes, Eli. Vous vous trompez tous. On enseigne ce qu’on sait, c’est vrai. Et moi qui connais la Loi, je l’enseigne à ceux qui ne la connaissent pas : aux pécheurs par conséquent. Vous… je sais bien que vous êtes maîtres de votre âme. Ce n’est pas le cas des pécheurs. Je recherche leur âme, je la leur rends, pour qu’à leur tour, ils me la rapportent comme elle est : malade, blessée, souillée, pour que je la soigne et la purifie. C’est pour cela que je suis venu. Ce sont les pécheurs qui ont besoin du Sauveur et moi, je viens les sauver. Comprenez-moi… et ne me haïssez pas sans raison. »

Jésus est doux, persuasif, humble… Mais les trois hommes sont autant de chardons tout hérissés de piquants… et ils sortent avec une moue de dégoût.

« Ils sont partis… Maintenant, ils vont nous critiquer partout, grommelle Judas.

– Laisse-les donc faire ! Agis seulement de façon que le Père n’ait pas à te critiquer. N’en sois pas mortifié, Matthieu, ni vous, ses amis. Notre conscience nous dit : “ Vous ne faites pas de mal. ” Cela suffit. »

Jésus se rassied à sa place et tout prend fin.


Notes

  1. Elle avait dû abandonner sa maison de Viareggio à cause de l’évacuation. Voir la note 139 du 24 avril.
  2. Dante, la Divine Comédie, (Traduction par Félicité Robert de Lamennais). Chant 25, versets 79-84 « Quand Lachésis n’a plus de lin, cette âme se dégage de la chair, et emporte avec elle en vertu et l’humain et le divin. Les autres puissances sont toutes comme muettes ; la mémoire, l’intelligence et la volonté, plus actives de beaucoup qu’auparavant. »
  3. Part : ne pas comprendre comme « fragment » mais comme « avoir part à ».
  4. Il s’agit de la période qui commence après les apparitions de Fatima en 1917, et comprend la Deuxième Guerre Mondiale et la période de 1943 à 1954, pendant laquelle Maria Valtorta a reçu ces révélations.