Dieu seul est éternel, parce qu’il est incréé. L’homme a un esprit immortel, puisque celui-ci est créé par Dieu, et est depuis lors toujours vivant, que ce soit durant son existence, dans la gloire ou dans la damnation.
L’homme aurait pu être immortel s’il n’avait pas péché en Adam. C’est un don gratuit de Dieu au corps de l’homme : étant matière, il aurait dû suivre les lois de la nature, mais en tant que vêtement de l’esprit immortel, il ne fait qu’un avec lui. Si l’homme n’avait pas démérité du don qui lui était fait, il ne serait pas mort (à notre manière), mais il serait passé directement du paradis terrestre à celui des Cieux, sans les affres de la mort.
L’âme ne peut mourir, parce qu’elle est spirituelle. Le corps le peut, puisqu’il est composé de matière qui se décompose, et est désormais frappé par le châtiment dû au péché originel. Mais la mort n’existe pas pour ce qui n’est pas composé de matière et n’est pas doté d’extension, comme l’âme spirituelle.
“Puisque telle est sa nature, l’âme ne peut être divisée ni partagée, ni lacérée ni déchirée, par conséquent elle ne peut mourir.” D’une certaine manière, la mort est en effet la scission, la séparation et l’éloignement de ces parties qui auparavant étaient unies (Cicéron). [Voir Dante, le Purgatoire 25, v. 79-84 : “E quando Lachesis non ha più [del] lino, – solvesi dalla carne (l’anima), ed in virtute – seco ne porta e l’umano e il divino – l’altre potenze tutte quante mute : – memoria, intelligenza e volontade – in atto, molto più che prima acute.”)
Les païens comme les chrétiens reconnaissent donc que, comme le dit Horace, après la mort du corps, l’âme “impavidam fenent ruinae”, en français elle continue sans crainte à exister sur les ruines de la matière.
Seul Dieu peut détruire l’âme. Car, en maître absolu de la Création, il peut tout, créer comme détruire. Mais il ne peut vouloir détruire ce qu’il a lui-même créé par sa divine volonté et son divin souffle, dans un but d’amour. S’il avait voulu doter l’homme d’une âme qui ne soit qu’intelligente et raisonnable, il aurait pu le faire. Ce genre d’âme aurait servi à faire de l’homme le roi de la Création. Mais cela n’aurait pu faire de lui le fils adoptif de Dieu, fait à son image et à sa ressemblance, précisément parce que son âme est libre, immortelle, et parce qu’elle est le temple de la grâce (du moins elle aurait dû l’être).
Peut-on s’imaginer que ce don de Dieu si sublime qu’est la grâce aurait pu périr avec la mort de la matière et de l’âme ? L’âme peut mourir à la grâce, par conséquent à la Vie. Mais elle ne peut être détruite, car dans la pensée éternelle de Dieu elle fut créée immortelle et avec comme fin ultime la possession et la jouissance de Dieu.
Si Dieu a voulu que l’âme soit immortelle, c’est par amour pour le chef-d’œuvre de sa création, qui est une part de lui-même infusée en l’homme, et pour satisfaire son amour infini et insatiable par l’amour que les esprits créés qui lui seront fidèles, lui porteront au cours des siècles. Plus le peuple céleste des âmes fidèles sera nombreux, plus son amour sera ardent et joyeux.
L’instinct naturel qui pousse les âmes à adorer un Dieu, à le chercher, à le servir, est une preuve de l’existence de l’âme, de sa nature et de son origine. Aucun bonheur humain ne comble vraiment le cœur. Aucune science humaine ne rassasie vraiment l’intelligence. Insatisfaits, le cœur et l’intelligence sentent que ce qu’ils possèdent est imparfait, et ils cherchent. Ce désir de recherche vient de l’âme, qui tend au Bien suprême et infini, mais il n’est pas apaisé par ce qui est limité dans le temps et par la puissance, car cela déçoit aisément.
Dieu ne suscite pas de désirs irréalisables chez sa créature, pas plus que d’instincts inutiles : sa Sagesse aimante, infinie, parfaite, ne met en elle que des tendances qui lui permettent d’atteindre son but, afin que, après l’effort, elle y trouve ce qui la comble.
Il accorde aux animaux la possibilité de satisfaire leurs instincts. A plus forte raison et avec une plus grande perfection, il permet à l’homme, le chef-d’œuvre de sa création, de satisfaire son instinct spirituel, qui est de parvenir au parfait bonheur éternel, surnaturel : l’homme, en effet, ne peut être satisfait autrement qu’en reposant en Dieu, son Créateur.
A l’insu de l’âme humaine, Dieu y a sculpté les formules de la Loi, ainsi que le but à atteindre et la récompense que l’obéissance lui procure. Loi naturelle, loi morale, loi spirituelle, voix de la conscience, souffle de l’esprit, tout cela est, pour l’âme spirituelle de l’homme, une force qui crie “fais” ou hurle “ne fais pas”, tandis que, du haut des Cieux, une Lumière attire et indique la fin véritable, la vraie joie dans l’ordre, dans la paix, dans la possession du Royaume de Dieu.
Cette loi, cette voix, cette force ne font pas violence à la liberté de l’homme mais conseillent sa volonté, laquelle est libre d’accepter ou de repousser ce conseil. Mais comme il a été dit au début matériel de la Rédemption [Lc 2, 14] que la “paix [sera donnée] aux hommes de bonne volonté”, il est aussi sous-entendu qu’une punition atroce attend les hommes qui n’auront pas fait preuve de cette bonne volonté et qui auront adhéré à la triple concupiscence, bafouant ainsi l’aspiration instinctive au Bien suprême. Une horrible condamnation, une seule : souffrir pour l’éternité, dans le désespoir, de la perte du Bien dont ils n’auront pas voulu écouter les appels d’amour pendant leur vie. Dieu en effet donnait des impulsions à leur esprit, mais eux s’en moquaient, ils servaient et suivaient le démon, la chair, le monde.
J. C.
En dépit des apparences et des démolitions des sans-Dieu, jamais le besoin de connaître Dieu et son Christ ne s’est fait sentir avec autant de force qu’aujourd’hui, en particulier chez les personnes cultivées. La vie intellectuelle, la vie naturelle ne rassasient pas les cœurs déçus. Même s’ils ne veulent pas l’avouer, tous pressentent qu’il existe une autre source de vie, la vie véritable, celle qui apaise, et qu’elle se trouve dans la connaissance de Dieu et de son Christ.
Les siècles, la science, les découvertes, les doctrines ont repoussé la figure du Christ comme une figure dépassée. Mais il reste au fond des consciences un certain désir pour le Répudié, une souffrance due à cette privation que l’espèce humaine s’est créée à elle-même. En bas pour consoler des misères. En haut pour renforcer la science, qui ressent un besoin de protection, et le manque d’une voix capable de guider sa pensée, ses recherches, ses créations. Qu’on le reconnaisse ou non, qu’on lui donne son nom exact ou non, on assiste partout à un vif désir d’un retour à Jésus-Christ pour résoudre des problèmes sociaux comme individuels, scientifiques et moraux : revenir à Celui qui est vie, vérité, voie, lumière et paix, Celui qui est la source de toute grâce. Il y a une vraie soif de boire à cette source de vie qu’est l’Evangile du Christ, de se renouveler en lui, de se rechristianiser, de se sauver. Lui seul est Salut.
Il est, lui, la Lumière, l’Etoile du matin sur les ténèbres des siècles. Il est l’Orient : le Soleil, le vrai Soleil. Et de même que le soleil centralise autour de son corps incandescent tous les astres et les planètes, de même qu’il est le roi du firmament ainsi que le régulateur cosmique de la vie et du mouvement des astres, Jésus-Christ est le centre autour duquel gravite l’histoire humaine, avant comme après son avènement et jusqu’à la fin des siècles, et c’est de lui qu’elle tire sa vie : vie d’espérance d’abord, puis vie de foi, vie de charité toujours.
Jésus-Christ est l’Homme-Dieu. Il a été clairement prophétisé depuis le commencement des temps en tant que Jésus et en tant que Christ, selon l’étymologie des deux noms. La première Révélation de lui remonte au jour de la Faute et de la condamnation, prononcée par la voix de Dieu lui-même, puis se répand dans toute la création, dans laquelle seuls l’homme et la femme n’étaient plus exempts du mal. A cause d’eux et pour eux, cette création allait faire l’expérience de la souffrance et de la férocité, de la trahison, de la rébellion, du contact avec Satan, devenu désormais le corrupteur et le tourment du monde. La Révélation se poursuit par l’intermédiaire des patriarches et des prophètes au cours des siècles. Elle continue même, comme un écho voilé ou un éclair de lumière couvert par les brumes du paganisme, à travers la voix des philosophes, des poètes ou des hauts esprits des peuples païens. De quel grand homme ou de quelle découverte de génie — mais qui soit purement humaine — a-t-on un témoignage qui soit si ancien, si sûr, si immuable et si antérieur à sa venue que les témoignages qui portent sur le Christ ?
L’homme se trompe lorsqu’il prophétise sur ses contemporains. Il tient des hypothèses scientifiques pour des vérités. Mais une seule génération suffit à faire mentir les prophéties et les pseudo-vérités sur un homme ou une découverte. Et l’homme célébré comme un sauveur finit en malfaiteur. L’axiome scientifique ou la découverte qui remplit le monde d’enthousiasme tombe dans l’obscurité et dans l’oubli des choses passées, désuètes. Mais l’annonce de la venue du Verbe de Dieu incarné dans le sein d’une Vierge — la Femme qui écrasera du talon la tête lubrique du Serpent —, le Christ Sauveur : Jésus-Christ, l’Homme des douleurs, le Prince de la paix, le Roi des rois, le Vainqueur de Satan, du péché et de la mort, l’annonce de cette venue n’a jamais disparu à cause de quelques vicissitudes que ce soit, de malheurs ou de gloires, ni en raison de l’apparition de grands rois, empereurs, empires. Bien au contraire, elle se précise, ses détails se font plus évidents, comme un tableau sur lequel la lumière se renforce, un poème récité de plus en plus près. Cela tient à ce que la vérité de Jésus Fils de Dieu est une vérité divine. Et cette clarté immuable, qui évolue uniquement dans le sens d’une plus parfaite précision de ses détails confirmés par les faits, constitue le premier des nombreux miracles qui clament avec l’évidence qu’imposent les faits la nature divine de Jésus-Christ.
Tout au long des siècles, bien des hommes ont surgi comme fondateurs ou réformateurs de religions. Ils reçurent toujours le nom de fondateurs, de prophètes, de réformateurs, d’envoyés de Dieu, et c’est comme tels qu’ils furent écoutés et suivis. Mais jamais personne ne les a proclamés “Dieu”, pas même eux. Seul Jésus le dit de lui-même, car il l’est tout en étant véritablement homme, sans que sa nature divine soit séparée de sa nature humaine, et sans que sa nature humaine absorbe sa nature divine : c’est une unique personne avec deux natures. Ce n’est pas dû à ce que l’Esprit de Dieu, le Verbe divin, se serait insufflé pour une durée limitée dans le corps d’un homme né d’un mariage humain, pour former une union purement morale des deux natures. La raison en est que le Verbe a pris chair dans le sein de Marie, il y est “descendu” de même qu’il s’est “élevé”, vrai Dieu dans un vrai corps, il a pris chair dans le sein de Marie par une opération de conception divine et, avant même qu’existe la chair qui revêtait l’âme immaculée du Christ, le Verbe était déjà dans son tabernacle de grâce : le sein de Marie.
C’est pourquoi, en toute vérité et justice, on peut donner à Jésus le nom d’Homme-Dieu, d’Emmanuel : Dieu parmi nous. Comme Verbe sans qu’il soit besoin d’une onction royale, parce qu’il est perfection et royauté infinies. Comme Homme-Dieu oint par Dieu lui-même avec les feux de l’amour pour être le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, non seulement dans le Royaume des Cieux, mais aussi dans le monde et sur le monde, jusqu’à la fin des siècles, pour être le Fondateur du Royaume de Dieu, de son Royaume, parmi les nations, à travers les temps, et dans le cœur des hommes.
L’erreur des juifs était le fruit de leur orgueil : ils ne reconnaissaient dans le Messie que le roi temporel, le libérateur, celui qui devait rendre sa grandeur à Israël, et à lui seul. L’orgueil aveuglait les rabbins et les scribes, il les rendait lents à comprendre les prophéties — pourtant claires — dans lesquelles il est dit à bien des passages que Celui qui naîtrait d’une vierge de la race de David à Bethléem Ephrata allait devenir lumière pour les nations et salut jusqu’aux extrêmités du monde. Le Roi infini aurait-il donc pu se limiter à un royaume fini ? Fini dans l’espace et dans le temps ? Celui “par qui toute chose a été faite” aurait-il pu, sans avilir son infinité, se satisfaire du royaume humain d’Israël, si petit par rapport au Tout ? Celui qui est éternel comme Verbe et éternellement engendré par le Père, et qui a été un jour divinement engendré comme Messie (Ps. 2, 7) dans le sein d’une vierge, pouvait-il mourir et se corrompre comme tout roi terrestre, alors qu’il est l’Homme-Dieu, donc immortel par divinité et immortel parce qu’il est immaculé et plénitude de grâce, nouvel Adam, sans péché, Agneau sans défaut, Agneau de Dieu, immolé mais non détruit, consumé par amour, ressuscité par justice, pour apporter aux hommes le salut, la grâce, ainsi que la très douce espérance de l’avenir éternel des justes : le retour à la Patrie céleste après l’exil, la jouissance ineffable de Dieu pour l’éternité ?
Jésus-Christ est Dieu. C’est lui qui l’affirme quand il répond personnellement aux insinuations des hérétiques de son temps, les pharisiens qui, ne pouvant dénier toute valeur au Christ, disaient ou laissaient entendre qu’il était Moïse, Elie, Jérémie ou quelque autre grand prophète réincarné, ou encore l’esprit de Jean-Baptiste transfusé après sa mort dans le corps d’un juste d’Israël. Les apôtres aussi assurent qu’il est Dieu. Les démons eux-mêmes le disent avant d’être expulsés des possédés. Les anges le déclarent avec assurance, comme Gabriel à l’Annonciation, ou à Zaccharie par un avis nuancé de prudence céleste. On le voit aussi quand ils servent Jésus après la tentation au désert, ou lorsqu’ils le réconfortent à Gethsémani, ou encore par leurs paroles aux femmes après la Résurrection. Enfin, c’est proclamé par une voix que nul ne saurait mettre en doute, celle du Père, au Jourdain, sur le mont Thabor, ou au Temple. Enfin sa doctrine très parfaite, ses miracles, sa seigneurie sur toute chose (les éléments comme les lois physiques), et même sur la mort montrent bien qu’il est Dieu.
Des prophètes avaient bien ressuscité des morts, mais comme leur œuvre de résurrection était laborieuse ! Jésus prend dans ses mains celle de la fille de Jaïre et lui ordonne de se lever ; et la vie de Jésus Vie passe par le toucher et entre dans la fillette. Jésus ne touche même pas le fils de la veuve, il ordonne : “Lève-toi !”, et la puissance de la parole divine suffit à faire revenir la vie dans le jeune homme. Jésus ne s’approche pas de Lazare décomposé, bien au contraire il recule devant l’horreur de la corruption mais — symbole très puissant et insuffisamment médité de la mission de Jésus parmi l’humanité déchue — il ramène de la fosse putride — un tombeau — à la lumière, à la vie nouvelle celui qui est mort, enseveli sous toutes les lourdeurs et les dissolutions de la mort. Lazare est la figure de l’humanité déchue de son incorruptibilité de fille bien-aimée de Dieu, déifiée, et donc exempte de corruption, par grâce. Jésus est la figure de la Grâce elle-même qui se répand et tire de la mort, rendant la grâce et par conséquent la vie éternelle.
[Ps 2, 7] Jésus est Fils de Dieu au sens propre de la phrase “aujourd’hui, je t’ai engendré”. Le verbe utilisé dans ce verset prophétique est celui qui servait, en hébreu, à désigner la génération naturelle, pas spirituelle ou symbolique.
Les hommes sont tous enfants de Dieu puisqu’il se fait lui-même appeler “Père” par eux. Mais il s’agit là d’une filiation relative : elle vient de la ressemblance et de l’image que le Créateur a voulu partager avec ses créatures, dans leur âme, par le don de la grâce et en raison de la finalité de l’homme, qui est d’être cohéritier du Royaume des Cieux.
Jésus est Fils de Dieu d’une manière bien différente. Il est le Fils éternel d’un Père éternel comme Dieu : [Jn 1, 1] “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.”
Il est Fils dans le temps pour sa mission de rédemption et pour vous rendre la filiation relative, par la grâce qui vous ouvre le Ciel, avec votre Père.
Fils dans le temps : [Jn 1, 14] “Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique.”
Fait chair dans le sein de la Vierge par l’Esprit Saint, descendu sur elle pour ombrager le miroir de Dieu, sans tache, par la puissance du Très-Haut ; c’est pourquoi Jésus, qui fut conçu et enfanté sans aide humaine, sera dit “Fils de Dieu”.
La Vérité divine dit à propos d’elle-même : [Jn 20, 17] “Mon Père et le vôtre.” Elle fait donc la distinction entre les deux formes de filiation de l’Homme et des hommes. Elle dit : [Jn 10,30 ; 16, 28 ; 17, 5 ; 17 21] “Le Père et moi nous sommes Un… Je quitte le monde, et je pars vers le Père. Glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe… Tu es en moi, et moi en toi.” Elle dit : “Car nul n’est monté au Ciel sinon celui qui est descendu du Ciel, le Fils de l’homme.”[Jn 3, 16-18]“Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.” “Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde…” “Ce- lui qui ne croit pas… au nom du Fils unique de Dieu.” [Jn 8, 42 ; 16, 28] “Je dis ce que moi, j’ai vu auprès de mon Père … car c’est de Dieu que je suis sorti… Je suis sorti du Père.” [Mt 26, 63-64] Et encore, à Caïphe : “Je suis le Fils de Dieu… Vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant.”
[Mc 1, 11] Le Père dit : “Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie.” [Jn 12, 28] “Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore.”
En revêtant Pierre d’esprit prophétique, à Césarée de Philippe, l’Esprit Saint dit : [Mt 16, 16] “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”, ou encore il met sur les lèvres de Pierre, aussitôt après la Pentecôte : “Elevé à la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis”, et il poursuit : [Ac 2, 33 ; 3, 15] “lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts.”
Quant à la Pleine de Grâce, elle dit : [Lc 1, 38] “Qu’il me soit fait selon ta Parole.”
Elisabeth, Zacharie et Jean le Précurseur, tous inspirés par l’Esprit Saint, disent : [Lc 1, 43 ; 1, 68-79] “Comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ?” “Béni soit le Seigneur… Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l’avait promis par la bouche des prophètes… Tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins… quand nous visite l’astre d’en-haut.” [Jn 1, 29-34] “C’est de lui que j’ai dit : “L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était… J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui… Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.”
[Lc 2, 33-38] C’est encore de lui comme Homme-Dieu que témoignent Syméon et Anne, fille de Phanuel ; [Mc 5, 7 ; 15, 39] les démons eux-mêmes le proclament “Saint de Dieu et Fils du Très-Haut.” Et après sa mort, le militaire païen s’exclame : “Celui-ci était le Fils de Dieu.”
(1) Note : Certains pourraient objecter que Lazare, ou même Abraham, ne pouvaient être ni glorieux ni bienheureux, puisque le fait d’être encore dans les limbes les tenait encore séparés de la lumière de Dieu, de l’union d’amour et de gloire avec lui, enfin de l’admiration des anges. Il faut leur rappeler ce qui suit : en ce qui concerne les anges, qui étaient les gardiens des saints Pères et des justes rassemblés dans les limbes, ils jubilaient déjà de la gloire méritée par ceux qu’ils gardaient, gloire qui attendait la Rédemption pour leur être accordée. Et en ce qui concerne la lumière et l’union d’amour avec Dieu, il faut se souvenir que — comme le précise la définition théologique sur la connaissance des âmes en voie de purification — “la connaissance parvient aux âmes déjà séparées du corps par une action directe de Dieu, qui est Lumière éternelle”.
Connaissance relative, certes, mais qui se fait toujours plus ample, plus vive, plus lumineuse au fur et à mesure que la purification s’effectue, jusqu’à passer, de “connaissance”, à la “vision béatifique” au moment où, toute peine étant expiée, l’âme entre au Paradis.
Si donc les théologiens admettent que même les âmes en voie de purification ont une connaissance relative de Dieu et une certaine participation à sa vie d’amour, déjà infiniment plus profonde que ce dont pourrait jouir sur la terre une âme déjà bien avancée en perfection, il est permis de croire que ceux qui attendent, dans les limbes, l’ouverture des Cieux et l’entrée dans le Royaume glorieux qu’ils ont méritée, font déjà l’objet de l’admiration des anges et resplendissent déjà des lumières spirituelles de l’amour mutuel entre Dieu et ses saints, et les proches habitants du Royaume des Cieux.
Si les artisans de la purification au Purgatoire sont les souffles très ardents de l’Esprit de Dieu — c’est-à-dire l’Amour —, et ceux, brûlants, des âmes désireuses de réparer leurs omissions, tiédeurs ou fautes envers l’amour, si ce sont les flammes et les lumières du divin Amour qui portent les âmes en peine à une contemplation et à une connaissance intuitive qui s’accroît à chaque nouvel épanchement de lumière et d’ardeur divines — et l’âme se purifie à chaque accroissement —, il est logique de croire que les saints des limbes ne se sont pas vu refuser une contemplation et une connaissance intuitive de Dieu encore plus profondes que celles que la théologie admet être accordées aux âmes en voie de purification. Cette connaissance est déjà pour elles source de paix et de joie — bien que relatives —, et prélude à la paix et à la joie d’une étendue et d’une durée sans limites qui constitue la récompense éternelle. Comme le dit saint Paul, “nous verrons [Dieu] face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.”[1 Cor 13, 12]
1ère période : l’actuelle, dite des “Précurseurs” de l’Antéchrist.
2ème période : celle de l’Antéchrist à proprement parler. Il sera aidé par les deux manifestations de la Bête : la violence, et l’autre qui vainc avec une douceur feinte.
Ce sera une époque de combats terribles, aussi bien sur le plan humain (guerres, etc) que surnaturel (tentations sur la doctrine, etc.).
Pendant ce temps, Dieu essaiera de rappeler l’homme à revenir à lui par des châtiments saints, puisque utilisés pour sanctifier.
Une fois ceux-ci épuisés sans grand résultat, Satan sera enchaîné un certain temps, avec la défaite de l’Antéchrist et de ses alliés naturels (les puissants de la terre) et surnaturels (les deux manifestations de Satan).
3ème période : un temps de pause pour rassembler les forces des hommes et les orienter vers le Ciel.
Mon Royaume de [sur ?] la terre.
Ce sera le prodige de la grâce répandue comme un déluge pour sauver.
Mais, par un effet contraire à celui de Noé, la plus grande partie des hommes [des cœurs ?] se fermera, et se barricadera dans les forteresses laissées par Satan. Seuls ceux qui ne seront pas sataniques resteront à l’extérieur et seront submergés par la grâce, lavés et illuminés par elle.
4ème période : une fois passé le temps destiné par ma sagesse à l’épreuve extrême, je laisserai Satan revenir pour la dernière fois. Le temps de Satan sera sept fois sept fois plus cruel que celui de l’Antéchrist. Le roi du mal courra de tous côtés pour réunir ses adeptes quand le Mal sera vaincu par le Bien, et maudit pour l’éternité là où […] dans son royaume infernal comme, moi, j’ai […] les miens dans le Royaume des Cieux. [Toute la phrase est difficile à lire, et nous avons dû omettre certains mots indéchiffrables].
5ème période : Le Jugement dernier. Ce sera mon heure de triomphe, car mon être aura atteint son but : le salut du genre humain qui s’est souvenu qu’il est fils du Très-Haut.
« L’ordre ne change pas.
Tu restes anonyme, en Italie comme à l’étranger.
Tu renonces à tes moindres besoins pour rechercher uniquement le bien des âmes, cela doit être ta seule préoccupation.
Que les “dix commandements” et les “œuvres de miséricorde”, soient extraits comme seules leçons, sans autre ajout, pour être les deux seuls passages choisis, et cela pour l’étranger. Sans imprimatur, pour ne causer d’ennui à personne. Quant à toi, il te suffit d’en avoir une copie.
En Italie, les Douleurs de ma Mère, dactylographiées et sans imprimatur, anonymes là encore.
Ces trois passages, parce que l’on oublie trop les Commandements de la Loi et les œuvres de miséricorde et d’amour ; et on prend trop peu en considération tout ce que ma Mère a souffert pour vous enfanter à la grâce.
Dès qu’une copie des deux passages que j’ai indiqués sera arrivée de l’étranger, je donnerai des ordres supplémentaires. »
« Et l’Heure sainte ? »
« Elle doit continuer à être faite comme elle l’a été jusqu’ici. Sans impression, sans imprimatur et anonyme. En Italie, il faut absolument respecter en tout point le silence sur toi et autour de toi. »
“Anco intoppo trovo, sempre raggiungo il segno” (Quand bien même je rencontre des obstacles, j’atteins toujours le but) – Ferrobaldo.
“Burrasca non mi spegne, ma facemi più viva” (La tempête ne m’éteint pas, elle me rend plus vive) — Fuocardo.
“Dall’imo alla vetta senza bruttura” (De l’abîme à la cime sans égratignure) — Selvaggio.
“Non secondo al leone, per Iddio e per me” (Pas inférieur au lion, pour Dieu et pour moi) — Leomoro.
J’avais inséré ces quatre devises des anciennes Laurana de S. Cristina dans l’œuvre que j’ai écrite : c’était, cachée sous d’autres noms et conditions sociales, l’histoire de ma vie toujours si pleine de combats, semée d’oppression, d’incompréhensions, de douleurs à n’en plus finir.
J’espérais pouvoir publier cette œuvre parfaite et forte. Mais, comme toujours, je n’ai pas eu cette joie. J’ai été empêchée de le faire par manque d’argent, volatilisé en raison de ma longue maladie.
Pour tout détruire, ce commandement de Jésus est arrivé : « Brûle tout. C’est seulement pour l’Œuvre que tu dois être connue comme écrivain. »
Obéissante au doigt et à l’œil comme je le suis toujours, j’ai fait brûler ce chef-d’œuvre. Cette obéissance m’a coûté beaucoup, et cela me pèse encore, mais il faut toujours faire la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit, et quoi qu’elle coûte !
[Cet écrit non daté que nous avons placé en clôture se trouve sur un feuillet glissé dans une enveloppe, sur laquelle Mère Teresa Maria di S. Giuseppe, la carmélite déchaussée qui fut la grande confidente de Maria Valtorta, a écrit : “Feuillet de Maria V. concernant le roman ‘Cuore di una donna’, et lignes de Marta”.
Ces lignes de Marta, sur un autre feuillet, sont les suivantes : Correspondance diverse et son écrit sur l’ordre de brûler le livre “Cœur d’une femme” que, personnellement, je n’ai pas voulu brûler à son insu, et qui existe donc toujours. Marta Diciotti, le 15 février 1962.
Par la suite, le volumineux manuscrit fut confié à l’éditeur
Emilio Pisani avec la lettre suivante :
Viareggio, le 15 août 1978.
Cher Emilio,
Je te confie le manuscrit du “Cœur d’une femme” qui doit être détruit, comme Maria a dû me le dire. Mais je ne l’ai pas fait. Toi qui as le moyen de le brûler, tu peux le faire quand tu veux. Mais pas après ma mort.Marta Diciotti.
Sans l’avoir jamais lu, les époux Emilio Pisani et Claudia Vecchiarelli ont brûlé dans la cheminée de leur maison le volumineux manuscrit du roman “Le Cœur d’une femme”, dont Maria Valtorta parle même dans son Autobiographie, vers la fin du premier chapitre de la septième partie].